Vivre avec le sentiment d’échec : accueillir ce qui émerge pour mieux avancer
- Nadine Duguay-Lemay

- Dec 17, 2023
- 6 min read
Il y a quelques semaines, j’ai tenté de mettre des mots sur la façon dont je traversais un profond sentiment d’échec. Même si, à ce moment-là, les pensées et les émotions m’habitaient de façon très vive, je n’arrivais pas à écrire. Il me manquait à la fois la clarté… et le courage. Je me souviens d’avoir fixé une page blanche, tapé quelques phrases creuses, puis tout laissé tomber — sans même sauvegarder l’ébauche.
Si vous avez vécu, ou vivez en ce moment, un dénouement que vous n’aviez jamais imaginé pour vous-même, ou si le sentiment d’échec vous pèse, je vous invite à poursuivre votre lecture. Ce texte est pour vous.
Ce qui m’a menée à me sentir ainsi
Comme toujours, commençons par le contexte.
Au cours des derniers mois, j’ai traversé d’importants changements. J’ai pris la décision difficile de me retirer d’une organisation dans laquelle j’avais investi mon cœur et mon énergie pendant plus de cinq ans et demi. En parallèle, j’ai choisi de poursuivre un MBA axé sur l’innovation et d’accepter un contrat comme enseignante occasionnelle au collège.
Mon plan était simple. Je voulais créer du temps et de l’espace — un thème dont j’ai déjà parlé ici — afin de me reposer mentalement, physiquement et émotionnellement après plusieurs années marquées par l’adversité. Je m’imaginais travailler à temps partiel, étudier à temps partiel, accorder plus de place aux soins personnels et renouer avec certaines passions, dont l’écriture.
Ce que j’ai toutefois grandement sous-estimé, c’est la charge émotionnelle et mentale liée à la dissolution d’une organisation, combinée à l’apprentissage d’un nouveau système comme enseignante et, en même temps, au processus de renouvellement de mon titre professionnel de spécialiste certifiée en commerce international. Gérer tout cela simultanément s’est avéré beaucoup plus exigeant que prévu. Lorsque mon MBA a débuté au début octobre, mon espace mental était déjà largement saturé.
La réalité est que ces circonstances — auxquelles s’ajoutent d’autres facteurs que je choisis de garder pour moi — m’ont menée à échouer à mon examen de certification.
À travers tout cela, je faisais aussi face à une courbe d’apprentissage abrupte dans mon rôle bénévole de lieutenante-colonelle honoraire au sein d’un régiment d’infanterie de la réserve. Ayant peu de connaissances préalables des Forces armées canadiennes et de leurs protocoles, j’avais énormément à apprendre.
Bref, il y avait beaucoup de nouveauté à apprivoiser. J’étais bien au-delà de ma zone de confort et, au cœur de tout cela, je traversais aussi les différentes étapes du deuil.
Quand l’échec devient personnel
Je crois que le sentiment d’échec s’installait en moi depuis un certain temps, mais je n’en ai réellement pris la mesure qu’après avoir échoué à cet examen.
Ce qui est intéressant, c’est que j’avais anticipé cette possibilité et tenté de m’y préparer mentalement. Une amie m’avait dit :
« Prends ça comme un essai. Tu réussiras la prochaine fois, maintenant que tu sais à quoi t’attendre. »
C’était un conseil avisé, et je m’y suis accrochée. Ce que je n’avais pas prévu, toutefois, c’est cette petite lueur d’espoir qui s’est glissée à travers ma rationalisation. Pendant l’attente des résultats — simplement indiqués par Réussi ou Échoué — cet espoir continuait de danser dans ma tête, me soufflant : peut-être… qui sait…
Lorsque j’ai vu le résultat d’échec, je n’ai pas été surprise. Ce qui m’a étonnée, c’est l’ampleur de la dévastation ressentie quelques jours plus tard. Cette déception s’est transformée en un discours intérieur beaucoup plus large : celui de me sentir comme un échec, tout court. J’ai commencé à remettre en question mes décisions récentes… et mon avenir.
Disons simplement que le mois de novembre a été particulièrement difficile à traverser.
Vivre avec le sentiment d’échec pour comprendre nos croyances profondes
Vous aurez peut-être remarqué que j’ai choisi le mot accueillir plutôt que surmonter l’échec dans le titre de ce texte — et ce choix est tout à fait intentionnel.
Je crois que pour réellement avancer après un échec, il faut d’abord accueillir les émotions qu’il fait émerger. Reconnaître la tristesse, la colère, la culpabilité ou la déception est une chose. Comprendre les pensées qui les alimentent en est une autre.
Dans mon cas, la pensée dominante — celle qui nourrissait mon sentiment d’échec — était la peur d’être une déception. Pour moi-même. Pour les autres.
Cette croyance revenait sans cesse, surtout dans les situations où je percevais que j’avais déçu quelqu’un. Comme je suis encore en apprentissage lorsqu’il s’agit de poser des limites saines, dire non ne m’est pas naturel. Même lorsque je respecte ce qui est juste pour moi, j’imagine — ou je perçois — que je déçois quelqu’un, particulièrement lorsque je lis des phrases comme : « Nous sommes déçus d’apprendre que… ».
C’est en m’approchant de cette pensée, en la reconnaissant et même en devenant curieuse à son sujet, que j’ai commencé à en diminuer l’emprise.
J’ai réalisé qu’enfant, j’avais associé l’amour à la performance. J’avais intégré l’idée qu’il fallait mériter l’amour en réussissant. Lorsque je ne répondais pas aux attentes, je ressentais une profonde déception envers moi-même, accompagnée d’un rejet intérieur et d’une peur bien ancrée de ne plus être aimée.
Cette prise de conscience m’est venue de façon inattendue, en regardant la deuxième saison de Fugueuse, une série québécoise maintenant offerte sur Netflix. Dans une scène marquante, un père s’excuse auprès de sa fille de lui avoir donné l’impression que l’amour devait être mérité, plutôt que reçu librement parce qu’elle était déjà digne d’amour.
Ce moment a agi comme un déclic. J’ai reconnu à quel point j’avais intégré cette croyance — et comment elle continue encore aujourd’hui de se manifester dans ma vie. Même lorsque je donne plus que demandé, je peux être déclenchée par un sentiment de culpabilité ou de déception si je perçois de l’insatisfaction de l’autre côté.
J’ai appris que la conscience est une forme de pouvoir. Et maintenant que je peux nommer cette croyance, je peux aussi commencer à la remettre en question.
Apprendre de ce qui remonte à la surface
Avec le recul, ce ne sont pas uniquement les circonstances extérieures qui m’ont fait me sentir comme un échec, mais bien la croyance profonde que je ne suis digne d’amour que si je performe ou que j’excelle.
Je peux maintenant identifier des moments précis où j’ai intériorisé une déception perçue. C’est pourquoi je vous invite, avec douceur, à observer les pensées qui nourrissent vos émotions. Vous pourriez être surpris — comme je l’ai été — par les croyances qui émergent en période d’adversité.
Ces prises de conscience peuvent surgir de manière inattendue — à travers une scène de série télé, par exemple — ou par le dialogue, la pleine conscience, le temps passé en nature ou toute activité qui vous fait réellement du bien.
Je crois aussi que le fait d’avoir parlé ouvertement de mes émotions avec des personnes de confiance a préparé le terrain pour que cette compréhension émerge au moment où j’étais prête à l’accueillir.
Quelques pistes qui m’ont aidée
Je terminerai ce texte en partageant quelques pratiques qui m’ont soutenue, dans l’espoir qu’elles puissent vous être utiles à votre tour.
Accueillir ce que vous ressentez
Notre réflexe est souvent d’éviter ou d’engourdir les émotions inconfortables. Pourtant, les reconnaître et les laisser exister — plutôt que les refouler — permet souvent de les traverser plus rapidement. Que ce soit par les larmes, le mouvement, la création, la pleine conscience, la nature ou une pratique spirituelle, donnez-vous la permission de ressentir. Rappelez-vous : vous êtes plus que ce que vous ressentez.
Observer les pensées sous-jacentes
Soyez attentif aux pensées qui façonnent votre vécu émotionnel. Les croyances profondément ancrées ne sont pas toujours évidentes à identifier. La visualisation, la réflexion et les conversations honnêtes avec une personne de confiance peuvent aider à les mettre en lumière.
Faire preuve de douceur envers soi-même
Offrez-vous la même compassion que vous offririez à un être cher. La grâce, le pardon et la bienveillance ne sont pas des luxes — ce sont des nécessités. Si cela vous semble difficile, c’est en soi une information précieuse et un point de départ important.
Ancrer ce que vous avez appris
Que ce soit par l’écriture, le partage ou toute autre forme de documentation, ancrer vos apprentissages leur permet de prendre racine. Lorsqu’une leçon est reconnue et intégrée, elle laisse une trace durable — et contribue à faire de nous des êtres humains plus entiers et plus compatissants.



