Les non-dits : comprendre et transformer les éléphants dans nos relations
- Nadine Duguay-Lemay

- Sep 8, 2024
- 5 min read
Ah, les fameux non-dits !
Que ce soit dans un couple, une relation familiale, une amitié ou au travail, les non-dits s’installent insidieusement dans nos communications. Et lorsqu’ils demeurent non adressés, ils peuvent effriter, doucement mais sûrement, la nature même de nos relations.
Les non-dits peuvent faire en sorte que les relations restent superficielles. Ils peuvent aussi devenir source de malentendus, de tensions et de conflits. Parfois, ils creusent un fossé qui s’élargit avec le temps et peut mener à des ruptures ou à des fractures profondes. Bref, à mon avis, les non-dits sont une source de distance — et il devient essentiel de les adresser si l’on souhaite un véritable rapprochement avec les personnes qui nous entourent.
Cela dit, je crois qu’il est nécessaire de faire une introspection pour comprendre les raisons et les motifs qui nous poussent à laisser les non-dits s’installer… et surtout, à les laisser perdurer. Cette compréhension nous permettra d’adopter de nouveaux comportements en communication et d’approfondir nos relations.
Définissons les non-dits
Commençons par comprendre ce que sont les non-dits.Le dictionnaire Le Robert les décrit comme « ce qui n’est pas dit, ce qui reste caché dans le discours de quelqu’un ». Le non-dit devient alors ce fameux « éléphant dans la pièce » : il est ressenti par les personnes concernées, mais on choisit collectivement de l’ignorer.
On sent clairement la présence de l’éléphant, mais on fait comme s’il n’était pas là. Imaginez maintenant qu’il y ait plusieurs non-dits, et que chacun d’eux soit représenté par un éléphant. Rapidement, il ne reste plus beaucoup d’espace dans la pièce… et ça commence à ressembler davantage à un safari dans notre salon.
Les motifs et les raisons derrière les non-dits
Blague à part, je pense que nous avons tous des non-dits dans nos relations. Certains sujets, toutefois, sont plus propices à en créer : l’argent, la sexualité, la parentalité, par exemple. Pour plusieurs, ce sont des thèmes délicats, difficiles à aborder ouvertement. Les raisons peuvent être multiples, et je peux affirmer que des expériences difficiles ou traumatisantes y contribuent souvent.
Le milieu familial, ainsi que l’environnement dans lequel nous avons grandi — enfants et adolescents — jouent un rôle majeur dans notre rapport à la communication. Avez-vous eu des expériences positives ou négatives liées à l’expression de vos émotions, de vos peurs ou de vos états d’âme ? Avez-vous grandi dans un espace sécuritaire, imprégné d’amour et d’acceptation, ou avez-vous plutôt vécu des jugements, du ridicule, voire un profond sentiment de ne pas être écouté.e ?
Avez-vous subi des représailles pour avoir exprimé le fond de votre pensée ou ce que vous ressentiez réellement ? Quels étaient les comportements de vos parents face à la communication ? Était-elle marquée par les silences, les mots, les cris… ou la violence ?
Les réponses à ces questions éclairent la façon dont nous avons appris à communiquer — et ce que nous avons intériorisé. Nous avons tous une petite voix intérieure qui, dans sa quête de nous protéger, nous pousse à adopter des comportements qui nous ont servi dans le passé. Le problème, c’est que ces mécanismes ne nous servent peut-être plus aujourd’hui, dans notre réalité actuelle.
Je pense notamment aux personnes qui communiquent de façon passive-agressive, chez qui les non-dits se font souvent sentir davantage. Tout passe par le non-verbal : le ton, les silences, la manière de dire — ou de ne pas dire — les choses. Même les silences deviennent lourds, chargés de sous-entendus.
Ayant moi-même adopté ce comportement par le passé, je peux témoigner qu’il était largement alimenté par la peur. Exprimer le fond de sa pensée devient particulièrement difficile lorsqu’on est perçu comme le pilier de son entourage. On a l’impression que ce n’est pas permis. On a peut-être vécu des conséquences douloureuses pour avoir osé dire ce que l’on ressentait, et on préfère éviter de revivre cela.
Souvent, on se sent peu écouté.e, alors on refoule ses besoins. Ce refoulement finit parfois par exploser dans des moments de grande vulnérabilité — et fait mal, autant à soi qu’aux autres. Les émotions sont ressenties, mais elles ne sont pas clairement exprimées par des mots. Ou alors, on se replie dans sa carapace, on « fait la tortue », et on se ferme émotionnellement.
Ces comportements nuisent à la communication. Les autres finissent par éviter les échanges, de peur de vivre des moments inconfortables. C’est ainsi que le fossé s’installe… et qu’il ne fait que s’élargir à chaque tension non résolue.
Pour d’autres, la peur de déplaire, de blesser l’autre, de briser le statu quo — pourtant rassurant parce que connu — ou encore d’être rejeté.e, influence fortement le choix de taire ses pensées et ses émotions. Il devient plus facile de s’insensibiliser (en anglais, on parle de numbing) que de faire face à l’éléphant dans la pièce.
Certains non-dits persistent depuis des années. L’éléphant a alors pris énormément de place, et on ne sait plus comment l’aborder, encore moins l’apprivoiser. On se dit que ça demandera trop d’énergie, qu’on n’a pas le temps, qu’on est trop occupé.e. Alors on s’étourdit, on évite, on contourne.
Mais l’éléphant est toujours là. Il ne bougera pas tant qu’on ne lui demandera pas de sortir. Il s’est peut-être même confortablement installé chez nous.
Les vérités que nous préférons éviter sont souvent à l’origine des non-dits
Je suis loin d’être une experte en la matière. Comme je l’ai mentionné, j’ai moi-même souvent choisi de me taire, contribuant ainsi aux non-dits qui se sont installés ou qui perdurent. Mais j’observe, depuis quelque temps, à quel point il est difficile pour plusieurs de s’exprimer au quotidien — et comment les non-dits traversent toutes sortes de relations et de milieux.
Je crois profondément que l’introspection personnelle peut nous aider à mieux comprendre nos motifs… et, par conséquent, nos comportements en communication. La manière d’entreprendre ce voyage intérieur est propre à chacun.e : en solo, accompagné.e par un.e professionnel.le, ou soutenu.e par des personnes de confiance.
Comme toute introspection, ce processus nous fait grandir. Il nous permet de mieux comprendre ce qui nous habite, ce qui nous freine, et ce qui nous empêche d’exprimer clairement nos besoins, nos pensées et nos émotions. Au fond, s’il y a des non-dits dans nos relations, c’est souvent parce qu’ils touchent à des vérités que nous préférons éviter — envers les autres, mais aussi envers nous-mêmes.
Faire face à ces vérités, reconnaître les peurs qui y sont associées et amorcer leur communication constitue un premier pas. Un pas exigeant, certes, mais sans doute le plus important.
Bonne introspection — et au plaisir d’écrire une suite à ce texte.



