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Entre l’élan et le deuil: réflexion sur les nouveaux départs

  • Writer: Nadine Duguay-Lemay
    Nadine Duguay-Lemay
  • Sep 30, 2023
  • 5 min read

J’ai récemment tourné la page sur un chapitre professionnel marquant.


Contrairement à ce que j’avais imaginé, je n’ai ressenti ni soulagement ni sentiment de libération en fermant mon ordinateur à la fin de cette dernière journée. La semaine avait été difficile à traverser — l’épuisement s’était installé insidieusement — et, au matin de mon dernier jour, je me sentais réellement mal. J’ai tout de même tenu bon, composant avec des symptômes physiques bien réels, probablement liés à l’accumulation de fatigue et de stress, peut-être aggravés par un virus que mon système immunitaire, affaibli, peinait à combattre.


Pendant des semaines, je m’étais représenté ce moment comme le franchissement d’une ligne d’arrivée sur une note festive, martini à la main. Or, l’instant s’est plutôt incarné dans une étrange sensation de vide — et une soirée passée au lit.


J’ai une théorie sur ce qui est en train de se jouer, et j’ai envie de la partager avec vous.


Quelques semaines plus tôt, mon amie et coach, Isabelle Lanthier, m’avait parlé de la dualité des émotions qui coexistent souvent lors des périodes de transition. Je crois être en train de vivre cette réalité, pleinement et viscéralement.


Le deuil qui suit le choix

Dans un récent billet portant sur le lâcher-prise, j’ai abordé cette même dualité — l’idée qu’à chaque décision que nous prenons, il y a des gains et des pertes, même lorsque la balance penche clairement du côté de ce qui est juste ou nécessaire. Honorer les élans de notre âme, dire oui à de nouveaux départs ou à de nouvelles possibilités, c’est aussi faire le deuil de ce que nous connaissions, de ce que nous aimions, de ce qui nous a portés.


Je suis récemment tombée sur une réflexion partagée par Teri-Ann Richards, qui a profondément résonné en moi et m’a permis de mettre des mots sur ce que je ressens. Elle parlait de ce moment où l’on sait qu’il est temps de relâcher ce qui ne nous sert plus, et du deuil — voire du sentiment d’échec — qui peut émerger lorsque l’on ferme une porte restée ouverte très longtemps.


Je croyais avoir déjà fait le deuil de ce chapitre qui a façonné plus de cinq années de ma vie. Je réalise aujourd’hui qu’il reste encore beaucoup de deuil à traverser.


Je dis au revoir à une équipe humaine remarquable — des personnes avec qui j’ai travaillé de près et que j’ai profondément aimées. Cette absence, à elle seule, demande un ajustement. Je laisse aller une cause dans laquelle j’ai investi mon cœur et mon âme, souvent à grand coût personnel. Je me détache aussi d’un mode de survie bien ancré, ainsi que des pensées et des schémas qui ont rempli leur rôle, mais qui n’ont plus lieu d’être.


Peut-être de façon plus inattendue encore, je fais le deuil du rôle de sauveuse — bien plus que je ne l’aurais cru. Je me surprends encore à entretenir des dialogues intérieurs avec cette part de moi. Certains fils demeurent non résolus, certaines conversations restent à avoir.

Bref, le processus de deuil est loin d’être terminé. Il sera important de créer de l’espace pour ces pensées et ces émotions, de les accueillir plutôt que de les contourner, alors que je commence à entrevoir ce que pourrait être le prochain chapitre de ma vie.


Revenir à la voix qui a toujours été là

Quand j’étais enfant, je voulais être écrivaine.


Je rêvais de passer six mois par année à écrire — retirée sur une île tropicale — puis de voyager le reste du temps pour promouvoir mes livres. Ce rêve s’est endormi pendant plus d’une décennie, après qu’un ancien partenaire ait lu mes textes et les ait jugés trop sombres.


J’ai alors cessé d’écrire.


J’ai retrouvé le chemin de l’écriture en 2015, lors de ma participation à la Conférence canadienne du gouverneur général sur le leadership. Alors que notre groupe d’étude parcourait le territoire du Nunavut, je me suis portée volontaire pour en être la blogueuse. Cette expérience a ravivé quelque chose d’essentiel en moi. À la suite de la conférence, j’ai fait la promesse à mon ami Denis Carignan de continuer à écrire. La création de ce blogue est devenue une manière de formaliser cet engagement — envers lui, mais surtout envers moi-même.


Je partage cela parce que la vie nous entraîne souvent sur des chemins inattendus, pour ensuite nous ramener vers les désirs et les élans de notre jeunesse. Je crois que nous sommes profondément connectés à notre véritable essence lorsque nous sommes jeunes — sans toujours en avoir conscience. En grandissant, nous laissons trop souvent s’effilocher ce lien instinctif avec notre raison d’être et l’empreinte que nous souhaitons laisser.


Aujourd’hui, je ressens à la fois de l’enthousiasme et de la joie à l’idée d’avoir davantage d’espace et de temps pour écrire. Et pourtant, cette possibilité m’effraie aussi. Les sujets qui m’habitent sont bruts, exposés. Je sais que j’ai volontairement anesthésié ma voix au cours des dernières années ; le rythme plus discret de ce blogue en est le témoin. Faire face à ce mécanisme d’autoprotection me semble à la fois nécessaire… et terrifiant.


Qui sommes-nous, au-delà de ce que nous faisons ?

À mesure que la fin de ce chapitre approchait, je me suis aussi retrouvée en terrain connu, accompagnée du doute et de la peur — liés à la fois au passé et à l’inconnu de ce qui s’en vient.


Pendant des années, je suis passée d’un défi professionnel à l’autre, avec la sécurité financière comme priorité constante. Les multiples avenues qui s’offrent maintenant à moi sont profondément attirantes, mais aussi déstabilisantes pour la part de moi programmée pour survivre, prévoir et toujours rester en mouvement.


Il y a un certain réconfort à pouvoir expliquer, de façon concrète, ce qui vient ensuite. Et pourtant, je suis troublée par la facilité avec laquelle ma valeur se confond avec ce que je fais. Une grande partie de ma vie adulte s’est construite autour de ce que je produis, des rôles que j’occupe, des titres que je porte. Par moments, j’ai eu l’impression que mon utilité prenait le pas sur mon humanité.


Cette prise de conscience m’amène à comprendre qu’un certain ménage — doux, mais nécessaire — devra se faire dans mon réseau. Cela aussi s’accompagne d’émotions contrastées : du soulagement, mais aussi de la culpabilité. Plus encore, cela m’invite à une tâche plus profonde — celle de me recentrer sur ma valeur comme personne, et non seulement comme professionnelle.


Tenir les deux à la fois

Oui, amorcer un nouveau chapitre est une expérience à double tranchant.

Nous parlons souvent de ce qui s’en vient, des possibilités, du renouveau. Nous parlons beaucoup moins du deuil silencieux qui accompagne les fins, même lorsqu’elles sont choisies. Je n’ai pas encore toutes les réponses. Le « et maintenant » demeure, à bien des égards, indéfini.


Ce que je sais, toutefois, c’est que j’apprends à écouter plus attentivement ma voix intérieure. Et s’il y a une leçon que je choisis de garder près de moi — écho de l’expérience de Teri-Ann — c’est que fermer certaines portes peut en ouvrir d’autres, jusqu’alors inimaginables.


Pour l’instant, je m’autorise à faire le deuil. Et je demeure ouverte aux possibles que les nouveaux départs, dans toute leur complexité, portent en silence.


« Une porte ouverte, solitaire, se tenant au milieu d’une route déserte sous un vaste ciel, symbolisant la transition, la vulnérabilité et l’incertitude des nouveaux départs. »
« Une porte demeure ouverte, ne demandant pas la certitude, mais la présence. »

 
 
 

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