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Se sentir assez : quand ralentir devient un acte de courage

  • Writer: Nadine Duguay-Lemay
    Nadine Duguay-Lemay
  • Oct 16, 2023
  • 5 min read

Updated: Jan 14

Depuis quelques semaines, je goûte à une nouvelle réalité professionnelle et personnelle et je m'habitue tranquillement à une nouvelle cadence qui est encore très occupée, mais qui me laisse un peu plus respirer. Je peux aller prendre des marches à (presque) tous les jours, écrire, cuisiner des repas santé et explorer. J'ai même essayé un atelier de peinture vendredi dernier !


C'est la première fois de ma vie où je m'accorde ce temps et cet espace pour retrouver la santé, créer et découvrir de nouvelles choses. Je ne vous cacherai pas que cette aspiration est ponctuée de peurs et de doutes au quotidien et que je ne trouve pas évident de naviguer tout cela.


Ce que je découvre à date me surprend et me fait réfléchir grandement. Je vous partage donc cette ambiguïté dans ce texte avec l'espoir que certains d'entre vous ont déjà passé par là et auront des conseils à m'offrir ou que mes propos résonneront tout simplement avec vous.


Je fais "juste"...ce mot limitant !

Au cours de la fin de semaine, je suis allée dans un marché local pour faire quelques achats des Fêtes. J’y allais surtout pour voir une connaissance professionnelle, Kathryn Basham, qui exposait ses magnifiques œuvres en céramique. Je suis devenue une grande admiratrice de son travail, dont la démarche artistique marie ses origines américaines (elle vient du Kentucky), son amour du Nouveau-Brunswick — qu’elle habite depuis plusieurs années — et l’intégration d’éléments naturels.


Je m’intéresse aussi beaucoup à son parcours, puisqu’elle a vécu une importante transformation professionnelle au cours de la dernière année et explore désormais sa passion pour la création artistique avec Kentucky Brunswick Ceramics.


Alors que nous discutions autour de mon achat, je lui ai partagé ceci :

« Je fais juste mon MBA et j’enseigne à temps partiel. »


Elle m’a arrêtée net :

« N’utilise pas ce mot : juste. On a tendance à diminuer ce que l’on fait, comme si ce n’était pas assez. C’est plus que suffisant. Mon conseil : essaie d’éliminer ce mot de ton vocabulaire. »

Je vous avoue que ses paroles m’ont donné les yeux larmoyants. Elle venait de toucher une corde extrêmement sensible. L’ambiguïté que je ressens prend racine précisément dans ce type de pensées : des pensées limitantes et culpabilisantes, souvent arrimées à la productivité, à la performance ou à l’estime de soi.


Suis-je assez, telle que je suis?


Apprendre à ralentir… même quand c’est inconfortable

Un exemple tout simple : j’étais habituée de manger mon dîner tout en continuant de travailler. La seule « pause » que je m’accordais était le temps de réchauffer mon repas.


Depuis quelques semaines, je dîne réellement. Je tente de m’accorder une pause plus complète — en lisant ou en écoutant une émission. Et même cela, je le trouve difficile. Après dix minutes, une petite voix s’active : Tu devrais préparer quelque chose, travailler sur ton cours, nettoyer la cuisine… faire quelque chose!


Ces pensées sont constantes. Je crois qu’elles proviennent autant de facteurs intrinsèques — les traumas vécus, les modèles que j’ai connus, la valeur que je m’accorde — que de facteurs extrinsèques : une société qui glorifie la productivité, le statut professionnel, la performance, sans oublier la double charge professionnelle et familiale que portent encore majoritairement les femmes.


Kathryn dirait aussi que nous sommes conditionnées, dès un jeune âge, à être humbles… et à minimiser ce que nous faisons. Puisque ce texte se veut une réflexion personnelle, je n’approfondirai pas davantage ces facteurs ici — mais ils mériteraient à eux seuls un autre billet.


Apprendre à dire non… ouf, pas encore naturel

Ces pensées limitantes se manifestent aussi dans ma difficulté à dire non. J’ai déjà partagé à quel point j’ai l’habitude d’être celle qu’on sollicite : pour des conseils, des références, des connexions, des services.


Très peu de gens me contactent simplement pour prendre de mes nouvelles ou apprendre à mieux me connaître. Je n’ai pas besoin d’avoir beaucoup d’ami·e·s — ceux qui sont dans ma vie me comblent — mais je constate que mon rôle a longtemps été celui de la personne utile. Un rôle que j’ai endossé très jeune, et que je connais bien.


Or, dire non devient essentiel pour préserver sa santé. J’avoue que cet apprentissage m’accompagnera probablement toute ma vie. Dire non, aussi, à certaines opportunités professionnelles. La Nadine « en mode survie » est encore bien présente : celle qui veut toujours un plan A, B, C, D et E. Ayant déjà vécu des moments où les options semblaient rares, ce réflexe est devenu mon modus operandi.


Assez, c’est assez : apprendre à se sentir assez, vraiment

J’ai aussi été surprise de voir émerger une autre petite voix : celle qui me murmure chaque jour que je devrais contribuer davantage à la maison, puisque mon mari travaille à temps plein et que mon apport financier n’est pas le même en ce moment.


Pourtant, nous avons établi un partage des responsabilités qui nous convient à tous les deux. Mon programme d’études et mon cours au collège demandent chacun environ 20 heures par semaine — ce qui équivaut, concrètement, à un emploi à temps plein. Et malgré tout… ce n’est jamais « assez ».


Je me réveille au même moment que mon mari — parfois même plus tôt — avec ce besoin constant d’être productive. Je lui dis souvent :

« Aujourd’hui, j’ai été productive, j’ai terminé XYZ. »


C’est fou, cette pulsion d’accomplir. Mon mari appuie pleinement mes aspirations et fait tout ce qu’il peut pour me permettre cet espace. Le combat est intérieur. Et c’est grâce à des personnes comme Kathryn — et à la gratitude — que j’arrive à apaiser ces voix et à accueillir pleinement les moments de présence, de créativité et de bien-être.


Ce que la société valorise… et ce que je choisis d’honorer

Ce sentiment de « ne pas en faire assez » refait aussi surface lorsque j’observe les réactions autour de moi. On valorise encore beaucoup plus la productivité et le statut professionnel que le savoir-être ou le bien-être.


Peu de gens s’intéressent réellement à mon programme d’études, pourtant novateur et unique. On me demande surtout avec quelle université je fais mon MBA. Plusieurs croient que j’enseigne à temps plein, alors que ce n’est qu’un mandat temporaire pour soutenir mes études.


Un commentaire récent — « bon succès avec l’enseignement et tout ça » — m’a fait sourire. Il illustre à quel point mes choix sont parfois mal compris. Peut-être ai-je mal expliqué. Mais si je dois justifier, n’est-ce pas révélateur de ce que nous valorisons collectivement?


Je remercie sincèrement les ami·e·s et membres de ma famille qui s’intéressent à ce que j’apprends, à ce que je pense, à comment je me sens. Merci aussi à celles et ceux qui m’encouragent à ralentir. Quelqu’un me remerciait aujourd’hui pour mes photos partagées sur les réseaux sociaux — un geste qui m’a touchée, alors que je découvre une nouvelle passion pour la photographie. Je suis loin d’être photographe, mais ma fibre artistique trouve doucement sa voie… à condition de lui laisser l’espace de respirer.


Malgré ces ambivalences, je reviens toujours à cette intention : m’accorder du temps et de l’espace pour explorer, respirer et me ressourcer. Kathryn m’a confié que cette lutte est encore bien présente pour elle aussi — mais que ça devient plus doux avec le temps.

Je me raccroche à cette idée. Et en attendant, je choisis la créativité, la présence et la gratitude.


Au plaisir de lire vos réflexions, vos expériences… et vos conseils.


Image de Shutterstock; choisie pour Kathryn qui incorpore des feuilles dans ses oeuvres en céramique.

 
 
 

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