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La solitude du dirigeant, exprimée autrement.

  • Writer: Nadine Duguay-Lemay
    Nadine Duguay-Lemay
  • Mar 13, 2019
  • 4 min read

Updated: Jan 26

je souffre ces derniers temps d’un syndrome particulier, que j’ai déjà connu au fil de ma carrière, mais jamais de façon aussi prononcée. Souvent associé au syndrome de la tour d’ivoire du dirigeant, il renvoie à ce sentiment parfois difficile à nommer : celui d’être seul lorsqu’on exerce un rôle de leadership.


Cette solitude se fait particulièrement sentir dans les périodes de grande transformation organisationnelle — ce que je vis actuellement — ou lorsque l’on est confronté à des décisions stratégiques importantes. Elle émerge aussi lorsqu’il n’existe pas, dans son entourage, de véritable groupe d’appui composé de leaders vivant des réalités comparables, ou de personnes capables d’offrir une écoute empreinte d’empathie.


À titre de femme exerçant un rôle de PDG, je ne vis pas mal cette solitude, même si elle est plus présente ces temps-ci. Je dirais même que je la considère nécessaire. Et, à bien des égards, saine.


Apprivoiser la solitude pour mieux se connaître

Selon Geneviève Desautels, consultante, coach certifiée et présidente d’Amplio Stratégies et d’Univers interactif, il est essentiel d’apprivoiser la solitude, car elle fait partie intégrante du rôle de leader. Elle rappelle que la motivation d’un leader doit être intrinsèque — et, à mon sens, cela passe inévitablement par une connaissance approfondie de soi.


Occuper un poste de direction pour plaire aux autres est, à terme, une voie sans issue. Il est impossible de satisfaire tout le monde. J’ai moi-même souffert de ce syndrome — et, en toute honnêteté, je dois encore le combattre. Il s’agit d’un comportement appris très tôt, profondément ancré.


Renforcer sa confiance en soi est essentiel. Mais connaître ses valeurs et sa raison d’être l’est tout autant : cela nous aide à comprendre ce qui nous fait avancer… et ce qui nous déstabilise. Le fameux « Find your why » de Simon Sinek résonne d’ailleurs très fort pendant que j’écris ces lignes.


Avant d’aller plus loin, je souhaite toutefois préciser que je parle ici de moments de solitude choisis, et non du sentiment d’isolement qui peut parfois s’installer.


La solitude comme espace de recul et d’introspection

La solitude m’offre un espace de recul face aux situations complexes. Elle me permet de les observer sous d’autres angles, de mieux comprendre ce qui m’a personnellement interpellée et d’analyser mes réactions.


Elle me donne aussi la possibilité de corriger le tir. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de revenir vers des personnes pour expliquer les raisons de mes réactions, et de m’excuser lorsque je jugeais avoir réagi plutôt qu’agir.


Pour moi, la solitude agit comme un moment de méditation et d’introspection profonde. Elle me permet de refaire le plein d’énergie et de me recentrer.


Il y a également des raisons plus « cachées » à mon appréciation de la solitude. Être en pyjama ou en jogging, une toque sur la tête, plutôt que bien vêtue, coiffée et maquillée — quel soulagement. C’est aussi dans ces moments que je me consacre à ce que j’aime : lire, écrire, m’évader.


Récemment, un ancien collègue me confiait, avec un brin d’étonnement, ne pas comprendre comment je trouvais le temps de tout faire. La vérité est simple : écrire est pour moi un exutoire. Au même titre que l’activité physique ou tout autre loisir. Publier chaque dimanche demande certes discipline et constance, mais cette pratique constitue avant tout une fondation — un pas de plus vers un rêve d’enfance : écrire un livre, un jour.

Mais pour écrire, j’ai besoin de silence. De bulle. De solitude.


Entre leadership, famille et réalités humaines

À titre de mère professionnelle, ces moments à moi sont précieux. Concilier vie professionnelle et vie personnelle est déjà un défi, sans y ajouter la culpabilité qui s’y greffe souvent. Dire à ses enfants que l’on a besoin de temps pour soi n’est jamais simple.


C’est probablement là que je ressens le plus intensément la solitude du dirigeant : lorsque ma tête déborde, que j’ai besoin de faire le vide, mais que je dois aussi être pleinement présente pour ma famille. Ces réalités ne s’imbriquent pas toujours harmonieusement.


Je demeure néanmoins confiante. Avec le retour de ces petits rituels qui m’aident à reprendre mon souffle, je retrouve l’élan de m’accorder des marches avant le souper — parfois seule, parfois accompagnée. Ces moments simples me permettent de couper avec le travail, d’apprécier la nature et de refaire le plein d’énergie pour la soirée.


La solitude du dirigeant s’explique par de multiples facteurs. Elle se manifeste lorsque l’on tente de concilier travail et vie personnelle — par exemple lorsqu’un enfant est malade à la maison. Elle se fait aussi sentir lorsqu’on est confronté à des comportements ou à des décisions qui ne sont pas ancrés dans des valeurs partagées.


Cette réalité est délicate à naviguer. On ne peut imposer ses valeurs à autrui ; on peut seulement les incarner et expliquer pourquoi elles sont importantes pour nous. Les moments où j’ai ressenti un réel isolement sont souvent liés à une incompréhension des comportements ou des valeurs d’une autre personne.


Enfin, il existe une forme bien particulière de solitude lorsqu’on est dirigeant dans une petite communauté. Ici, on ne parle pas de six degrés de séparation, mais bien d’un — ou deux, tout au plus. (J’écris ceci avec un sourire.) Se sentir seul tout en étant entouré de gens que l’on connaît est paradoxal, mais possible, lorsque la confiance, la connexion et les valeurs communes font défaut.


Je conclus en soulignant l’importance du soutien de nos proches pour atténuer ce syndrome de la solitude du dirigeant. Ce soutien, exprimé par mille petits gestes ou de simples mots d’encouragement, a une valeur immense.


À celles et ceux qui soutiennent un leader, parfois sans le savoir : merci.


Lionne vue de profil sur fond sombre, éclairée par une lumière douce, symbolisant la force intérieure, la solitude choisie, la lucidité et la posture introspective du leadership
La force tranquille de la solitude choisie.






 
 
 

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