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Mon verre d'empathie est vide

  • Writer: Nadine Duguay-Lemay
    Nadine Duguay-Lemay
  • Jan 13, 2019
  • 4 min read

Updated: Jan 27

J’ai besoin de parler.

De parler de la réalité de celles et ceux qui vivent au quotidien auprès de personnes atteintes de problèmes de santé mentale.


Ce sujet touche une part importante de la population : selon Santé Canada, un Canadien sur cinq souffrira personnellement d’une maladie mentale au cours de sa vie. Et pourtant, on parle encore trop peu de celles et ceux qui soutiennent, qui accompagnent, qui tiennent debout pendant que l’autre vacille.


Soyons clairs dès le départ : je ne cherche ni à minimiser la souffrance des personnes atteintes de troubles de santé mentale, ni à susciter la pitié. Leur douleur est bien réelle, même lorsqu’elle demeure invisible. Je souhaite simplement partager le ressenti de quelqu’un qui se retrouve, plus souvent qu’autrement, à jouer le rôle d’unité de crise mobile… et qui, aujourd’hui, arrive au bout du rouleau.


Au moment où j’écris ces mots, je me sens drainée. Émotionnellement. Physiquement aussi. (Le fait que mon corps me rappelle ses limites n’aide certainement pas.)Ce qui devait être un temps de repos s’est transformé en une succession de rebondissements imprévus. J’avais pourtant nourri beaucoup d’attentes envers cette pause. J’en avais besoin.

Mais la vie en a décidé autrement.


J’ai été au service des autres. Et, d’une certaine façon, la vie a bien fait les choses : j’étais disponible — peut-être plus que d’autres — pour offrir du soutien. L’envers de la médaille, c’est ce sentiment de me retrouver vidée, sans avoir eu l’espace nécessaire pour me régénérer. Les batteries à plat. Certainement pas rechargées comme je l’aurais souhaité.


Quand soutenir épuise

J’ai appris que le travail n’est pas toujours à l’origine de l’épuisement.Ayant déjà frôlé l’épuisement professionnel, je croyais bien connaître les signes et les causes du burn-out. Pourtant, notre vie personnelle peut elle aussi devenir un terrain fertile à l’usure.


Quand aller travailler devient une forme de « pause », un refuge face à la vie personnelle, il y a peut-être là des signaux d’alarme. On parle alors souvent d’épuisement du soignant. Ce phénomène est bien connu chez les professionnels de la santé — thérapeutes, infirmières — mais il touche aussi toutes celles et ceux qui endossent, parfois sans le vouloir, le rôle de pilier émotionnel dans leur entourage. Celles et ceux qui soutiennent un être cher malade. Celles et ceux qui essaient, toujours, d’aider.


Je suis cette personne-là. Celle qui est toujours là.


Souvent, j’ai l’impression qu’on me prend pour une valise. On présume que je serai là. Qu’on peut déposer, sans demander si j’ai le temps, l’énergie ou la capacité de porter. C’est attendu. Tout simplement.


Je suis perçue comme la personne forte. Celle qui passe en mode solutions, qui reste calme, rationnelle, objective. Du moins, c’est ainsi que je me sens face à plusieurs personnes de mon entourage.Ce que l’on oublie — ou ce que l’on semble ignorer — c’est que je ne suis ni thérapeute ni psychologue. Je ne suis pas toujours outillée pour faire face à des situations complexes qui dépassent mon vécu ou mes connaissances. Je suis humaine. Et parfois, je n’ai tout simplement plus les ressources émotionnelles, mentales ou physiques pour soutenir.


La fatigue de celle qui tient

Mon thérapeute me propose souvent un exercice : imaginer une petite fée, munie d’une baguette magique, capable de changer ce que je veux dans ma vie. En ce moment, je souhaiterais par-dessus tout retrouver mon empathie… et obtenir du respect.


Lorsque nos capacités sont atteintes, le verre d’empathie se vide. Et cela a un impact réel sur nos relations. Je me suis vue incapable d’offrir le soutien que j’aurais voulu à une personne chère vivant une situation traumatisante. Je me suis surprise à adopter, envers ma famille, une posture plus dure, presque détachée — un « suck it up, buttercup » — simplement parce que mon verre était vide. Je me suis aussi isolée, cherchant une pause mentale.


Une réalité difficile s’installe alors, tranquillement, quand on est la personne de soutien. Et elle est néfaste pour tout le monde. On manque d’empathie. On adopte des comportements qui n’aident pas. On remet en question ses choix de vie. On s’éloigne des autres, par désespoir.


Et on se sent seul·e. Très seul·e.


Je sais qu’il est essentiel d’imposer ses limites, de s’affirmer pour éviter le ressentiment et l’impuissance. Mais lorsque le danger est réel, immédiat, on ne s’accorde pas toujours ce luxe. Du moins, pas moi.


Revenir à l’essentiel

Malgré tout ce que je partage ici sur le besoin d’empathie, je tiens à le préciser : je ne cherche pas à l’obtenir des autres. C’est un travail qui m’appartient.


Cela passe par le soin des besoins fondamentaux de l’être humain : l’hydratation, l’alimentation, le sommeil et le lien social. Cela passe aussi par des activités qui m’énergisent ou me servent d’exutoire — comme l’écriture.


On sous-estime souvent l’importance de ces besoins de base. Et pourtant, lorsqu’on observe certaines tactiques de déshumanisation utilisées dans des contextes extrêmes, ce sont précisément ces éléments qu’on retire en premier : l’eau, la nourriture, le sommeil, le contact humain.Le résultat est sans appel.


Et pourtant, combien d’entre nous s’infligent exactement cela, jour après jour?


J’espère sincèrement que ce texte pourra ouvrir un espace de dialogue autour de l’empathie et de l’impact réel des problèmes de santé mentale, pour toutes les personnes concernées, qu’elles vivent la souffrance de l’intérieur ou qu’elles accompagnent, soutiennent et tiennent tant bien que mal. Les blessures existent de toutes parts, souvent silencieuses, parfois invisibles, et elles méritent d’être nommées afin que l’on puisse échanger, apprendre les uns des autres et, surtout, se rappeler que personne ne devrait porter cela seul·e.


Dans mon quotidien professionnel, je rappelle souvent l’importance d’aller à la rencontre des gens là où ils sont, de chercher à comprendre ce qu’ils traversent à cet instant précis de leur vie, d’accueillir ce qui est partagé sans jugement et de tenter de faire un pont avec notre propre vécu afin de mieux saisir l’émotion de l’autre. C’est dans cet esprit que je vous invite à prendre un moment pour reconnaître une expérience personnelle qui a éveillé en vous des émotions semblables à celles évoquées ici, et à la partager si le cœur vous en dit. Peut-être qu’ensemble, dans cette reconnaissance mutuelle, nous pourrons nourrir un dialogue plus humain, plus respectueux et, surtout, plus empreint d’empathie.


Jeune fleur délicate sur une tige fine et légèrement courbée, se dressant sur un fond neutre et épuré, symbolisant la fragilité, la résilience et la capacité de continuer malgré l’épuisement.
Tenir debout, même quand l’énergie se fait rare.

 
 
 

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