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La puissance tranquille du lâcher-prise

  • Photo du rédacteur: Nadine Duguay-Lemay
    Nadine Duguay-Lemay
  • 4 sept. 2023
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 16 heures

Au cours des dernières semaines, j’ai pris d’importantes décisions qui m’ont procuré un profond sentiment de bien-être et, surtout, qui m’ont permis de vivre concrètement les effets du lâcher-prise. Le chemin pour m’y rendre a toutefois été loin d’être simple. Le processus décisionnel a été houleux, autant pour moi que pour mes proches, qui m’ont vue faire toute une danse intérieure pendant cette période de réflexion : un pas vers l’avant, deux pas vers l’arrière, puis quelques pas de côté (j’aime la danse, que voulez-vous!).


Je craignais tellement de prendre de « mauvaises décisions » que, dans un premier temps, je me suis concentrée presque uniquement sur les résultats anticipés, sur les conséquences avec lesquelles je croyais pouvoir mieux vivre. Puis je me suis arrêtée. J’ai pris le temps d’identifier les peurs qui m’habitaient, les cordons invisibles qui me retenaient. C’est là que quelque chose a commencé à bouger, que j’ai pu amorcer doucement mon propre processus de laisser-aller et, à partir de cet espace, prendre des décisions plus alignées avec ce qui était juste pour moi à ce moment précis de ma vie.


Le lâcher-prise est un thème que j’ai souvent abordé au fil des ans, en coaching, en thérapie, dans des conversations profondes avec des ami·e·s proches. Et pourtant, il ne m’est jamais venu naturellement. Je me suis construite très tôt avec un fort sentiment de culpabilité, de honte, et un sens des responsabilités envers les autres particulièrement développé. À cela s’ajoute une grande sensibilité à la justice sociale, et un mécanisme d’adaptation qui m’a menée à devenir une grande performeure. Tous les ingrédients étaient réunis pour ne rien lâcher du tout.


Puis le corps a parlé. La maladie, une névralgie occipitale, s’est imposée comme un signal d’alarme. Ce qui était d’abord ponctuel s’est installé. Il aura fallu cinq opérations en quinze mois, sans véritable ralentissement professionnel, pour que je me retrouve à terre, à plusieurs reprises. Lorsque j’ai entamé mes vacances en juillet, j’étais complètement à plat. Et le plus troublant, c’est que je n’arrivais même plus à me ressourcer, malgré tous mes efforts.

Un jour, en marchant sur le sable à la recherche de verre de plage, une image s’est imposée à moi, comme un message venu de plus loin : un voilier, presque immobile, glissant doucement sur une mer calme, sous un ciel à la fois nuageux et lumineux. Cette image ne m’a plus quittée. C’est à partir de là que quelque chose s’est ouvert, que le mouvement intérieur a réellement commencé.


J’ai d’abord nommé ce qui m’habitait : les peurs, les attachements, ce sentiment de responsabilité que je portais envers certaines personnes. J’ai choisi d’aller leur parler. Non pas pour leur transférer ce poids, ni pour susciter de la culpabilité, mais simplement pour leur dire à quel point elles comptaient pour moi, et pour nommer ma peur qu’elles perçoivent mes décisions comme un abandon. Ces conversations ont été déterminantes. Elles m’ont permis de couper, un à un, ces cordons invisibles, mais bien présents, qui me reliaient à elles. En retour, j’ai reçu de la compréhension, de la compassion, et quelque chose de précieux : la permission de choisir pour moi et de déposer une responsabilité qui ne m’appartenait pas.


À travers ce processus, une autre compréhension s’est installée. Avec chaque décision viennent des gains… et des pertes. Même dans ce qui semble juste, il y a parfois un deuil à traverser. Dire oui à quelque chose, c’est souvent dire non à autre chose, quitter ce que l’on connaît, ce que l’on aime. Cette réalité, aussi simple soit-elle, a profondément transformé ma manière de décider. Elle s’est aussi ancrée dans une autre évidence : remettre ma santé, physique, mentale et spirituelle, au centre. En repensant aux dernières années, aux opérations, à la douleur, aux signaux du corps, troubles digestifs, insomnie, réactions cutanées, il est devenu clair que continuer sur la même voie n’était plus une option. Je venais à peine de retrouver une qualité de vie, et je n’étais plus prête à la compromettre.


Il y a aussi eu le pardon, envers moi-même. Derrière les émotions des derniers mois se cachaient des pensées dures, des remises en question profondes. En les regardant avec plus de douceur, j’ai pu les accueillir, les comprendre et, parfois, simplement les laisser partir. Et puis, il y a eu cette rencontre intérieure avec cette part de moi qui veut sauver, qui porte, qui tient, qui ne lâche pas. Un rôle appris très jeune, à la fois puissant et épuisant. J’ai dû m’asseoir avec elle, lui demander de faire une pause, lui rappeler qu’elle s’épuise, que son engagement est précieux, mais qu’il ne peut pas se faire au détriment de sa propre vie. Laisser partir cette version de moi, c’est aussi un deuil, celui d’un persona qui a occupé beaucoup de place.


Puis, un moment a tout cristallisé. Une conversation en fin de journée, assise à une table de pique-nique à l’extérieur du marché de Dieppe. Je parlais, beaucoup, et mon ami m’a simplement dit : « Je t’entends, mais je n’entends pas clairement tes décisions. Alors… es-tu décidée ? » Il a répété la question. Et à un moment donné, quelque chose s’est posé. « Yeah. » Puis, en marchant vers la voiture : « Yes. » C’était là. La décision.


Plus tard, en marchant avec mon mari, je lui ai partagé ce qui venait de se déposer. Le voilier était toujours là, très présent. Je ressentais une paix intérieure que je n’avais pas connue depuis longtemps. Et quelque chose d’autre avait changé : ce que les autres pouvaient penser ou ressentir n’avait plus la même emprise. J’étais à l’écoute, avec compassion, mais cela ne venait plus ébranler mes décisions.


Depuis, cette paix ne m’a pas quittée. Le voilier est toujours là. Je me laisse guider par ce que je ressens lorsque de nouvelles options se présentent, tout en observant, avec bienveillance, cette tendance à ne pas dire non immédiatement. Je sais maintenant que l’essentiel se trouve dans la trajectoire, dans le processus. Lorsque quelque chose crée du stress, de l’angoisse, une sensation de débordement, ou ne s’aligne pas avec ce voilier intérieur, je prends un pas de recul. Et, pour l’instant, je reviens toujours à ces décisions.


Cela ne veut pas dire que je ne changerai jamais de cap. Mais, pour maintenant, je maintiens la direction choisie. Le retour à l’écriture fait partie de ce chemin, tout comme un retour aux études à temps partiel, en innovation, leadership et consultation. Pour la première fois depuis longtemps, je me sens véritablement excitée par l’avenir.


Au plaisir de vous retrouver, et surtout, de reconnecter sur un plan profondément humain et authentique.


Parfois, le plus grand lâcher-prise, c’est de laisser le voilier dériver vers la paix.
Parfois, le plus grand lâcher-prise, c’est de laisser le voilier dériver vers la paix.

4 commentaires

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lanthierisabelle
11 nov. 2023
Noté 5 étoiles sur 5.

Ce texte est un de ceux qui vont rester graver dans mon coeur. Merci beaucoup.

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Florence Gouton
Florence Gouton
11 nov. 2023
Noté 5 étoiles sur 5.

Merci pour ce très beau texte inspirant, que je redécouvre en cette saison d'automne propice à la douce réflexion.

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helene.devarennes
04 sept. 2023

Chère Nadine,


J’ai les yeux dans l’eau en te lisant. La danse des pas, ça je connais! MERCI pour ton partage sage et intègre. Ton texte est très inspirant. J’étais désolée d’apprendre tes chirurgies. J’espère que ça ira mieux. Se ré-énergier prends du temps, du courage et de la patience. Ton voilier aussi sait qu’il faut temps, patience et courage pour traverser l’océan!

La vie est tellement difficile par bout!! Protège précieusement ta paix intérieur. C’est l’essentiel.

Hélène

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Nadine Duguay-Lemay
Nadine Duguay-Lemay
04 sept. 2023
En réponse à

Chère Hélène,


Je suis profondément émue de te lire. Ça fait longtemps qu’on a échangé. Merci beaucoup de me partager tes impressions. C’était ça le but de retourner à l’écriture et de partager mes expériences vécues et processus pour me rendre aux diverses destinations que la vie me présente. Je suis tout à fait en accord avec ce que tu dis avec grande sagesse. J’espère te retrouver autour d’un café bientôt.


Prends soin,

Nadine

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