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  • La puissance tranquille du lâcher-prise

    Au cours des dernières semaines, j’ai pris d’importantes décisions qui m’ont procuré un profond sentiment de bien-être et, surtout, qui m’ont permis de vivre concrètement les effets du lâcher-prise. Le chemin pour m’y rendre a toutefois été loin d’être simple. Le processus décisionnel a été houleux, autant pour moi que pour mes proches, qui m’ont vue faire toute une danse intérieure pendant cette période de réflexion : un pas vers l’avant, deux pas vers l’arrière, puis quelques pas de côté (j’aime la danse, que voulez-vous!). Je craignais tellement de prendre de « mauvaises décisions » que, dans un premier temps, je me suis concentrée presque uniquement sur les résultats anticipés, sur les conséquences avec lesquelles je croyais pouvoir mieux vivre. Puis je me suis arrêtée. J’ai pris le temps d’identifier les peurs qui m’habitaient, les cordons invisibles qui me retenaient. C’est là que quelque chose a commencé à bouger, que j’ai pu amorcer doucement mon propre processus de laisser-aller et, à partir de cet espace, prendre des décisions plus alignées avec ce qui était juste pour moi à ce moment précis de ma vie. Le lâcher-prise est un thème que j’ai souvent abordé au fil des ans, en coaching, en thérapie, dans des conversations profondes avec des ami·e·s proches. Et pourtant, il ne m’est jamais venu naturellement. Je me suis construite très tôt avec un fort sentiment de culpabilité, de honte, et un sens des responsabilités envers les autres particulièrement développé. À cela s’ajoute une grande sensibilité à la justice sociale, et un mécanisme d’adaptation qui m’a menée à devenir une grande performeure. Tous les ingrédients étaient réunis pour ne rien lâcher du tout. Puis le corps a parlé. La maladie, une névralgie occipitale, s’est imposée comme un signal d’alarme. Ce qui était d’abord ponctuel s’est installé. Il aura fallu cinq opérations en quinze mois, sans véritable ralentissement professionnel, pour que je me retrouve à terre, à plusieurs reprises. Lorsque j’ai entamé mes vacances en juillet, j’étais complètement à plat. Et le plus troublant, c’est que je n’arrivais même plus à me ressourcer, malgré tous mes efforts. Un jour, en marchant sur le sable à la recherche de verre de plage, une image s’est imposée à moi, comme un message venu de plus loin : un voilier, presque immobile, glissant doucement sur une mer calme, sous un ciel à la fois nuageux et lumineux. Cette image ne m’a plus quittée. C’est à partir de là que quelque chose s’est ouvert, que le mouvement intérieur a réellement commencé. J’ai d’abord nommé ce qui m’habitait : les peurs, les attachements, ce sentiment de responsabilité que je portais envers certaines personnes. J’ai choisi d’aller leur parler. Non pas pour leur transférer ce poids, ni pour susciter de la culpabilité, mais simplement pour leur dire à quel point elles comptaient pour moi, et pour nommer ma peur qu’elles perçoivent mes décisions comme un abandon. Ces conversations ont été déterminantes. Elles m’ont permis de couper, un à un, ces cordons invisibles, mais bien présents, qui me reliaient à elles. En retour, j’ai reçu de la compréhension, de la compassion, et quelque chose de précieux : la permission de choisir pour moi et de déposer une responsabilité qui ne m’appartenait pas. À travers ce processus, une autre compréhension s’est installée. Avec chaque décision viennent des gains… et des pertes. Même dans ce qui semble juste, il y a parfois un deuil à traverser. Dire oui à quelque chose, c’est souvent dire non à autre chose, quitter ce que l’on connaît, ce que l’on aime. Cette réalité, aussi simple soit-elle, a profondément transformé ma manière de décider. Elle s’est aussi ancrée dans une autre évidence : remettre ma santé, physique, mentale et spirituelle, au centre. En repensant aux dernières années, aux opérations, à la douleur, aux signaux du corps, troubles digestifs, insomnie, réactions cutanées, il est devenu clair que continuer sur la même voie n’était plus une option. Je venais à peine de retrouver une qualité de vie, et je n’étais plus prête à la compromettre. Il y a aussi eu le pardon, envers moi-même. Derrière les émotions des derniers mois se cachaient des pensées dures, des remises en question profondes. En les regardant avec plus de douceur, j’ai pu les accueillir, les comprendre et, parfois, simplement les laisser partir. Et puis, il y a eu cette rencontre intérieure avec cette part de moi qui veut sauver, qui porte, qui tient, qui ne lâche pas. Un rôle appris très jeune, à la fois puissant et épuisant. J’ai dû m’asseoir avec elle, lui demander de faire une pause, lui rappeler qu’elle s’épuise, que son engagement est précieux, mais qu’il ne peut pas se faire au détriment de sa propre vie. Laisser partir cette version de moi, c’est aussi un deuil, celui d’un persona qui a occupé beaucoup de place. Puis, un moment a tout cristallisé. Une conversation en fin de journée, assise à une table de pique-nique à l’extérieur du marché de Dieppe. Je parlais, beaucoup, et mon ami m’a simplement dit : « Je t’entends, mais je n’entends pas clairement tes décisions. Alors… es-tu décidée ? » Il a répété la question. Et à un moment donné, quelque chose s’est posé. « Yeah. » Puis, en marchant vers la voiture : « Yes. » C’était là. La décision. Plus tard, en marchant avec mon mari, je lui ai partagé ce qui venait de se déposer. Le voilier était toujours là, très présent. Je ressentais une paix intérieure que je n’avais pas connue depuis longtemps. Et quelque chose d’autre avait changé : ce que les autres pouvaient penser ou ressentir n’avait plus la même emprise. J’étais à l’écoute, avec compassion, mais cela ne venait plus ébranler mes décisions. Depuis, cette paix ne m’a pas quittée. Le voilier est toujours là. Je me laisse guider par ce que je ressens lorsque de nouvelles options se présentent, tout en observant, avec bienveillance, cette tendance à ne pas dire non immédiatement. Je sais maintenant que l’essentiel se trouve dans la trajectoire, dans le processus. Lorsque quelque chose crée du stress, de l’angoisse, une sensation de débordement, ou ne s’aligne pas avec ce voilier intérieur, je prends un pas de recul. Et, pour l’instant, je reviens toujours à ces décisions. Cela ne veut pas dire que je ne changerai jamais de cap. Mais, pour maintenant, je maintiens la direction choisie. Le retour à l’écriture fait partie de ce chemin, tout comme un retour aux études à temps partiel, en innovation, leadership et consultation. Pour la première fois depuis longtemps, je me sens véritablement excitée par l’avenir. Au plaisir de vous retrouver, et surtout, de reconnecter sur un plan profondément humain et authentique. Parfois, le plus grand lâcher-prise, c’est de laisser le voilier dériver vers la paix.

  • Sous la surface

    Sur ce que l’on ne voit pas chez les autres, et l’humilité de ne pas tout savoir Dans nos interactions quotidiennes, nous captons des fragments des personnes qui nous entourent : un échange, un ton, une pause, un changement de comportement. Sans même nous en rendre compte, nous commençons à assembler une histoire. Nous interprétons, nous comblons les vides, nous donnons un sens à ce qui nous est présenté. C’est un réflexe profondément humain, non pas animé par la malveillance, mais par une habitude qui nous aide à naviguer le monde et les relations qui l’habitent. Et pourtant, ce que nous comprenons demeure souvent partiel. Sous la surface, des histoires entières se déploient, discrètement, souvent hors de notre regard. Ce que nous voyons est rarement l’ensemble du portrait. Il existe des couches auxquelles nous n’avons pas accès, des réalités portées avec intention ou simplement pas encore prêtes à être partagées. Il peut s’agir d’une maladie, d’un deuil qui n’a pas encore trouvé ses mots, d’une séparation, d’une tension liée au travail, ou de quelque chose de plus profondément ancré qui continue d’influencer la façon dont une personne se présente au monde. Ces expériences ne trouvent pas toujours leur place dans les conversations et sont, le plus souvent, portées en silence. Même avec les personnes que nous croyons bien connaître, notre compréhension demeure incomplète. Nous pouvons connaître quelqu’un dans un certain contexte, comme collègue, ami ou membre de la famille, et ressentir une forme de proximité. Mais nous ne les voyons pas partout. Nous ne sommes pas présents dans chaque moment qui les a façonnés, ni dans chaque espace où ils sont soutenus, où ils traversent des difficultés, ou encore où ils s’épanouissent en toute discrétion. Ce que nous voyons, ce sont des fragments, des aperçus partiels d’une réalité beaucoup plus vaste et complexe. Ce qui est visible est souvent soigneusement présenté, mais rarement complet. Nous sommes programmés pour donner du sens, et en l’absence d’information, nous comblons instinctivement les espaces. Les recherches en psychologie sociale montrent que nous avons tendance à nous appuyer sur des raccourcis cognitifs pour interpréter les comportements, en tirant des conclusions à partir d’un contexte limité (Fiske & Taylor, 2013 ; Kahneman, 2011). L’ erreur fondamentale d’attribution , introduite par Ross (1977), décrit notre tendance à attribuer ce que nous observons à ce qu’une personne est, plutôt qu’à ce qu’elle peut être en train de vivre. Concrètement, cela signifie que nous pouvons percevoir de la distance là où il y a de la surcharge, du désengagement là où il y a du deuil, ou de la brusquerie là où il y a de la douleur, souvent sans même en avoir conscience. Ce que cela nous invite à adopter, ce n’est pas davantage d’information, mais une posture différente : celle de faire une pause avant de conclure, de rester ouvert un peu plus longtemps, et de résister à l’envie de définir quelqu’un à partir d’un seul moment ou d’un seul contexte. Il ne s’agit pas de renoncer à notre discernement, mais de l’ancrer dans l’humilité et de reconnaître que comprendre pleinement quelqu’un n’est pas une condition préalable pour lui offrir de la considération. Il existe aussi des moments, plus rares et souvent plus discrets, où quelqu’un choisit de dévoiler une part plus profonde de sa réalité. Lorsqu’un non-dit est nommé ou qu’une couche se révèle doucement, ce qui est offert n’est pas simplement de l’information. C’est de la confiance. Et la confiance nous demande quelque chose : elle nous demande de recevoir ce qui est partagé avec soin, de résister à l’envie de spéculer, et de porter ce qui nous est confié sans chercher à l’interpréter ou à le remodeler. Nous ne sommes pas appelés à porter l’ensemble de l’histoire de quelqu’un. Ce qui nous est offert, au moment où cela nous est offert, est suffisant. Dans Shrinking , l’une de mes séries préférées, une vérité revient avec douceur : la guérison ne vient pas du fait d’avoir toutes les réponses. Elle émerge souvent de la présence de ceux qui choisissent de rester, qui se présentent avec honnêteté lorsque nécessaire, sans pour autant ressentir le besoin de définir, d’interpréter ou de tout réparer. Dans ce sens, le soutien ne nécessite pas une compréhension complète de la vie de l’autre. Il demande une présence, une constance et un respect de ce qui est partagé, autant que de ce qui ne l’est pas. C’est peut-être là que la compassion prend une forme plus ancrée. Non pas en cherchant à en savoir davantage, mais en acceptant que nous ne savons pas tout, particulièrement avec ceux qui nous sont proches, là où le désir de comprendre peut être encore plus fort. Et pourtant, cela aussi fait partie du fait d’être en relation avec les autres. Sous la surface, il y aura toujours plus. Le travail n’est pas de tout dévoiler, mais de faire la paix avec cette réalité, de rencontrer les autres avec plus de retenue dans nos interprétations et plus de soin dans nos réponses. Nous n’avons pas besoin de tout savoir sur quelqu’un pour être présent de façon juste. Et peut-être est-ce là l’essentiel. Références ayant nourri cette réflexion Ross, L. (1977). The intuitive psychologist and his shortcomings: Distortions in the attribution process . In L. Berkowitz (Ed.), Advances in experimental social psychology  (Vol. 10, pp. 173–220). Academic Press. Fiske, S. T., & Taylor, S. E. (2013). Social cognition: From brains to culture  (4th ed.). Sage Publications. Kahneman, D. (2011). Thinking, fast and slow . Farrar, Straus and Giroux. Pour aller plus loin Erreur fondamentale d’attribution — APA Dictionary of Psychology

  • Habiter les textures de la vie

    Être humain, c’est accepter que nous sommes des êtres profondément complexes. Au quotidien, nous avançons à travers des élans et des replis, des hauts et des revers qui façonnent notre parcours. Notre manière de traverser ces moments est influencée par une multitude de facteurs — certains extérieurs, d’autres profondément ancrés en nous. Au fil de ce chemin, une richesse d’émotions nous habite, parfois avec douceur, parfois avec intensité. Nos besoins évoluent, nos circonstances se transforment, et nous, avec elles. Il y a des moments de profonde détresse, des saisons de douleur qui nous appellent à un travail intérieur en profondeur. Ce sont des traversées qui demandent du courage : celui de faire face aux blessures et aux traumas qui ont façonné nos mécanismes d’adaptation, ou encore celui, plus discret, de simplement ralentir, se déposer et écouter. Ces périodes peuvent nous plonger dans une forme de désolation, parfois frôler le désespoir. Comme en hiver, tout semble figé : le froid s’installe, le mouvement ralentit, et la vie paraît s’être retirée. Nous ne voyons plus que la dureté du gel, et il nous arrive de croire que quelque chose, en nous, s’est éteint — alors même que, sous la surface, quelque chose continue de vivre en silence. Et puis, sans que l’on sache exactement quand, quelque chose bascule. Presque imperceptiblement. Comme si, sous la glace, la vie n’avait jamais cessé de circuler. L’hiver porte pourtant une beauté particulière. Les rayons du soleil qui font miroiter le verglas, la douceur des arbres recouverts de neige — comme s’ils s’étaient présentés à un bal masqué — rappellent que même dans l’immobilité apparente, quelque chose de vivant demeure. Cette saison nous invite aussi à habiter autrement nos journées : à sortir, à sentir l’air vif emplir nos poumons, à laisser le froid colorer nos joues, puis à revenir se déposer, se nicher près d’une source de chaleur, une boisson chaude entre les mains, et à s’offrir des moments de présence, de rêverie, de retour à soi. Avec l’arrivée du printemps, la lumière s’installe davantage et la neige fond. Elle laisse place à de nouveaux élans, à un désir de renouveau. Cette année, je savoure particulièrement cette saison parce que j’ai été à l’écoute de mes besoins et des élans qui se manifestaient derrière les peurs et le doute — dans la continuité de cette saison de guérison   que j’ai appris à reconnaître et à habiter. J’accueille avec gratitude l’amour qui se manifeste autour de moi et je prends le temps de reconnaître chaque avancée — me présenter à un entraînement même lorsque l’élan est plus fragile, ou constater que mon corps est aujourd’hui capable de beaucoup plus que ce qui était possible il y a quelques mois. Je savoure aussi la générosité et les perspectives de mon entourage, qui m’appuie et m’écoute. Je me rends disponible aux moments spontanés, j’ose dire oui à de nouvelles opportunités et je suis parfois étonnée de voir ce qui émerge simplement en étant présente, ouverte, et en connectant avec les autres de façon authentique. Mon cœur ressent davantage de joie et d’amour, et j’apprécie le rapprochement qui se tisse avec ma famille et mes amis. Être humain, c’est peut-être justement cela : ne pas éviter les saisons plus rudes ni s’attacher uniquement à celles qui nous réchauffent, mais apprendre à reconnaître et à savourer chaque texture de notre expérience. Celles qui bousculent comme celles qui apaisent, celles qui nous transforment comme celles qui nous réconfortent. Peut-être que vivre, ce n’est pas chercher une surface parfaite, mais apprendre à habiter pleinement toutes les textures de notre histoire.

  • Une saison de guérison

    Il arrive des saisons dans la vie où le corps, le cœur et l’esprit nous murmurent doucement que quelque chose doit changer. Et si nous n’écoutons pas ces murmures, la vie finit souvent par trouver une façon de nous obliger à faire une pause. Ces saisons sont rarement confortables. Pourtant, elles deviennent souvent la porte d’entrée vers la guérison. Comme êtres humains, nous traversons chaque jour des réalités diverses — des moments de joie, d’aventure, d’incertitude ou d’adversité. Pourtant, nous ne sommes pas toujours outillés, ni prêts, à faire face aux aspects plus complexes des défis que la vie met sur notre chemin. Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs : notre éducation, les mécanismes d’adaptation que nous avons développés au fil du temps, le moment où certains événements surviennent dans notre vie, les pressions sociales, des problèmes de santé non diagnostiqués ou encore les systèmes organisationnels dans lesquels nous évoluons. Pour plusieurs d’entre nous, ces différentes couches s’accumulent tranquillement. Lorsque la vie devient trop complexe à démêler facilement, il arrive que nous nous demandions : Par où commencer ?  Dans ces moments-là, il peut sembler plus simple de continuer comme avant plutôt que de faire face à ce qui se passe réellement en nous. Nous avançons donc, même lorsque certaines parties de nous-mêmes réclament doucement notre attention. Le résultat est que bien des personnes traversent des périodes difficiles en se sentant profondément seules ou incomprises dans ce qu’elles vivent. Comme plusieurs saisons de la vie, celle-ci s’est présentée de façon inattendue et m’a invitée à faire une pause, à réfléchir et à me réaligner. Au cours des derniers mois, j’ai choisi de me retirer pour me consacrer à ma santé et à mon bien-être. Avec un peu de recul, je peux voir aujourd’hui que les signes m’invitant à ralentir étaient présents depuis un certain temps. Après plusieurs années marquées par d’importants défis de santé — dont cinq chirurgies neurologiques sur une période de quinze mois — j’avais déjà tenté de ralentir. Pourtant, comme bien des personnes profondément engagées dans leur travail et leurs responsabilités, je suis rapidement retournée à ce que je connaissais le mieux : rester occupée. L’occupation constante peut parfois devenir une façon de remettre à plus tard ce qui demande tranquillement notre attention. Avec davantage de clarté aujourd’hui, je peux reconnaître que ce moment de pause attendait probablement depuis un certain temps. J’avais simplement continué d’avancer en m’appuyant sur le même modus operandi  qui m’avait longtemps guidée pour faire face aux exigences de la vie. Les derniers mois ont ainsi marqué un tournant, m’invitant à ralentir et à écouter plus attentivement ce que mon corps et mon esprit tentaient de me dire. Après avoir pris le temps de me reposer et de reprendre mon souffle, j’ai amorcé l’année 2026 avec un engagement renouvelé : celui de me consacrer pleinement à ma santé et à mon bien-être et d’aborder ce processus de guérison sous tous ses angles. J’ai demandé de l’aide à des personnes de confiance dans mon réseau, ce qui m’a permis d’entrer en contact avec de nouveaux professionnels de la santé. Cela a mené à une série d’examens médicaux qui ont permis de révéler certaines conditions de santé jusque-là non diagnostiquées et qui contribuaient à ce que je vivais sur le plan physique. Combinées aux expériences passées et aux exigences de la vie, ces réalités ont permis de mieux comprendre l’ensemble du tableau. La guérison, ai-je découvert, est rarement un parcours que l’on traverse seul. Il a fallu une véritable équipe de professionnels de la santé, ainsi que le soutien précieux de ma famille et de mes amis, pour m’aider à retrouver progressivement un meilleur équilibre. À travers cette expérience, j’ai aussi été ramenée à une réflexion qui nous concerne tous. Nous avons chacun notre propre modus operandi  — ces façons d’agir et de réagir que nous avons développées pour naviguer les exigences de la vie. Ces mécanismes d’adaptation sont souvent profondément ancrés en nous et prennent racine dans notre environnement familial, nos expériences de vie, nos relations, nos blessures et les moments d’adversité que nous avons traversés. Parfois, nous nous protégeons derrière des mécanismes de défense, parfois nous anesthésions ce que nous ressentons, parfois nous nous isolons, et parfois la douleur s’exprime à travers des comportements indirects ou protecteurs. Ces mécanismes peuvent jouer un rôle important. À court terme, ils permettent au cerveau et au corps de se protéger d’expériences trop difficiles à affronter sur le moment. Mais avec le temps, une question finit souvent par émerger : ces mécanismes nous servent-ils encore aujourd’hui ? Dans mon cas, remettre à plus tard certaines réflexions plus profondes n’était plus viable. Au cours des derniers mois, j’ai appris à créer un espace pour accueillir mes croyances, mes pensées et les émotions qui les accompagnent — à les regarder plutôt qu’à les faire taire. Cette pratique consistant à « voir et accueillir » ce qui se présente n’a pas toujours été facile, mais elle s’est révélée profondément transformatrice. Au fil des conversations avec des personnes qui me sont chères, j’ai aussi réalisé que plusieurs d’entre nous développent, souvent sans s’en rendre compte, différentes façons de se protéger intérieurement. Et pourtant, quelque chose change lorsque nous nous permettons — et lorsque nous permettons aux autres — de nommer ce que nous préférerions parfois éviter. Créer un espace pour reconnaître ce qui nous habite peut transformer notre rapport à nous-mêmes. Cela permet de rétablir un équilibre entre la dimension rationnelle et la dimension émotionnelle de notre être et d’apporter un regard nouveau sur ce que nous avons traversé. Peut-être plus important encore, cela enlève peu à peu le pouvoir silencieux que peuvent exercer les expériences que nous gardons enfouies. Nous n’avons pas toujours besoin que quelqu’un répare ce que nous vivons. Parfois, nous avons simplement besoin d’une présence bienveillante, prête à écouter et à poser une question simple : Comment t’es-tu senti dans ce moment-là ? Qu’est-ce que cette expérience a signifié pour toi ?  Ces questions, pourtant simples, peuvent ouvrir des portes que le silence maintenait fermées. Aujourd’hui, je partage cette réflexion avec un sentiment de fierté tranquille. Les derniers mois ont demandé un travail profond et intentionnel, et je commence à en ressentir les effets. Je suis profondément reconnaissante envers les personnes et les professionnels qui ont marché à mes côtés durant cette période. Je suis également reconnaissante pour les leçons que la vie continue de placer sur mon chemin, me rappelant chaque jour l’importance de mettre en pratique ce que j’ai choisi d’intégrer pour prendre soin de moi. La guérison est rarement un moment unique de transformation. Le plus souvent, elle se construit à travers une série de petits choix courageux : faire une pause, écouter, nommer ce qui vit en nous et accueillir les parts de nous-mêmes que nous avions peut-être tenté de faire taire. Cette saison a été l’un de ces parcours pour moi — une saison de guérison, encore en devenir, et vécue chaque jour avec un cœur ouvert.  Si ce texte a raisonné, je vous invite à lire: Insuffler le changement, une seconde à la fois Se sentir assez: quand ralentir devient un acte de courage Noël de guérison

  • Noël de guérison

    La chirurgie qui a marqué un tournant NDA — Cet article est dédié au Dr Antonios El-Helou, neurochirurgien d’exception, ainsi qu’à Simon Bogue de St. Jude Medical. Vous avez ma gratitude éternelle. J’ai reçu hier le plus beau cadeau de Noël qui puisse exister : une chirurgie qui traite ma névralgie occipitale et qui me permettra, enfin, de vivre sans douleur — ou à tout le moins, avec une douleur désormais tolérable. J’écris ces mots avec une émotion immense. Il m’est encore presque inconcevable de réaliser que je viens d’ouvrir un nouveau chapitre de ma vie, après 34 années marquées par une souffrance constante, sourde, envahissante… une douleur que j’ai appris à apprivoiser, mais surtout à camoufler. Pendant des décennies, cette douleur a fait partie de moi. Elle a façonné mes choix, mes silences, mes stratégies de survie. Et aujourd’hui, pour la première fois, je peux entrevoir une vie où elle ne sera plus le centre de gravité. Comprendre la névralgie occipitale Si vous souhaitez en savoir davantage sur la névralgie occipitale, je vous invite à lire le texte que j’ai écrit sur cette condition il y a deux ans. Essentiellement, il s’agit d’une irritation ou d’une compression du grand nerf occipital, situé à l’arrière du crâne, qui provoque de violentes douleurs à la tête : des décharges électriques, des élancements, la sensation d’aiguilles brûlantes s’enfonçant dans le crâne. J’ai commencé à ressentir ces fameuses décharges vers l’âge de 12 ans, alors que je pratiquais le patinage artistique. Je n’ai aucun souvenir précis d’un traumatisme crânien — souvent cité comme cause possible — mais il est tout à fait plausible qu’une mauvaise chute sur la glace en soit à l’origine. Après tout, les « bonnes débarques » faisaient partie du quotidien lorsqu’on tentait des rotations aériennes et des atterrissages imparfaits. Comme la douleur se manifestait de façon ponctuelle, j’ai rapidement appris à l’intérioriser. J’en parlais de moins en moins, découragée de me faire répondre que « c’était dans ma tête ». Cette intériorisation s’est accentuée au fil des consultations médicales. Il faut dire que la névralgie occipitale n’est reconnue médicalement que depuis une quinzaine d’années, ce qui explique en partie le silence qui entourait cette condition durant mon adolescence et ma jeune vie adulte. Le diagnostic… enfin Ce n’est qu’en 2019 que ce que je vivais a enfin porté un nom, grâce à mon neurologue, le Dr Mario Alvarez, et au neurochirurgien Dr Dhany Charest, qui a corroboré le diagnostic. Après plusieurs tentatives de traitement — médication comme la carbamazépine, injections de corticostéroïdes pour bloquer le nerf — les résultats se sont révélés insuffisants. En avril 2019, un épisode particulièrement intense a tout changé. La douleur, jusque-là intermittente, est devenue permanente. Elle s’est installée dans mon quotidien, transformant profondément ma qualité de vie. C’est à ce moment que le Dr Charest m’a recommandé de consulter son collègue, le Dr Antonios El-Helou, reconnu pour son approche avant-gardiste dans le traitement de la douleur chronique. J’ai accepté. Et quelques mois plus tard, je rencontrais la personne qui allait, sans le savoir encore, transformer ma vie à jamais. Quand la chirurgie pour la douleur chronique devient un tournant décisif Après avoir constaté que les traitements conservateurs ne permettaient pas d’éradiquer la douleur, j’ai accepté, au printemps 2020, d’emprunter la voie chirurgicale : la neurostimulation occipitale, aussi appelée neuromodulation. Cette procédure consiste à stimuler le nerf occipital à l’aide d’impulsions électriques transmises par un neuromodulateur, implanté sous la peau. La sensation de fourmillement produite par la stimulation vise à modifier le signal de la douleur, soit en l’empêchant d’atteindre le cerveau, soit en le brouillant suffisamment pour tromper la perception douloureuse. Santé Canada n’a approuvé cette intervention qu’en 2018, bien qu’elle soit pratiquée en Europe depuis 2011. Le Dr El-Helou fait partie des rares neurochirurgiens au pays à pratiquer ce type d’intervention et à former ses pairs dans le traitement de la douleur neuropathique chronique. J’étais, littéralement, entre les meilleures mains possibles. La pandémie de COVID-19 a toutefois retardé la chirurgie de 18 mois. La procédure se déroule en deux étapes. La première est une période d’essai, durant laquelle le neuromodulateur est implanté sous anesthésie générale, mais avec les fils et la pile à l’extérieur du corps. Cette phase permet d’évaluer l’efficacité du dispositif : dormir, fonctionner, vivre… et surtout, mesurer la diminution de la douleur. Le neuromodulateur est contrôlé par une application mobile, ce qui permet d’ajuster l’intensité de la stimulation. Dans mon cas, le changement a été spectaculaire. Après l’implantation du dispositif d’essai, le 22 novembre dernier, la douleur a tout simplement disparu. Et lorsque le stimulateur a été retiré, le 8 décembre, elle est revenue tout aussi rapidement. Le contraste était saisissant. Le jour et la nuit. La deuxième intervention, celle que j’ai reçue hier, consiste à implanter définitivement le fil et la pile sous la peau. Je plaisante en disant que je suis maintenant un peu une femme bionique, avec une pile dissimulée dans le dos — au point où je devrai présenter une carte d’implant Abbott lors de mes déplacements à l’aéroport. Ce que la douleur m’a volé En expliquant hier mon parcours aux infirmières, avant et après la chirurgie, l’émotion m’a submergée. J’écris ces lignes les larmes aux yeux. En revisitant toutes les stratégies mises en place pour survivre à la douleur, je réalise à quel point elle a infiltré chaque sphère de ma vie. La peur de la douleur en public. L’angoisse de crier ou de gémir pendant une conférence, une allocution, une activité professionnelle. La préparation mentale constante : repérer les sorties, les salles de bain, planifier une fuite rapide. Annuler des événements. Avoir besoin de la présence rassurante de mon conjoint comme filet de sécurité. L’abandon du CrossFit, un sport que j’aimais profondément, par peur de revivre un épisode devant les autres. Les larmes retenues chez la coiffeuse. L’humiliation silencieuse. L’insomnie. Les réveils nocturnes causés par la douleur. La peur de se rendormir. L’épuisement qui s’accumule. Le travail en douleur. Continuer comme si de rien n’était. Donner l’illusion que tout va bien, alors que la douleur atteint parfois des niveaux intenables. La frustration de ne pas être comprise. Et la gratitude immense envers mon conjoint, qui a appris à lire mes silences, mes expressions, mes mécanismes de survie. Les douleurs secondaires : migraines, céphalées, hypersensibilité à l’arrière de la tête, comme si un coup de bâton s’était abattu sur mon crâne. Et l’isolement social. Les commentaires maladroits. Les solutions miracles suggérées. Les essais multiples : alimentation, suppléments, thérapies, acupuncture, reiki… jusqu’à se refermer, se retirer, se sentir incomprise. Un nouveau chapitre Aujourd’hui, un nouveau chapitre s’ouvre. Les mots me manquent pour exprimer la gratitude immense que je ressens envers toutes les personnes qui ont jalonné ce chemin, en particulier le Dr Alvarez, le Dr Charest, et surtout le Dr Antonios El-Helou. Au-delà de son expertise exceptionnelle, c’est un être profondément humain, bienveillant et à l’écoute. Nous sommes incroyablement chanceux de l’avoir au Nouveau-Brunswick. Cette chirurgie est le plus beau cadeau de Noël que j’aurais pu recevoir. Elle transforme déjà ma vie. Si ce texte peut aider ne serait-ce qu’une seule personne vivant avec la névralgie occipitale à savoir qu’un tel traitement existe, alors il aura pleinement rempli sa mission. Il me fera toujours plaisir de partager mon expérience. Joyeux Noël à vous toutes et tous. Le mien est déjà empreint d’espoir. Un pas à la fois, vers un nouveau chapitre. Après des années de douleur, le chemin s’éclaire enfin.

  • Vivre avec une douleur invisible

    Je commence ce billet en le nommant sans détour : les douze derniers mois ont été des mois de MARDE. Oui, j’emploie volontairement ce mot dans son sens le plus cru, parce qu’il traduit exactement ce que j’ai traversé. Je n’entrerai pas dans tous les détails de cette dernière année, mais je veux parler de ce qui l’a profondément marquée : quatre opérations, et une cinquième à venir, pour traiter ma névralgie occipitale. J’ai déjà écrit sur cette condition, mais aujourd’hui, j’y reviens autrement — pour parler de la douleur invisible. Une douleur invisible, c’est comme bien des maladies chroniques ou des troubles de santé mentale : tant qu’on ne le vit pas soi-même, on peine à en mesurer l’ampleur. Et parce qu’on ne voit pas la souffrance, l’empathie de l’entourage est souvent plus limitée. La douleur quotidienne reste cachée, contrairement à d’autres maladies plus visibles, comme le cancer. Si j’écris aujourd’hui, c’est avec l’espoir que ce texte contribue à une meilleure compréhension des maux invisibles — de leurs impacts réels, mais aussi des comportements, parfois bien intentionnés, qui peuvent néanmoins être profondément blessants. Vivre avec des maux invisibles : douleur chronique et quotidien J’ai déjà partagé mon parcours à travers quelques billets, mais je souhaite rappeler brièvement ce qu’est la névralgie occipitale. Pour bien la vulgariser, je m’appuie sur une définition attribuée au Dr Henry : il s’agit d’un trouble où une atteinte du nerf occipital, à l’arrière du crâne, provoque des douleurs intenses entre l’arrière de la tête et le cuir chevelu, accompagnées de fourmillements, d’engourdissements, de faiblesses et parfois même de lésions nerveuses ou musculaires dans la nuque. J’utilise souvent — à tort ou à raison — l’analogie de fils électriques défectueux : quand le courant ne circule plus correctement, il y a des étincelles… et parfois un incendie. C’est un peu ce qui se passe dans mon système nerveux. Concrètement, je vis avec une douleur chronique , souvent intolérable, toujours localisée au même endroit, du côté gauche de ma tête. Elle se manifeste par des chocs électriques ou par une sensation constante d’aiguilles plantées au même point. Lors des poussées — quand la douleur devient continue et amplifiée — j’éprouve des engourdissements à l’arrière du crâne et un épuisement profond. Imaginez recevoir un coup de bâton de baseball derrière la tête… encore et encore. Ces poussées peuvent aussi déclencher d’autres types de céphalées. Et parfois, la douleur est telle que me coiffer devient un défi. Vivre — et tenter de fonctionner — avec la douleur On apprend, bien sûr, à composer avec la douleur. À trouver des stratégies pour continuer à fonctionner. Mais ce que je constate, c’est que ma condition se détériore depuis qu’elle s’est installée de façon permanente. Sur le plan physique, les impacts sont nombreux : fatigue chronique, sommeil perturbé, manque d’énergie, céphalées secondaires. Mais sur le plan psychologique, c’est souvent encore plus lourd : difficulté de concentration, détresse intense lorsqu’une crise survient — surtout en public — anxiété, hypervigilance, dépression. Et le plus difficile, parfois, c’est d’avoir à expliquer. Expliquer quand on est en douleur, c’est déjà trop demander. Traitements, espoirs et complications Je suis médicamentée depuis environ cinq ans et, selon mon neurologue, je suis maintenant rendue à la dernière combinaison possible de médicaments. Ils aident un peu, mais insuffisamment. Le traitement le plus efficace que j’ai connu est la neurostimulation occipitale, une forme de neuromodulation qui envoie des impulsions électriques aux nerfs par des électrodes implantées sous la peau. Au lieu de la douleur, on ressent de légers fourmillements. J’ai eu trois neurostimulateurs , dont un expérimental. Le traitement fonctionne très bien — mais je semble être la candidate idéale pour cumuler les complications. Je plaisante parfois avec mon neurochirurgien en disant qu’il faut bien quelqu’un pour faire chuter ses statistiques. Rire est parfois la seule alternative à la rage ou aux larmes. Après ma troisième intervention, en mars, je croyais sincèrement que le pire était derrière moi. Cinq semaines plus tard, j’attrapais la COVID-19. Dix jours après, ma cicatrice s’infectait. Quinze jours après, le fil sortait de ma tête. Trois jours plus tard, je subissais une quatrième chirurgie pour retirer tout le système. Cela fait maintenant plus de six mois que je suis sans neurostimulateur. Six mois de douleur. Six mois à compter les jours en espérant que la cinquième intervention sera la bonne — et la dernière, pour longtemps. Ce que je n’aborderai pas aujourd’hui Je pourrais vous parler du traumatisme d’être opérée seule, à chaque fois, en raison des restrictions liées à la COVID. De la détresse, de la peur, de l’appréhension de recommencer. Peut-être un jour. Aujourd’hui, je préfère consacrer la suite de ce texte à ce qui peut réellement faire une différence : les comportements à éviter  et ceux à privilégier  lorsqu’on côtoie une personne atteinte d’un mal invisible. Les comportements à éviter lorsqu’on côtoie une personne vivant avec un mal invisible Donner des conseils non sollicités (même avec les meilleures intentions) C’est probablement le comportement le plus fréquent… et le plus épuisant. Lorsqu’on vit avec un mal invisible, on devient souvent — par nécessité — experte de sa propre condition. On lit, on consulte, on compare, on teste. On connaît les traitements disponibles ici et ailleurs. On explore la médecine traditionnelle, alternative, complémentaire. On se questionne sur l’alimentation, le sommeil, le stress, les habitudes de vie. Alors, quand quelqu’un arrive avec un « As-tu essayé… », sans avoir été invité à le faire, cela peut être vécu comme : une minimisation  de ce qui a déjà été tenté, une forme de jugement implicite  (« si tu allais mieux, c’est que tu n’as pas fait les bonnes choses »), ou un déséquilibre de pouvoir , où l’autre se place en position de savoir. Avant de partager un conseil, pose-toi cette question simple : Est-ce qu’on m’a demandé mon avis ? Si la réponse est non, le plus grand respect est souvent… le silence. Comparer ou réduire la condition à quelque chose de « connu » « Ah, c’est comme des migraines. »« Moi aussi, j’ai souvent mal à la tête. »« J’ai déjà vécu quelque chose de semblable. » Ces phrases sont rarement mal intentionnées, mais elles peuvent profondément blesser. Chaque condition est différente. Chaque corps est différent. Et chaque douleur est vécue de façon unique. Comparer, c’est souvent tenter de comprendre — mais cela peut avoir pour effet de réduire  l’expérience de l’autre à quelque chose de plus familier, donc plus confortable pour soi. Si tu veux comprendre, privilégie les questions ouvertes , par exemple : « Comment se manifeste la douleur pour toi ? » « Quel impact ça a dans ton quotidien ? » « Qu’est-ce qui est le plus difficile à vivre en ce moment ? » Comprendre commence par écouter, pas par interpréter. Utiliser la personne comme pilier émotionnel par défaut Lorsqu’une personne vit avec un mal invisible, son énergie est déjà largement mobilisée pour tenir debout . Dire : « Je sais que tu ne vas pas bien, mais tu es la seule à qui je peux parler » revient à lui imposer une charge émotionnelle supplémentaire — souvent au moment où elle en a le moins la capacité. La personne te dira si elle est disponible. Ne présume jamais de cette disponibilité. Être malade n’implique pas d’être émotionnellement responsable des autres. Interpréter les élans de productivité comme un signe que « tout va bien » Beaucoup de personnes atteintes de maladies chroniques développent des stratégies d’adaptation  pour survivre à la douleur. L’une d’elles est l’élan de productivité. Faire, produire, organiser, créer — parfois de façon intense — peut être une manière de : reprendre un sentiment de contrôle, se prouver qu’on est encore capable, préserver son estime de soi, ou simplement détourner l’attention de la douleur. Ce n’est pas  un indicateur de guérison. L’erreur serait de : en demander davantage, augmenter les attentes, reprocher ensuite à la personne de ne pas être capable de maintenir ce rythme. La limite viendra d’elle-même. Et souvent, elle arrive brutalement. Les comportements à privilégier : être un véritable allié Être présent, sans chercher à réparer La présence est souvent plus précieuse que les mots. Être là, c’est : accepter de ne pas comprendre complètement, respecter le silence, accueillir les émotions sans vouloir les corriger. Parfois, le plus grand soutien, c’est simplement de marcher à côté, sans poser de questions. S’informer par soi-même Se renseigner sur la condition de la personne est une marque de respect immense. Cela signifie : lire sur la maladie, comprendre les symptômes et leurs impacts, reconnaître les fluctuations (les « bons » et les « mauvais » jours), accepter que ce qui est vrai aujourd’hui peut ne plus l’être demain. Plus tu comprends, moins la personne aura à s’expliquer — et moins elle se sentira seule. Offrir un accompagnement concret Accompagner une personne à un rendez-vous médical, c’est : partager la charge mentale, entendre l’information de première main, pouvoir poser des questions, et mieux comprendre les décisions prises. Cela favorise une communication plus saine et évite les malentendus. Établir une échelle de douleur commune La douleur est subjective. Une douleur évaluée à 5/10 par une personne peut être un 10/10 pour une autre. Créer une échelle commune permet : d’éviter les interprétations erronées, de mieux répondre aux besoins, et de renforcer la confiance mutuelle. Continuer à voir la personne au-delà de la maladie Un mal invisible peut gruger l’estime de soi. Il peut donner l’impression de n’être défini·e que par la douleur. Continuer à : proposer des sorties (sans pression), offrir des compliments sincères, reconnaître les forces et les qualités, aide la personne à se rappeler qu’elle est plus que sa condition . En résumé Tu n’as pas besoin de tout comprendre. Tu n’as pas besoin d’avoir les bons mots. Tu n’as pas besoin de solutions. Tu as simplement besoin d’être là. Et parfois, ça change tout. Les maux invisibles laissent des empreintes qu’on ne voit pas, mais qui se ressentent dans chaque fibre du corps et de l’âme.

  • Le côté humain du processus de sélection en leadership

    On parle souvent du processus de sélection en leadership en termes de mérite, de critères et d’excellence. Pourtant, derrière chaque candidature et chaque décision se cache une réalité beaucoup plus complexe : le jugement humain. Au fil des années, le fait de siéger sur des jurys de sélection pour des initiatives telles que la Conférence canadienne du Gouverneur général sur le leadership et la Fondation des Boursiers Loran a transformé, discrètement mais profondément, ma compréhension du leadership — et de la façon dont nous choisissons celles et ceux que nous décidons de mettre en lumière. Bien que ces programmes s’adressent à des personnes à différentes étapes de leur parcours, ils partagent une intention commune : reconnaître et soutenir des individus qui démontrent non seulement des réalisations concrètes, mais la capacité d’influencer positivement les milieux qu’ils investiront. Être assise de l’autre côté de la table a modifié mon regard d’une manière que je n’avais pas anticipée. Certaines idées que je me faisais du mérite se sont adoucies ; d’autres, liées à la présence, se sont précisées. En examinant des dossiers ou en rencontrant des candidats en entrevue, j’ai pris conscience du peu de temps dont disposent les jurés pour réellement comprendre une personne. Trente minutes d’entretien. Quelques réponses écrites. Quelques lettres d’appui. Dans ces fenêtres restreintes, on nous demande d’entrevoir le potentiel, l’intégrité et l’impact à venir. Trente minutes et une vie en mouvement Dans cet espace condensé, la présence compte profondément. Non pas la performance au sens théâtral du terme, mais une présence ancrée — une cohérence entre ce qui est écrit et ce qui est vécu. Certains candidats arrivent préparés avec soin, articulés, assurés. D’autres sont tout aussi réfléchis, mais moins rodés à l’exercice. Ce qui se révèle, au-delà de la forme, c’est l’enracinement : la personne semble-t-elle habitée par ses réponses, ou cherche-t-elle à répondre à ce qu’elle croit que le comité souhaite entendre ? Existe-t-il un fil conducteur entre ses expériences et ses aspirations ? Le soin se manifeste dans les détails : l’attention portée à l’écriture, la clarté des idées, la démonstration que l’occasion a été prise au sérieux. Il ne s’agit pas de perfection, mais d’attention. Dans des processus compétitifs, ces signaux subtils ont du poids, car ils traduisent le respect — envers l’opportunité, envers le programme et envers celles et ceux qui consacrent temps et énergie à l’analyse des dossiers. Il serait toutefois naïf d’ignorer que nos mécanismes de sélection demeurent influencés par des normes héritées de professionnalisme et d’éloquence. Les comités peuvent aspirer à une plus grande diversité, mais les structures elles-mêmes sont encore teintées d’attentes culturelles dominantes. Ce que l’on qualifie de « confiant », de « policé » ou de « profil de leader » n’est pas toujours neutre. Cette lucidité ne remet pas en question la légitimité du processus, mais elle invite à l’humilité. La sélection est un exercice profondément humain, façonné à la fois par des critères explicites et des perceptions plus intuitives. Le courage de nommer ce qui nous a façonnés L’un des constats les plus marquants, pour moi, concerne la manière dont les candidats parlent — ou ne parlent pas — de l’adversité. Plusieurs formulaires invitent à réfléchir à la résilience, et pourtant, j’ai souvent été étonnée de la prudence avec laquelle certains abordaient cette dimension. À l’inverse, des lettres de recommandation révélaient parfois des épreuves significatives : maladie, deuil, précarité économique, déracinement. Je me surprenais alors à relire la candidature en me demandant pourquoi ces expériences n’avaient pas été nommées par la personne elle-même. Certaines histoires demeurent sensibles. La vulnérabilité peut sembler risquée dans un contexte compétitif. Nous avons aussi appris, collectivement, à minimiser ce qui nous a pourtant profondément construits. Or, le leadership se forge rarement dans le confort. Il prend forme dans les ajustements silencieux qui suivent une rupture, dans les décisions prises loin des projecteurs, dans l’endurance nécessaire pour continuer d’avancer. Partager une épreuve ne signifie pas dramatiser la douleur ni mettre en scène la résilience. Il s’agit plutôt de laisser apparaître la cohérence d’un parcours. Lorsqu’une personne explique avec lucidité comment une expérience l’a transformée, ce qu’elle en a tiré et comment cela oriente désormais ses choix, elle offre aux jurés une compréhension qu’aucun curriculum vitae ne pourrait transmettre. Quand d’autres parlent en notre nom Les lettres de recommandation ont un poids que l’on sous-estime souvent. Avec le temps, j’ai compris que le prestige ne garantit pas la pertinence. Une lettre signée par une personnalité connue n’a que peu de valeur si elle manque de profondeur ou de précision. Les recommandations les plus marquantes proviennent de personnes qui connaissent réellement le candidat — capables de témoigner non seulement de ses réalisations, mais de son caractère, de sa constance et de la manière dont il se présente au quotidien. À ce niveau d’excellence, la performance académique est généralement acquise. Ce qui distingue véritablement les candidats, c’est l’alignement : l’alignement entre leur leadership vécu et la mission du programme. La sélection n’est que rarement une question de supériorité objective. Elle repose plutôt sur la résonance entre une trajectoire et l’esprit d’une initiative. Siéger sur ces jurys a transformé ma compréhension du mérite. J’ai longtemps cru qu’un travail solide finirait naturellement par s’imposer. Ce que je perçois aujourd’hui est plus nuancé. L’excellence demeure essentielle, mais la capacité à la mettre en mots l’est tout autant. L’impact compte, mais le récit qui lui donne sens aussi. Le potentiel doit être cultivé, certes, mais aussi communiqué. Et derrière chaque dossier se trouve une personne naviguant des couches invisibles : doutes, attentes culturelles, obstacles structurels, histoires intimes. Porter cette complexité est à la fois un privilège et une responsabilité. Dans le cadre limité de quelques pages et de quelques minutes, les jurés contribuent à orienter des trajectoires. Ces processus révèlent non seulement comment nous évaluons le leadership, mais comment nous concevons le potentiel — et comment nous faisons place à des histoires encore en train de s’écrire. Au fond, la sélection ne consiste pas à trouver des personnes irréprochables. Elle vise à reconnaître l’intégrité, le courage et cette force tranquille qui façonne les milieux investis. Le leadership, après tout, ne se prouve pas uniquement dans un dossier de candidature. Il se révèle avec le temps — dans la manière dont nous avançons dans le monde, même lorsque personne ne nous évalue.

  • Les titres d’emploi ont-ils encore de l’importance ?

    Identité, structure et le sens que nous donnons aux rôles Les titres d’emploi ont-ils encore de l’importance ? Pas un peu. Pas seulement sur le plan symbolique. Mais réellement — dans la façon dont nous nous définissons, dont nous sommes perçus, et dont l’influence s’exerce au sein des organisations. À mesure que la technologie transforme nos façons de vivre, de consommer, de communiquer et de travailler, les milieux professionnels sont forcés d’évoluer à leur tour. S’adapter n’est plus une option. Ce qui a changé de façon la plus marquée, ce n’est pas seulement ce qui  doit évoluer, mais la vitesse  à laquelle cela doit se faire. Aujourd’hui, la pertinence se mesure en agilité, en capacité de réponse et en aptitude à naviguer dans le changement constant. Au cœur de cette transformation se trouvent les organisations — et les personnes qui les composent. Ce qui, à première vue, semble être une question simple se révèle rapidement complexe, contextuelle et profondément humaine. Le mythe du milieu de travail sans titres Un simple regard autour de nous suffit pour constater que plusieurs organisations qui prétendent minimiser l’importance des titres maintiennent néanmoins des hiérarchies bien structurées et des distinctions claires entre les rôles. Même les entreprises qui valorisent l’agilité et la collaboration continuent d’utiliser les titres comme raccourci pour définir les responsabilités, les attentes et les parcours professionnels. Cette tension entre le rejet du modèle hiérarchique et la dépendance aux titres démontre à quel point ces étiquettes sont difficiles à évacuer — même lorsqu’on en remet le principe en question sur le plan discursif. L’identité n’est jamais neutre Les milieux de travail aiment se concevoir comme des espaces méritocratiques, où les rôles, les responsabilités et la reconnaissance sont attribués de façon objective. Or, dans les faits, l’identité joue toujours un rôle dans la manière dont l’autorité est perçue et accordée. Des facteurs comme le genre, le bagage culturel, le contexte socioéconomique et l’expérience influencent la façon dont les individus sont écoutés, reconnus et évalués dans les milieux professionnels. Les études sur la communication, par exemple, montrent que les dynamiques d’interruption, de prise de parole dominante et d’évaluation de la crédibilité sont façonnées à la fois par les normes organisationnelles et par les identités sociales. De plus en plus, la recherche suggère que les femmes et les groupes sous-représentés sont davantage susceptibles d’être interrompus, de voir leurs idées minimisées ou leur autorité remise en question — particulièrement lorsque celle-ci repose sur des structures informelles ou floues plutôt que sur des rôles clairement définis. Cela est fondamental, car les discussions sur l’abolition des titres ne peuvent être dissociées des enjeux d’équité et d’inclusion. Dans des environnements qui ne sont pas encore véritablement égalitaires, supprimer les titres risque davantage de brouiller les rapports d’influence que de les démocratiser, rendant l’autorité plus difficile à nommer, à contester ou à exercer. Pourquoi la réponse dépend de là où l’on se situe Plusieurs facteurs influencent la manière dont on perçoit la pertinence des titres d’emploi : L’identité compte.  La position sociale et le vécu façonnent la perception de la légitimité et de l’autorité. Le lieu et la culture comptent.  Les normes professionnelles varient selon les secteurs, les régions et les traditions organisationnelles. Les perspectives générationnelles diffèrent.  Certains jeunes leaders mettent de l’avant la collaboration et la flexibilité, tout en évoluant au sein de systèmes qui demeurent fondamentalement hiérarchiques et axés sur les titres. L’étape de carrière fait une différence.  Les personnes en début de carrière peuvent accorder moins d’importance aux titres dans leur identité professionnelle, tandis que celles ayant investi des années à gravir des échelons traditionnels peuvent se sentir déstabilisées lorsque ces repères sont minimisés. Les leaders plus expérimentés, en phase de transmission ou d’héritage, voient souvent les titres comme un élément de continuité organisationnelle. Demandez à une personne qui détient actuellement un titre d’imaginer qu’on le lui retire demain. Le silence, suivi d’un refus quasi immédiat d’envisager cette possibilité, en dit long sur le lien entre identité, reconnaissance et appellations professionnelles. Quand les symboles perdent leur sens Une analogie tirée de la culture populaire illustre bien cette tension. Dans la série télévisée Suits , une adjointe exécutive chevronnée obtient le statut d’associée — une reconnaissance traditionnellement réservée aux avocats ayant suivi un parcours bien précis. Lorsqu’un autre personnage souligne que cette décision risque de vider le titre de sa portée, cela met en lumière le fait que les titres portent un sens qui dépasse largement celui inscrit sur une carte professionnelle. La solution retenue — lui confier un titre de direction différent — permet de reconnaître sa valeur tout en préservant la charge symbolique du titre pour les autres. Le contexte sectoriel change tout Tous les secteurs ne vivent pas la question des titres de la même manière. Les milieux technologiques, publicitaires, culturels et créatifs mettent souvent de l’avant des structures plus horizontales et des cultures collaboratives. Dans ces contextes, les titres peuvent sembler secondaires, et la valeur est davantage mesurée à l’aune des résultats et de l’impact. Les talents sont attirés par des environnements perçus comme dynamiques, adaptables et porteurs de sens. À l’inverse, les secteurs plus traditionnels — fabrication, santé, fonction publique, finance — reposent encore sur des hiérarchies claires et des parcours professionnels bien définis. Dans ces milieux, les titres servent à clarifier les responsabilités et l’évolution, et les éliminer sans repères structurels solides risque de créer de la confusion plutôt qu’un réel sentiment d’émancipation. Les algorithmes, eux, s’intéressent toujours aux titres Malgré les changements culturels, les réseaux professionnels et les systèmes de recrutement accordent encore une grande importance aux titres. Des plateformes comme LinkedIn, tout comme de nombreux systèmes de suivi des candidatures, utilisent les titres d’emploi comme données clés pour jumeler les profils aux occasions professionnelles. Les compétences comptent — et on parle de plus en plus d’embauche axée sur les compétences — mais les titres continuent d’influencer la visibilité et la découvrabilité. Certaines entreprises expérimentent d’ailleurs une réorganisation des titres afin qu’ils reflètent mieux les compétences et les familles de métiers, une tendance mise en lumière dans plusieurs analyses du marché du travail en 2026. Alors… les titres d’emploi ont-ils encore de l’importance ? Ma réponse est oui — les titres d’emploi ont encore de l’importance. Non pas comme marqueurs d’ego, mais comme outils de clarté, de communication et d’équité. Les organisations peuvent aplanir leurs hiérarchies et cultiver des cultures plus souples sans pour autant éliminer complètement les titres — à condition de réfléchir intentionnellement à ce que ceux-ci signalent et à la façon dont ils s’articulent avec la structure, l’évolution professionnelle et l’inclusion. Si, demain, nous adoptons tous des titres comme Sorcière des moments d’illumination  pendant que les PDG deviennent des Maestros du capital , je mettrai volontiers mon CV à jour — mais seulement si la structure soutient réellement le sens derrière les mots.

  • Le temps arrange-t-il vraiment les choses? Une réflexion sur le pardon

    Il y a des moments dans la vie qui invitent naturellement à l’arrêt. Des instants où l’on prend du recul, où l’on observe le chemin parcouru, les événements qui l’ont jalonné, les choix posés — ou évités. Ces pauses, qu’elles soient conscientes ou imposées, influencent souvent les intentions que l’on nourrit pour la suite. (Admettons-le : nous portons presque tous, quelque part en nous, au moins une résolution intime, même si elle ne se dit pas à voix haute.) Pour ma part, ces moments de ralentissement m’amènent autant à réfléchir à ma propre trajectoire qu’à celle des gens qui m’entourent. Depuis quelque temps, une question revient avec insistance : celle du pardon, et du rôle que le temps joue — ou non — dans ce processus. Quand le corps se souvient J’ai déjà partagé, dans un texte portant sur l ’anxiété , avoir traversé une période profondément traumatisante à la suite d’une séparation. Pendant de nombreuses années, certains moments du calendrier ravivaient chez moi une appréhension diffuse, un malaise difficile à nommer, et ce, malgré les démarches thérapeutiques entreprises et les stratégies mises en place pour aller mieux. Curieusement, cette tension coexistait avec un réel enthousiasme en début de période festive, pour ensuite laisser place à une forme de lourdeur intérieure, parfois accompagnée de symptômes légers mais bien présents. Ce n’est que bien plus tard que j’ai commencé à sentir un changement réel dans la façon dont mon corps et mon esprit traversaient ces mêmes périodes. Certaines personnes m’ont parlé de mémoire cellulaire — cette idée selon laquelle le corps conserverait les traces de nos expériences marquantes, heureuses comme douloureuses. Selon cette perspective, les blessures du passé continueraient de se manifester bien au-delà de l’événement lui-même, inscrites quelque part dans notre « moi intérieur ». L’hypothèse est intéressante. Peut-être que certaines expériences laissent une empreinte plus profonde qu’on ne l’imagine. Mais comme le cœur de cette réflexion porte sur le pardon, je choisis de ne pas m’attarder davantage à ce débat. Le pardon, loin des grandes révélations On m’a aussi parlé de trauma, de lâcher-prise, d’acceptation. Plus rarement, on m’a parlé du pardon — sauf peut-être dans certains contextes spirituels. Comme beaucoup, j’ai eu à pardonner à des personnes qui m’ont blessée. Et comme tout être humain, j’ai aussi eu à demander pardon pour le tort que j’ai pu causer. Pendant longtemps, je croyais que le pardon devait se vivre comme une expérience forte, immédiate, presque spectaculaire : une libération soudaine, un soulagement intense. Or, mon expérience a été tout autre. À quelques reprises dans ma vie, le pardon s’est installé sans fracas. Un jour, simplement, je me suis rendu compte qu’il n’y avait plus de colère, plus de peine, plus de ressentiment. Rien. Dans certains cas, j’ai revu ces personnes après une longue période sans contact. Bien sûr, il y avait une légère maladresse, une distance naturelle. Mais à l’intérieur, tout était calme. Aucune animosité. Mieux encore : je leur voulais sincèrement du bien. Cette expression — beaucoup d’eau a coulé sous les ponts  — a alors pris tout son sens. Je m’étais pourtant imaginé mille scénarios au fil des années. Et voilà que, face à la réalité, il ne restait qu’une forme de paix inattendue. Une révélation, presque. Ce que le temps fait, doucement On dit souvent que le temps arrange les choses . L’expression peut sembler banale, mais je crois aujourd’hui qu’il existe un lien réel entre le temps et le pardon. J’ai longtemps souhaité, demandé, parfois même prié pour trouver la force de pardonner — ou simplement pour ne plus porter ces sentiments lourds en moi. Et pourtant, le pardon ne s’est pas présenté comme un objectif à atteindre. Il est arrivé sans prévenir, en chemin, sans même que je m’en rende compte. Je me souviens surtout de l’émerveillement qui a suivi. De cette question intérieure : À quel moment est-ce arrivé?  Et de cette sensation claire, presque lumineuse : wow… Je n’ai pas de réponse définitive à offrir sur la façon dont le pardon s’installe en nous. D’autres sauront peut-être mieux l’expliquer. Mais je crois profondément que lorsqu’une personne est animée d’une intention sincère — celle de ne plus rester en conflit, de ne plus nourrir la rancœur — les choses finissent par se remettre en place. Cela demande parfois du temps, de l’espace, et même de l’accompagnement. Mais le pardon, tout comme le fait d’être pardonné, demeure possible. Quand on le souhaite vraiment. Parfois, le pardon ne se manifeste pas par un geste éclatant, mais par cet espace calme où les mains s’ouvrent, sans attente ni retenue.

  • Mon verre d'empathie est vide

    J’ai besoin de parler. De parler de la réalité de celles et ceux qui vivent au quotidien auprès de personnes atteintes de problèmes de santé mentale. Ce sujet touche une part importante de la population : selon Santé Canada, un Canadien sur cinq souffrira personnellement d’une maladie mentale au cours de sa vie. Et pourtant, on parle encore trop peu de celles et ceux qui soutiennent, qui accompagnent, qui tiennent debout pendant que l’autre vacille. Soyons clairs dès le départ : je ne cherche ni à minimiser la souffrance des personnes atteintes de troubles de santé mentale, ni à susciter la pitié. Leur douleur est bien réelle, même lorsqu’elle demeure invisible. Je souhaite simplement partager le ressenti de quelqu’un qui se retrouve, plus souvent qu’autrement, à jouer le rôle d’unité de crise mobile… et qui, aujourd’hui, arrive au bout du rouleau. Au moment où j’écris ces mots, je me sens drainée. Émotionnellement. Physiquement aussi. (Le fait que mon corps me rappelle ses limites n’aide certainement pas.)Ce qui devait être un temps de repos s’est transformé en une succession de rebondissements imprévus. J’avais pourtant nourri beaucoup d’attentes envers cette pause. J’en avais besoin. Mais la vie en a décidé autrement. J’ai été au service des autres. Et, d’une certaine façon, la vie a bien fait les choses : j’étais disponible — peut-être plus que d’autres — pour offrir du soutien. L’envers de la médaille, c’est ce sentiment de me retrouver vidée, sans avoir eu l’espace nécessaire pour me régénérer. Les batteries à plat. Certainement pas rechargées comme je l’aurais souhaité. Quand soutenir épuise J’ai appris que le travail n’est pas toujours à l’origine de l’épuisement.Ayant déjà frôlé l’épuisement professionnel, je croyais bien connaître les signes et les causes du burn-out. Pourtant, notre vie personnelle peut elle aussi devenir un terrain fertile à l’usure. Quand aller travailler devient une forme de « pause », un refuge face à la vie personnelle, il y a peut-être là des signaux d’alarme. On parle alors souvent d’épuisement du soignant. Ce phénomène est bien connu chez les professionnels de la santé — thérapeutes, infirmières — mais il touche aussi toutes celles et ceux qui endossent, parfois sans le vouloir, le rôle de pilier émotionnel dans leur entourage. Celles et ceux qui soutiennent un être cher malade. Celles et ceux qui essaient, toujours, d’aider. Je suis cette personne-là. Celle qui est toujours là. Souvent, j’ai l’impression qu’on me prend pour une valise. On présume que je serai là. Qu’on peut déposer, sans demander si j’ai le temps, l’énergie ou la capacité de porter. C’est attendu. Tout simplement. Je suis perçue comme la personne forte. Celle qui passe en mode solutions, qui reste calme, rationnelle, objective. Du moins, c’est ainsi que je me sens face à plusieurs personnes de mon entourage.Ce que l’on oublie — ou ce que l’on semble ignorer — c’est que je ne suis ni thérapeute ni psychologue. Je ne suis pas toujours outillée pour faire face à des situations complexes qui dépassent mon vécu ou mes connaissances. Je suis humaine. Et parfois, je n’ai tout simplement plus les ressources émotionnelles, mentales ou physiques pour soutenir. La fatigue de celle qui tient Mon thérapeute me propose souvent un exercice : imaginer une petite fée, munie d’une baguette magique, capable de changer ce que je veux dans ma vie. En ce moment, je souhaiterais par-dessus tout retrouver mon empathie… et obtenir du respect. Lorsque nos capacités sont atteintes, le verre d’empathie se vide. Et cela a un impact réel sur nos relations. Je me suis vue incapable d’offrir le soutien que j’aurais voulu à une personne chère vivant une situation traumatisante. Je me suis surprise à adopter, envers ma famille, une posture plus dure, presque détachée — un « suck it up, buttercup » — simplement parce que mon verre était vide. Je me suis aussi isolée, cherchant une pause mentale. Une réalité difficile s’installe alors, tranquillement, quand on est la personne de soutien. Et elle est néfaste pour tout le monde. On manque d’empathie. On adopte des comportements qui n’aident pas. On remet en question ses choix de vie. On s’éloigne des autres, par désespoir. Et on se sent seul·e. Très seul·e. Je sais qu’il est essentiel d’imposer ses limites, de s’affirmer pour éviter le ressentiment et l’impuissance. Mais lorsque le danger est réel, immédiat, on ne s’accorde pas toujours ce luxe. Du moins, pas moi. Revenir à l’essentiel Malgré tout ce que je partage ici sur le besoin d’empathie, je tiens à le préciser : je ne cherche pas à l’obtenir des autres. C’est un travail qui m’appartient. Cela passe par le soin des besoins fondamentaux de l’être humain : l’hydratation, l’alimentation, le sommeil et le lien social. Cela passe aussi par des activités qui m’énergisent ou me servent d’exutoire — comme l’écriture. On sous-estime souvent l’importance de ces besoins de base. Et pourtant, lorsqu’on observe certaines tactiques de déshumanisation utilisées dans des contextes extrêmes, ce sont précisément ces éléments qu’on retire en premier : l’eau, la nourriture, le sommeil, le contact humain.Le résultat est sans appel. Et pourtant, combien d’entre nous s’infligent exactement cela, jour après jour? J’espère sincèrement que ce texte pourra ouvrir un espace de dialogue autour de l’empathie et de l’impact réel des problèmes de santé mentale, pour toutes les personnes concernées, qu’elles vivent la souffrance de l’intérieur ou qu’elles accompagnent, soutiennent et tiennent tant bien que mal. Les blessures existent de toutes parts, souvent silencieuses, parfois invisibles, et elles méritent d’être nommées afin que l’on puisse échanger, apprendre les uns des autres et, surtout, se rappeler que personne ne devrait porter cela seul·e. Dans mon quotidien professionnel, je rappelle souvent l’importance d’aller à la rencontre des gens là où ils sont, de chercher à comprendre ce qu’ils traversent à cet instant précis de leur vie, d’accueillir ce qui est partagé sans jugement et de tenter de faire un pont avec notre propre vécu afin de mieux saisir l’émotion de l’autre. C’est dans cet esprit que je vous invite à prendre un moment pour reconnaître une expérience personnelle qui a éveillé en vous des émotions semblables à celles évoquées ici, et à la partager si le cœur vous en dit. Peut-être qu’ensemble, dans cette reconnaissance mutuelle, nous pourrons nourrir un dialogue plus humain, plus respectueux et, surtout, plus empreint d’empathie. Tenir debout, même quand l’énergie se fait rare.

  • La difficulté à s’exprimer : un malaise collectif ?

    Avez-vous de la difficulté à exprimer vos émotions et vos pensées, tant dans votre vie personnelle que professionnelle ? Si vous répondez par l’affirmative, sachez que vous êtes loin d’être seul·e. Cela fait longtemps que je me penche sur cette question. J’observe, autour de moi, à quel point il semble ardu pour bien des gens de transmettre à l’autre ce qui les habite réellement — sur le plan mental comme émotionnel. Et je tiens à le dire d’emblée : je n’échappe pas à cette réalité. Malgré les années et le travail conscient que je fais pour m’affirmer davantage, cela ne m’est toujours pas naturel. Ce qui motive ce texte aujourd’hui, c’est l’ampleur du phénomène. Sa récurrence. Sa banalité presque. Alors la question s’impose : est-ce un mal de société ? Nous vivons pourtant à une époque où l’expression semble encouragée. Les initiatives se multiplient pour réduire la stigmatisation en santé mentale. Les formations mettent de plus en plus l’accent sur le savoir-être, sur la vulnérabilité, sur l’authenticité. Les mouvements de dénonciation ont contribué à briser certains silences, et la société réclame davantage de transparence de la part de ses leaders, cherchant à reconstruire une confiance fragilisée. Des études comme le Edelman Trust Barometer  ont d’ailleurs montré, au fil des ans, un glissement clair : d’une quête de vérité vers une quête de confiance. Les forces externes semblent donc pousser l’être humain à réfléchir, à évoluer, à se dire. Et pourtant, pour plusieurs, amorcer ce processus demeure extrêmement difficile. Là où la difficulté à s’exprimer prend racine Dans mon cas, tout commence au sein de ma famille. J’ai grandi dans un milieu où l’expression de soi n’était pas encouragée. Longtemps, je me suis sentie comme le mouton noir : celle qui tentait de mettre des mots sur ce qui se disait à demi-mot, sur ce qui flottait dans l’air sans jamais être nommé. Je me souviens de ces discussions familiales où, étant la cadette et la seule fille, on m’invitait systématiquement à « ouvrir le bal ». Cette responsabilité me semblait injuste. Pourquoi moi ? Pourquoi pas les adultes ? Pourquoi pas mes frères, plus âgés que moi ? Dotée d’une grande sensibilité et d’une intuition marquée, je ressentais intensément ce qui n’était pas exprimé. Cette accumulation de non-dits créait chez moi un profond malaise intérieur. Et lorsque j’essayais de parler, les mots se transformaient en larmes, ma voix tremblait ou s’élevait, accentuant la frustration générale. Les moqueries de mes frères n’aidaient en rien ; eux cherchaient surtout à en finir rapidement. Ces discussions ont fini par disparaître, remplacées par des silences, des secrets, des zones grises. J’ai appris à naviguer dans cet univers feutré, à décoder plutôt qu’à dire. Sans nourrir de rancune envers ma famille — chacun faisait avec ce qu’il avait appris — je reconnais aujourd’hui que ma difficulté à m’exprimer s’est enracinée là, dans ce premier milieu pourtant fondamental pour le développement émotionnel. Quand le silence devient un mécanisme de survie À l’adolescence et au début de l’âge adulte, ma passion pour le voyage m’a menée au Costa Rica à 16 ans, puis en Inde à 19 ans dans le cadre d’un échange avec Jeunesse Canada Monde. Ces expériences ont été marquées par des événements traumatisants à caractère sexuel. C’est là que j’ai appris, sans le savoir, le mode freeze . Dans les deux cas, l’entourage immédiat a choisi de m’attribuer une part de responsabilité : vêtements jugés trop révélateurs, comportements perçus comme « encourageants ». Être jugée, blâmée et réduite au silence par mes pairs a laissé des traces profondes. Les agresseurs étaient pourtant plus âgés, en position de pouvoir ou d’autorité, et ne représentaient en rien des relations consenties ou souhaitées. Malgré cela, le message implicite était clair : se taire est plus sécuritaire que parler. Ce silence imposé est devenu, avec le temps, un réflexe. Réapprendre à s’exprimer, un pas à la fois Les années suivantes ont vu s’installer un mode autopilote. Une petite voix répétait : suck it up, buttercup . Dans ma vie professionnelle, j’ai développé une carapace efficace : exprimer mes idées, oui. Mes émotions, non. Cette stratégie m’a protégée un temps, mais comme toute stratégie de survie, elle a fini par s’essouffler. Mettre un pansement sans soigner la plaie ne fonctionne pas indéfiniment. Mon cheminement s’est construit à travers plusieurs expériences : la Conférence canadienne sur le leadership du Gouverneur général en 2015, la thérapie, le travail sur la vulnérabilité, le coaching professionnel. Mais ce qui m’a le plus aidée demeure étonnamment simple : pratiquer l’affirmation de soi. Dire non. Mettre des limites. M’accorder un temps de réflexion avant de répondre. Apprendre à m’écouter, même lorsque je choisis finalement le oui. Me parler aussi, entrer en dialogue avec moi-même, me demander : qu’est-ce qui se passe en moi, ici et maintenant ? J’ai compris également que la seule chose que je peux réellement contrôler, ce sont mes actions. La réaction de l’autre ne m’appartient pas. En cessant l’évitement, je perds le sentiment d’impuissance et je me sens plus en paix. Je ne prétends pas détenir de réponse définitive ni pouvoir affirmer que la difficulté à s’exprimer est un mal de société. Mais une chose m’apparaît claire : s’exprimer et s’affirmer sont intimement liés au rapport que nous entretenons avec nous-mêmes. Se taire pour éviter l’inconfort, la réaction de l’autre ou le conflit peut sembler protecteur à court terme. Mais à long terme, ce silence finit souvent par peser plus lourd que les mots qu’on n’a pas osé dire. S’exprimer, même maladroitement, c’est se donner une chance de se sentir plus aligné·e, plus apaisé·e. Alors peut-être que la vraie question n’est pas de savoir ce qui pourrait mal tourner si l’on parle, mais plutôt ce qu’il en coûte de continuer à se taire. Quand le silence est appris, s’exprimer devient un acte de croissance.

  • Et si on pouvait apprendre du conflit...

    Ça fait un bon moment que je ressens le besoin d’écrire sur le sujet des conflits entre êtres humains. J’ai tenté, à pareille date l’an dernier, de mettre mes réflexions sur papier, sans jamais parvenir à un résultat satisfaisant. Je crois que je craignais trop le jugement des autres — et surtout celui de mes proches — en abordant ce sujet délicat. J’ai alors choisi d’écouter ma peur plutôt que mon courage. Ce soir, j’ai opté pour le courage. Parce que ma voix intérieure m’a soufflé que c’était nécessaire. Les rôles que l’on adopte Du conflit, j’en ai vécu et observé suffisamment pour avoir appris à l’aborder autrement avec le temps. Plus jeune, j’ai appris à le fuir, à le percevoir comme quelque chose de négatif. Exprimer ses émotions n’était pas encouragé, et je me suis rapidement retrouvée à endosser le rôle de médiatrice — voire de psychologue — à un très jeune âge, afin de composer avec cette réalité. Encore aujourd’hui, je retombe parfois trop facilement dans ces rôles, tant ils sont profondément ancrés dans ma psyché. En fait, ce comportement est « normal » : nous nous attribuons tous un rôle au sein de notre famille. Certains deviennent conciliateurs, d’autres boucs émissaires, ou encore avocats du diable. Peu importe le rôle que nous avons joué comme enfant, frère ou sœur, il y a de fortes chances que nous le reproduisions plus tard — comme parent, ou dans d’autres sphères de notre vie. L’évitement et ses conséquences Ce détour me permet de mieux vous expliquer mon cheminement personnel face au conflit. Je me souviens à quel point l’idée d’aborder une situation délicate — ou même simplement d’exprimer mes émotions ou mes pensées, autant dans ma vie personnelle que professionnelle — me semblait insurmontable. Cela m’angoissait profondément. Je me faisais des scénarios fictifs, anticipant ce que l’autre pourrait dire ou faire. Et j’ai honte de l’admettre, mais j’en ai perdu des heures de sommeil à cause de cette angoisse… souvent imaginaire. Cet évitement ne faisait qu’aggraver les choses : non seulement je gardais tout à l’intérieur, mais je me blâmais aussi pour ce que j’aurais pu faire, dire, ou ne pas avoir fait. C’était un véritable cercle vicieux, nocif pour ma santé. Lorsque nous n’exprimons pas nos émotions et nos pensées, elles ne disparaissent pas — elles s’accumulent. Et si vous êtes comme moi, vous les compartimentez dans des tiroirs bien rangés, qui ne s’ouvrent que sous la pression d’un déclencheur. Rarement au bon moment. Apprendre à se responsabiliser… sans porter l’autre Ma perception du conflit a évolué au fil des années, notamment grâce à l’accompagnement de plusieurs intervenants en santé. J’ai appris que l’essentiel était d’exprimer comment je  me sentais dans une situation, et de prendre la responsabilité de la façon dont je le communiquais — avec calme et respect. Le reste, ce qui m’angoissait tant auparavant? J’ai fini par comprendre que cela ne m’appartenait pas. Je ne peux pas porter la responsabilité de la réaction de l’autre. Cette réaction lui appartient. Il est possible qu’elle soit douloureuse ou différente de ce que j’espérais, mais cela fait partie du processus. Lorsque nos intentions sont justes, alignées avec nos valeurs, et que nous avons choisi de nous affirmer plutôt que d’enfouir nos émotions — que l’on sait appelées à ressurgir tôt ou tard — un apaisement s’installe déjà en nous. Une autre façon d’habiter le conflit Une personne a particulièrement influencé ma vision du conflit : Monique Gallie , conseillère en ressources humaines agréée et médiatrice professionnelle, rencontrée lors de ma formation en gestion contemporaine. Monique vit littéralement au cœur du conflit. Elle intervient dans des situations extrêmement délicates, parfois même désespérées. Sans voler le « punch » de son cours, je peux dire que son approche m’a permis de cesser de craindre les situations conflictuelles, et surtout, de me doter d’outils concrets pour les traverser avec plus de confiance lorsque elles se présentent. Le conflit comme espace de croissance Aujourd’hui, je ne perçois plus le conflit comme une expérience négative. Je le vois comme une opportunité d’apprentissage — sur moi-même, et sur l’autre. Comme une occasion de rapprochement, de tisser des liens plus profonds avec les personnes concernées. Je le considère aussi comme un moment de vérité, capable de briser le silence autour d’une situation donnée. Car vivre dans les non-dits n’est jamais une meilleure option. Bien sûr, comme tout le monde, je préférerais ne pas vivre de conflits. Mais je sais désormais que les éviter serait un frein à ma croissance personnelle. Ayant fait le choix conscient de poursuivre mes apprentissages pour devenir la meilleure version de moi-même possible, j’aborde le conflit autrement aujourd’hui. Et ma vie s’en porte infiniment mieux. Le conflit n’est pas toujours une rupture. Parfois, c’est un espace à habiter. #conflit #gestionduconflit #santementalepositive

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