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Habiter les textures de la vie

  • Photo du rédacteur: Nadine Duguay-Lemay
    Nadine Duguay-Lemay
  • 25 mars
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 26 mars

Être humain, c’est accepter que nous sommes des êtres profondément complexes. Au quotidien, nous avançons à travers des élans et des replis, des hauts et des revers qui façonnent notre parcours.


Notre manière de traverser ces moments est influencée par une multitude de facteurs — certains extérieurs, d’autres profondément ancrés en nous. Au fil de ce chemin, une richesse d’émotions nous habite, parfois avec douceur, parfois avec intensité. Nos besoins évoluent, nos circonstances se transforment, et nous, avec elles.


Il y a des moments de profonde détresse, des saisons de douleur qui nous appellent à un travail intérieur en profondeur. Ce sont des traversées qui demandent du courage : celui de faire face aux blessures et aux traumas qui ont façonné nos mécanismes d’adaptation, ou encore celui, plus discret, de simplement ralentir, se déposer et écouter. Ces périodes peuvent nous plonger dans une forme de désolation, parfois frôler le désespoir. Comme en hiver, tout semble figé : le froid s’installe, le mouvement ralentit, et la vie paraît s’être retirée. Nous ne voyons plus que la dureté du gel, et il nous arrive de croire que quelque chose, en nous, s’est éteint — alors même que, sous la surface, quelque chose continue de vivre en silence.


Et puis, sans que l’on sache exactement quand, quelque chose bascule. Presque imperceptiblement. Comme si, sous la glace, la vie n’avait jamais cessé de circuler.


L’hiver porte pourtant une beauté particulière. Les rayons du soleil qui font miroiter le verglas, la douceur des arbres recouverts de neige — comme s’ils s’étaient présentés à un bal masqué — rappellent que même dans l’immobilité apparente, quelque chose de vivant demeure. Cette saison nous invite aussi à habiter autrement nos journées : à sortir, à sentir l’air vif emplir nos poumons, à laisser le froid colorer nos joues, puis à revenir se déposer, se nicher près d’une source de chaleur, une boisson chaude entre les mains, et à s’offrir des moments de présence, de rêverie, de retour à soi.


Avec l’arrivée du printemps, la lumière s’installe davantage et la neige fond. Elle laisse place à de nouveaux élans, à un désir de renouveau.


Cette année, je savoure particulièrement cette saison parce que j’ai été à l’écoute de mes besoins et des élans qui se manifestaient derrière les peurs et le doute — dans la continuité de cette saison de guérison que j’ai appris à reconnaître et à habiter. J’accueille avec gratitude l’amour qui se manifeste autour de moi et je prends le temps de reconnaître chaque avancée — me présenter à un entraînement même lorsque l’élan est plus fragile, ou constater que mon corps est aujourd’hui capable de beaucoup plus que ce qui était possible il y a quelques mois.


Je savoure aussi la générosité et les perspectives de mon entourage, qui m’appuie et m’écoute. Je me rends disponible aux moments spontanés, j’ose dire oui à de nouvelles opportunités et je suis parfois étonnée de voir ce qui émerge simplement en étant présente, ouverte, et en connectant avec les autres de façon authentique. Mon cœur ressent davantage de joie et d’amour, et j’apprécie le rapprochement qui se tisse avec ma famille et mes amis.


Être humain, c’est peut-être justement cela : ne pas éviter les saisons plus rudes ni s’attacher uniquement à celles qui nous réchauffent, mais apprendre à reconnaître et à savourer chaque texture de notre expérience. Celles qui bousculent comme celles qui apaisent, celles qui nous transforment comme celles qui nous réconfortent.


Peut-être que vivre, ce n’est pas chercher une surface parfaite, mais apprendre à habiter pleinement toutes les textures de notre histoire.



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