Je ne me suis jamais lâchée
- Nadine Duguay-Lemay

- il y a 3 heures
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Lors d’une discussion récente qui m’amenait à faire un certain bilan de ma dernière décennie, une observation a été déposée sur mon cheminement et mon retour à soi : malgré les embûches, les détours et les périodes plus difficiles, je ne me suis jamais lâchée. Je ne me suis jamais complètement abandonnée.
Cela ne veut pas dire que je n’ai jamais perdu pied. Cela veut plutôt dire que, chaque fois, je suis revenue à moi. J’ai continué d’investir les efforts nécessaires pour me recentrer, me retrouver et prendre soin de mon jardin intérieur.
Certes, il y a eu des périodes où je suis retombée dans mes mécanismes de défense. J’ai parfois privilégié l’anesthésie, le silence ou le déni pour ne pas ressentir pleinement ce que je vivais. L’art de compartimenter a aussi longtemps été une manière de naviguer les défis qui se posaient sur mon chemin, mais aussi ce qui cherchait à émerger en moi.
Ces mécanismes étaient nourris par des peurs et des convictions profondes. Parmi elles, il y avait cette peur de briller, parce que j’avais trop souvent vécu les conséquences négatives de prendre ma place et de laisser ma lumière s’épanouir. C’est comme si ma vie intérieure avait longtemps été marquée par des mouvements d’expansion suivis de périodes de contraction. J’avançais, puis je me retenais. Je m’ouvrais, puis je me refermais.
Au cœur de cette danse, pourtant, je revenais à moi. Je n’abandonnais pas.
Il y a eu des moments de lumière et de guérison. Des moments où je me suis reconnectée à l’enfant blessée en moi, non plus comme une partie à enfouir ou à dissimuler, mais comme une présence à reconnaître, à écouter, à accueillir. Et pourtant, même après ces prises de conscience, il m’arrivait encore de retourner vers mes mécanismes de défense.
Dès qu’un déclencheur se manifestait, il me semblait parfois plus facile de poursuivre avec le même modus operandi que d’adresser les malaises, les croyances et les peurs qui m’habitaient. J’ai tenté de camoufler ce qui demandait mon attention en me plongeant dans d’autres projets auxquels je croyais profondément. J’ai aussi beaucoup donné aux autres, avec sincérité, joie et alignement, parce qu’il m’était encore difficile d’oser faire la même chose pour moi.
Rappelez-vous cette peur de briller, profondément ancrée.
Aujourd’hui, je suis à la fois émerveillée et émue de constater qu’il y a toujours eu une partie de moi qui n’a jamais perdu espoir. Une partie qui a persévéré, même lorsque je ne savais plus exactement comment avancer. C’est cette partie de moi qui m’incitait à aller chercher de l’aide lorsque je me sentais dépassée ou perdue. C’est aussi cette voix intérieure qui construisait, une brique à la fois, cette confiance tranquille qui m’habite aujourd’hui.
On pourrait dire qu’il est triste que cela ait pris autant de temps pour redevenir entière. Mais je ne le vois pas ainsi. Je n’ai pas de regrets. Il aura fallu que je traverse ce chemin cahoteux, pendant presque une décennie, pour me libérer, guérir et apprendre à recevoir.
La richesse de ces expériences a fait de moi une personne plus humaine, plus enracinée, plus sensible à ce qui se joue derrière les apparences. Bien que j’aie toujours eu une grande ouverture et une profonde empathie pour les autres, celle qui s’est développée en moi au fil de cette décennie est différente. Elle s’est cultivée dans les grandes traversées. Elle s’est affinée dans l’adversité. Elle est née de ces endroits où l’on apprend à ne plus juger trop vite ce que les autres portent en silence.
Qu’importe ce que vous vivez ou naviguez en ce moment, j’ai envie de vous rappeler ceci : il y a une partie de vous qui est à l’écoute. Une partie de vous qui demeure présente, même lorsque tout semble confus. Une partie de vous qui est votre meilleure alliée, prête à vous soutenir avec une patience que vous ne savez peut-être pas encore reconnaître.
Cette partie de vous ne vous abandonnera jamais, parce que son amour est inconditionnel. Même lorsque vous retombez dans vos mécanismes. Même lorsque vous doutez. Même lorsque vous avez l’impression de refaire les mêmes détours. Elle demeure là, quelque part en vous, à attendre que vous reveniez.
C’est peut-être ce qui rend cette prise de conscience si bouleversante : nous sommes souvent capables d’offrir cette forme d’amour aux autres, de leur accorder de la patience, de la compassion et le droit de se tromper, alors que nous peinons si souvent à nous l’accorder à nous-mêmes.
Et peut-être que c’est cela, au fond, la plus grande fidélité à soi : ne pas exiger de toujours avancer parfaitement, mais continuer de revenir à soi avec douceur.
Encore et encore.
Jusqu’au jour où l’on réalise que, malgré tout, on ne s’est jamais vraiment lâchée.
Et cela, c’est peut-être l’une des formes les plus pures de l’amour inconditionnel : celui que l’on apprend, enfin, à se donner à soi-même.

Dans le prolongement de cette réflexion



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