Une saison de guérison
- Nadine Duguay-Lemay

- 15 mars
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 mars
Il arrive des saisons dans la vie où le corps, le cœur et l’esprit nous murmurent doucement que quelque chose doit changer. Et si nous n’écoutons pas ces murmures, la vie finit souvent par trouver une façon de nous obliger à faire une pause. Ces saisons sont rarement confortables. Pourtant, elles deviennent souvent la porte d’entrée vers la guérison.
Comme êtres humains, nous traversons chaque jour des réalités diverses — des moments de joie, d’aventure, d’incertitude ou d’adversité. Pourtant, nous ne sommes pas toujours outillés, ni prêts, à faire face aux aspects plus complexes des défis que la vie met sur notre chemin.
Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs : notre éducation, les mécanismes d’adaptation que nous avons développés au fil du temps, le moment où certains événements surviennent dans notre vie, les pressions sociales, des problèmes de santé non diagnostiqués ou encore les systèmes organisationnels dans lesquels nous évoluons.
Pour plusieurs d’entre nous, ces différentes couches s’accumulent tranquillement. Lorsque la vie devient trop complexe à démêler facilement, il arrive que nous nous demandions : Par où commencer ? Dans ces moments-là, il peut sembler plus simple de continuer comme avant plutôt que de faire face à ce qui se passe réellement en nous. Nous avançons donc, même lorsque certaines parties de nous-mêmes réclament doucement notre attention. Le résultat est que bien des personnes traversent des périodes difficiles en se sentant profondément seules ou incomprises dans ce qu’elles vivent.
Comme plusieurs saisons de la vie, celle-ci s’est présentée de façon inattendue et m’a invitée à faire une pause, à réfléchir et à me réaligner.
Au cours des derniers mois, j’ai choisi de me retirer pour me consacrer à ma santé et à mon bien-être. Avec un peu de recul, je peux voir aujourd’hui que les signes m’invitant à ralentir étaient présents depuis un certain temps. Après plusieurs années marquées par d’importants défis de santé — dont cinq chirurgies neurologiques sur une période de quinze mois — j’avais déjà tenté de ralentir. Pourtant, comme bien des personnes profondément engagées dans leur travail et leurs responsabilités, je suis rapidement retournée à ce que je connaissais le mieux : rester occupée.
L’occupation constante peut parfois devenir une façon de remettre à plus tard ce qui demande tranquillement notre attention.
Avec davantage de clarté aujourd’hui, je peux reconnaître que ce moment de pause attendait probablement depuis un certain temps. J’avais simplement continué d’avancer en m’appuyant sur le même modus operandi qui m’avait longtemps guidée pour faire face aux exigences de la vie. Les derniers mois ont ainsi marqué un tournant, m’invitant à ralentir et à écouter plus attentivement ce que mon corps et mon esprit tentaient de me dire.
Après avoir pris le temps de me reposer et de reprendre mon souffle, j’ai amorcé l’année 2026 avec un engagement renouvelé : celui de me consacrer pleinement à ma santé et à mon bien-être et d’aborder ce processus de guérison sous tous ses angles. J’ai demandé de l’aide à des personnes de confiance dans mon réseau, ce qui m’a permis d’entrer en contact avec de nouveaux professionnels de la santé. Cela a mené à une série d’examens médicaux qui ont permis de révéler certaines conditions de santé jusque-là non diagnostiquées et qui contribuaient à ce que je vivais sur le plan physique. Combinées aux expériences passées et aux exigences de la vie, ces réalités ont permis de mieux comprendre l’ensemble du tableau.
La guérison, ai-je découvert, est rarement un parcours que l’on traverse seul. Il a fallu une véritable équipe de professionnels de la santé, ainsi que le soutien précieux de ma famille et de mes amis, pour m’aider à retrouver progressivement un meilleur équilibre.
À travers cette expérience, j’ai aussi été ramenée à une réflexion qui nous concerne tous. Nous avons chacun notre propre modus operandi — ces façons d’agir et de réagir que nous avons développées pour naviguer les exigences de la vie. Ces mécanismes d’adaptation sont souvent profondément ancrés en nous et prennent racine dans notre environnement familial, nos expériences de vie, nos relations, nos blessures et les moments d’adversité que nous avons traversés. Parfois, nous nous protégeons derrière des mécanismes de défense, parfois nous anesthésions ce que nous ressentons, parfois nous nous isolons, et parfois la douleur s’exprime à travers des comportements indirects ou protecteurs.
Ces mécanismes peuvent jouer un rôle important. À court terme, ils permettent au cerveau et au corps de se protéger d’expériences trop difficiles à affronter sur le moment. Mais avec le temps, une question finit souvent par émerger : ces mécanismes nous servent-ils encore aujourd’hui ?
Dans mon cas, remettre à plus tard certaines réflexions plus profondes n’était plus viable. Au cours des derniers mois, j’ai appris à créer un espace pour accueillir mes croyances, mes pensées et les émotions qui les accompagnent — à les regarder plutôt qu’à les faire taire. Cette pratique consistant à « voir et accueillir » ce qui se présente n’a pas toujours été facile, mais elle s’est révélée profondément transformatrice.
Au fil des conversations avec des personnes qui me sont chères, j’ai aussi réalisé que plusieurs d’entre nous développent, souvent sans s’en rendre compte, différentes façons de se protéger intérieurement. Et pourtant, quelque chose change lorsque nous nous permettons — et lorsque nous permettons aux autres — de nommer ce que nous préférerions parfois éviter.
Créer un espace pour reconnaître ce qui nous habite peut transformer notre rapport à nous-mêmes. Cela permet de rétablir un équilibre entre la dimension rationnelle et la dimension émotionnelle de notre être et d’apporter un regard nouveau sur ce que nous avons traversé. Peut-être plus important encore, cela enlève peu à peu le pouvoir silencieux que peuvent exercer les expériences que nous gardons enfouies.
Nous n’avons pas toujours besoin que quelqu’un répare ce que nous vivons. Parfois, nous avons simplement besoin d’une présence bienveillante, prête à écouter et à poser une question simple : Comment t’es-tu senti dans ce moment-là ? Qu’est-ce que cette expérience a signifié pour toi ? Ces questions, pourtant simples, peuvent ouvrir des portes que le silence maintenait fermées.
Aujourd’hui, je partage cette réflexion avec un sentiment de fierté tranquille. Les derniers mois ont demandé un travail profond et intentionnel, et je commence à en ressentir les effets. Je suis profondément reconnaissante envers les personnes et les professionnels qui ont marché à mes côtés durant cette période. Je suis également reconnaissante pour les leçons que la vie continue de placer sur mon chemin, me rappelant chaque jour l’importance de mettre en pratique ce que j’ai choisi d’intégrer pour prendre soin de moi.
La guérison est rarement un moment unique de transformation. Le plus souvent, elle se construit à travers une série de petits choix courageux : faire une pause, écouter, nommer ce qui vit en nous et accueillir les parts de nous-mêmes que nous avions peut-être tenté de faire taire.
Cette saison a été l’un de ces parcours pour moi — une saison de guérison, encore en devenir, et vécue chaque jour avec un cœur ouvert.

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Ici et maintenant il est important de se choisir