Résultats de recherche
Search this site
49 résultats trouvés avec une recherche vide
- Comprendre la névralgie : mon parcours avec une condition neurologique
J’ai décidé de vous partager aujourd’hui un aspect plus intime, plus discret de ma vie. Depuis quelques mois, j’ai appris que je vis avec une condition neurologique appelée la névralgie . Si le nom est nouveau pour moi, la réalité, elle, ne l’est pas. Je comprends maintenant que je vis avec cette condition depuis mon adolescence. Si je choisis de vous en parler, ce n’est pas anodin. Les raisons sont multiples. D’abord, parce que la validation de ce que l’on ressent est fondamentale pour l’être humain. Ensuite, parce que si mon témoignage peut aider une autre personne — ou ses proches — à mieux comprendre cette condition, alors il aura rempli sa mission. Enfin, peut-être que ces mots vous permettront aussi de mieux saisir certains comportements que j’ai adoptés au fil des années pour composer, souvent en silence, avec ses répercussions. Comprendre la névralgie, pour moi, c’est aussi passer de la douleur invisible à la reconnaissance médicale — un passage charnière, profondément transformateur dans le rapport à soi. Qu’est-ce que la névralgie ? La névralgie se manifeste par une douleur subaiguë évoluant par poussées, souvent décrite comme des décharges électriques, dans le territoire du nerf atteint. Elle peut s’accompagner de troubles sensitifs ou moteurs, parfois de symptômes visuels, et laisse fréquemment un fond de douleur persistant entre les crises. Dans mon cas, il s’agit d’une névralgie d’Arnold, aussi appelée névralgie du grand occipital. C’est une neuropathie périphérique du cou et de la tête, causée par l’irritation ou la compression d’un nerf situé à l’arrière du crâne. Les douleurs se concentrent donc dans la région occipitale de ma tête. Comment je la ressens Je décris la névralgie telle que je la vis : comme des chocs électriques ou des aiguilles brûlantes qui s’enfoncent dans ma tête, parfois plusieurs fois par jour, parfois par semaine. Sur une échelle de douleur de 1 à 10, je vis généralement avec un niveau de 3 à 5 au quotidien — une douleur constante, présente, mais gérable. Je me considère chanceuse : la médication que je prends atténue environ 40 à 50 % de cette douleur. Le défi, toutefois, ce sont les épisodes de 8 à 10, plus fréquents depuis le printemps dernier. Lorsqu’ils surviennent, ils sont beaucoup plus difficiles à gérer et demandent un temps de récupération important, autant physique que mental. J’ai appris à reconnaître certains déclencheurs : le stress et la fatigue figurent en tête de liste. Une condition qui remonte à l’adolescence Lorsque j’avais 11 ou 12 ans, je pratiquais plusieurs sports, dont le patinage artistique. C’est à cette époque que j’ai ressenti, pour la première fois, ces sensations de chocs électriques. Elles survenaient soudainement, parfois en plein mouvement, sans avertissement. Je ne sais pas si j’en ai parlé immédiatement. J’ai surtout intériorisé ce qui m’arrivait. Quand j’ai fini par en parler autour de moi, les réactions ont souvent été les mêmes : on normalisait mes symptômes, on les minimisait.« Oui, oui Nadine, ça arrive à tout le monde. » Alors j’ai continué à me taire. À 15 ou 16 ans, ma mère m’a accompagnée chez notre médecin de famille. Cette consultation a été marquante. Après avoir décrit mes symptômes, on m’a fait comprendre que tout était dans ma tête . À l’époque, la recherche ne permettait pas encore de reconnaître cette condition : les premières validations scientifiques ne sont apparues qu’autour de 2010. Je suis sortie de ce rendez-vous avec une rage sourde et un profond sentiment d’incompréhension. Pendant longtemps, j’ai cru que j’exagérais. Que j’imaginais les choses. Les années suivantes ont été ponctuées de consultations, de diagnostics de migraines, de tests qui ne révélaient rien. Lorsque j’habitais à Edmonton, entre 1996 et 1998, certains épisodes plus intenses m’ont même menée à l’urgence, pour être ensuite référée — encore — à un neurologue à Moncton. Toujours sans réponse. Comme les douleurs les plus sévères survenaient de façon sporadique, j’ai fini par m’y résigner. J’ai appris à vivre avec. À traiter ces épisodes comme des migraines sévères. Le dernier souvenir marquant avant une longue accalmie remonte à ma grossesse, il y a plus de treize ans. Quand les pièces commencent à s’assembler En 2015, à la suite de sensations inhabituelles d’engourdissement du côté droit de mon corps, je consulte à nouveau. Des tests sanguins et une IRM du cerveau et du cou révèlent alors une hernie cervicale entre les vertèbres C5 et C6. Je suis référée à un neurochirurgien afin de discuter des options de traitement. Je vous épargne les détails, mais c’est après avoir demandé une seconde opinion que je me suis peu à peu rapprochée d’un diagnostic plus juste. Le point tournant En avril dernier, un événement a tout fait basculer. J’étais en voiture avec ma fille, en route vers le marché des fermiers. En me tournant légèrement vers elle pour lui parler, une douleur fulgurante m’a traversée — un choc électrique d’une intensité de 10 sur 10. J’ai crié sous l’effet de la douleur, ce qui l’a forcément effrayée. Pourtant, sa réaction m’a profondément impressionnée. Avec calme, elle m’a aidée à traverser ce moment. La douleur a persisté toute la journée, laissant derrière elle une sensation comme si j’avais reçu un violent coup à l’arrière de la tête. J’étais épuisée, nauséeuse, étourdie. Complètement vidée. Lorsque les chocs sont revenus dans les jours suivants, j’ai compris que ce n’était plus un épisode isolé. J’ai revu mon neurologue sans tarder. Cette fois, pour la première fois, un mot a été prononcé : névralgie . Les douleurs ne correspondaient pas à l’hernie cervicale — elles survenaient toujours du côté gauche de ma tête, alors que l’hernie se situait à droite. En retraçant l’historique complet, la possibilité d’une névralgie s’est imposée. On m’a alors proposé un traitement à la carbamazépine. Le médicament a apporté un certain soulagement, mais un autre défi s’est installé : la peur. La crainte que la douleur surgisse en pleine rencontre ou lors d’une prise de parole publique — une réalité fréquente dans mon travail — s’est transformée peu à peu en anxiété. Chaque intervention demandait désormais un véritable pep talk intérieur. Une rencontre déterminante En juillet, je rencontre le docteur Charest, neurochirurgien. Après mon neurologue, il est la deuxième personne à parler clairement de névralgie et à m’en expliquer les mécanismes. Il propose une infiltration de corticoïdes, réalisée sur place. Six semaines plus tard, le constat est clair : aucune amélioration significative. C’est alors qu’il me suggère de rencontrer son collègue, le docteur El-Helou, spécialiste du traitement de la douleur, reconnu pour ses approches novatrices. Il est d’ailleurs récemment devenu le premier neurochirurgien au Canada à réaliser une intervention chirurgicale visant à soulager la douleur chronique. Ma rencontre avec le Dr El-Helou Cette consultation a marqué un véritable tournant. Avec une écoute attentive et une grande clarté, le Dr El-Helou m’a confirmé que la névralgie du grand occipital est une condition neurologique réelle, reconnue médicalement depuis relativement peu de temps — ce qui explique en grande partie les années d’errance et de non-validation. Il existe des options. Des traitements. De l’espoir. Médication, injections de Botox, chirurgie : rien n’est décidé à la légère, mais pour la première fois, un chemin s’ouvrait devant moi. Je suis sortie de cette rencontre le cœur plus léger, avec l’impression d’avoir enfin déposé un fardeau que je portais depuis des décennies. Apprendre à ne plus souffrir en silence Vivre avec une douleur chronique, c’est souvent apprendre à la masquer. À fonctionner malgré tout. À donner l’impression que tout va bien. Pour mes proches — mon mari en tête — cela peut être déroutant. La douleur ne se voit pas toujours, sauf dans les journées où elle devient impossible à cacher. J’ai compris à quel point nous sommes nombreux à adopter ce mécanisme : se taire, normaliser, minimiser… jusqu’à sous-estimer nous-mêmes l’impact réel. Cette leçon, je l’ai apprise à mes dépens l’automne dernier, en animant une soirée malgré une semaine marquée par de multiples épisodes de douleur intense. J’aurais dû m’arrêter. J’apprends encore. Avec ma famille, mes amis et mon équipe, j’apprends maintenant à naviguer autrement. À écouter. À m’ajuster. À prendre soin. Et maintenant? Comprendre la névralgie a marqué un tournant dans mon parcours. Mettre des mots sur ce que je vivais depuis si longtemps, reconnaître qu’il s’agissait d’une condition neurologique réelle — et non d’une fragilité imaginaire — a transformé en profondeur mon rapport à mon corps, à la douleur et à mon histoire. Savoir n’efface pas la souffrance, mais change la manière de la traverser. La connaissance ouvre la voie à la prévention, aux soins et à des choix plus justes pour soi. Elle apporte aussi une forme de réparation intérieure : celle de réaliser que tout ce que j’ai ressenti, toutes ces années, avait un sens. Aujourd’hui, je continue d’apprendre. À écouter davantage. À respecter mes limites. À accueillir les signaux plutôt que de les faire taire. Je suis mieux entourée, mieux accompagnée et surtout, mieux informée. Comprendre la névralgie, pour moi, ce n’est pas seulement poser un diagnostic. C’est me réconcilier avec mon vécu, apaiser une part de moi longtemps mise en doute et avancer avec plus de douceur — envers mon corps, envers mon rythme, envers moi-même. Parce que comprendre ce que l’on vit, nommer ce que l’on traite et se sentir enfin validée constituent déjà une part essentielle de la guérison. Être écoutée, reconnue et soutenue fait partie intégrante du chemin vers la guérison.
- Dénonciations sur Instagram: une réponse à un enjeu systémique
Comme plusieurs médias — et comme bien des personnes — je suis avec un vif intérêt la vague de dénonciations qui déferle actuellement sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Instagram, à travers le pays, et plus spécifiquement au Québec et ici, au Nouveau-Brunswick. Ce mouvement, qui prend de l’ampleur depuis plus d’une semaine, me touche profondément. Il m’interpelle à la fois en raison de mes expériences personnelles et de mon engagement actif sur cette question : dialogues publics, billets de blogue, échanges avec des survivant·e·s, gestes concrets posés dans l’espoir de faire évoluer les choses. Bien que je sois préoccupée par certains enjeux légaux et moraux liés à cette forme de dénonciation, je choisis néanmoins de l’appuyer. Pourquoi? Parce qu’elle offre enfin une tribune aux survivant·e·s — une tribune que notre système judiciaire et social peine manifestement à leur accorder. Déposer une plainte : un parcours complexe, pour trop peu de résultats Rappelons les statistiques rapportées par un article publié sur Ici Acadie de Radio-Canada : moins de 10 % des plaintes déposées à la police se rendent devant les tribunaux. Trois sur mille mènent à une accusation. En 2020 — et encore aujourd’hui — ces chiffres sont tout simplement inacceptables. Pour les comprendre, il faut se mettre dans les souliers des survivant·e·s. La violence sexuelle laisse des traces profondes : traumatismes, peur de ne pas être cru·e, re-victimisation, isolement, manque d’appui de l’entourage. Comme l’explique Marie-Andrée Pelland, professeure en sociologie et criminologie à l’Université de Moncton, certaines personnes réalisent même, en lisant d’autres témoignages, qu’elles ont elles aussi été victimes. Ce phénomène, je l’ai observé trop souvent. Trop souvent, l’entourage banalise. On excuse. On relativise. « Il ou elle est correct la plupart du temps. » « C’est l’alcool. » « Le stress. » « Il faut pardonner, passer à autre chose. » Ce qu’on oublie, en agissant ainsi, c’est qu’on permet à des prédateurs et prédatrices de continuer — et souvent, d’agir avec encore plus d’audace. J’ai vu trop de récidives, trop de silences complices. Le pire? La communauté continue de les embaucher, de les inviter à siéger sur des conseils d’administration, de les glorifier même, tout en admettant, en coulisses, être au courant des gestes posés. Protéger l’agresseur plutôt que la victime Je me souviendrai toujours d’une conversation avec une personnalité influente du milieu des affaires de la région. Nous parlions d’une personne que je savais avoir agressé sexuellement une connaissance proche — une plainte avait été déposée, détail important. Cette personne s’en était « plutôt bien tirée ». Changement de carrière soudain. Silence organisationnel. Puis, des années plus tard, la vérité refait surface : on lui avait demandé de partir, oui, mais sous le couvert d’une transition professionnelle. Quand j’ai questionné cette personnalité sur cette décision, on m’a répondu que c’était la meilleure façon de gérer ce genre de situation . Puis on m’a demandé : « Et toi, qu’est-ce que tu aurais fait? » Ma réponse — prôner une dénonciation publique, transparente — a été accueillie avec condescendance. « Ça ne marche pas comme ça. » Ah bon. J’ai alors compris comment ça marche : on protège les individus fautifs. On évite les conséquences. On les laisse circuler librement dans la communauté — comme l’Église l’a fait, trop longtemps, avec les prêtres. Quelques mois plus tard, cette même personne m’a suggéré de simplement pardonner l’agresseur. La seule façon d’avancer , m’a-t-on dit. Ah bon. Merci du conseil. Quand dénoncer ne sert à rien… sauf à blesser davantage Pour une victime qui choisit de dénoncer auprès de son employeur et qui constate que rien n’est fait, le message est clair : ça n’en valait pas la peine . Elle est re-victimisée, souvent marginalisée, parfois carrément ostracisée. Lorsque je lis des témoignages de victimes appuyés par d’autres personnes affirmant avoir été témoins de comportements répréhensibles — et confirmant que des plaintes ont bel et bien été déposées, sans conséquences — il y a lieu de s’interroger sérieusement sur la manière dont les organisations traitent les dénonciations. La voie judiciaire, elle, n’est guère plus rassurante. Mon vécu, comme les propos de Gina Colette, intervenante auprès des victimes d’agressions sexuelles à Carrefour pour femmes , le confirment : « Souvent, les policiers qui se rendent à l’hôpital n’ont pas reçu une formation suffisante en matière de violence sexuelle. Les survivantes sont alors re-victimisées par des questions ou des attitudes inappropriées. » Pourquoi, par ailleurs, le service aux victimes du détachement de la GRC Codiac n’est-il offert qu’une fois la plainte déposée — et non avant? On réfère aux organismes communautaires, comme le Centre d'agression sexuelle du Sud-Est, ce qui fait sens… à condition de pouvoir obtenir un rendez-vous. Si telle est la ligne directrice, alors finançons adéquatement ces organismes pour qu’ils puissent répondre à la demande. Un problème systémique… et une responsabilité collective Vous l’aurez compris : il s’agit d’un enjeu profondément systémique. Je n’ai même pas abordé la formation, la sensibilisation, les politiques — ou leur absence. La réalité est brutale : collectivement, nous ne soutenons pas nos victimes. Notre silence. Notre banalisation. Notre déni. Nos malaises. Tout cela fait de nous des complices. Et donc, une partie du problème. Chaque fois que j’ai tenté de soutenir une victime dans mon entourage, je me suis heurtée à la résistance, à des murs, à un système criblé de failles. Alors si, aujourd’hui, les survivant·e·s se tournent vers la dénonciation anonyme sur les réseaux sociaux pour être entendu·e·s, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître : c’est notre responsabilité collective . Note de l’autrice: Ce texte s’inscrit dans une démarche de réflexion continue. Les réalités évoluent, mais la vigilance demeure essentielle. Pour aller plus loin Just Stop It !!! (12 octobre 2019) Les histoires vécues d’une femme : briser le silence sur les comportements inappropriés (9 mai 2019) Là où le silence s’est installé trop longtemps, la lumière finit toujours par entrer.
- À la croisée des chemins : choisir l’amour plutôt que la peur
Avant de me plonger dans la thématique du billet d’aujourd’hui, une mise à jour s’impose. Elle fait suite à mon texte du 23 décembre dernier, dans lequel je vous parlais de ma chirurgie. J’ai besoin de vous offrir ce contexte pour que la suite ait pleinement son sens. Quand l’espoir revient… puis s’effondre Comme je l’écrivais alors, la chirurgie s’était bien déroulée. Pendant environ six jours, je n’ai ressenti aucune douleur. J’étais portée par un immense espoir, convaincue que j’allais reprendre le travail le 4 janvier, transformée, presque renaissante. Puis, la réalité m’a rattrapée. La sonde installée pour stimuler le nerf occipital s’est déplacée — ce que mon neurochirurgien appelle une migration . Résultat : elle n’avait plus aucun effet. C’est rare, mais cela survient dans environ 10 % des cas. Il fallait bien que je fasse partie de cette minorité. Une nouvelle chirurgie est donc nécessaire pour repositionner la sonde. Cette troisième intervention devait avoir lieu la semaine dernière. Or, en raison de la situation dans nos hôpitaux liée à la COVID-19, elle a été annulée. Et, à ce jour, nul ne sait quand elle aura lieu. La douleur qui revient et la fatigue de devoir tenir Dès que la stimulation a cessé, la douleur est revenue. Brutale. Envahissante. Difficile à gérer. Pourtant, j’ai 34 ans d’expérience à composer avec cette douleur, dont les quatre dernières à un niveau jamais atteint. Malgré les médicaments, les marches, les siestes, les conversations avec mes proches… rien n’y faisait. Absolument rien. Avec le recul, je crois que ce qui rendait cette crise si intense, c’est que, pour la première fois depuis longtemps, j’avais goûté à un traitement réellement efficace. Replonger dans la douleur tout en sachant que le soulagement existait, qu’il était là, à portée de main, mais inaccessible, a décuplé ma frustration. Accueillir la déception, la colère… et la honte Même si, en apparence, je gardais une attitude positive — « ce n’est qu’un obstacle, je ne me décourage pas » — je vivais une profonde déception. Il m’a fallu près de trois jours avant de reconnaître pleinement ce que je ressentais et de le verbaliser, lors d’une marche avec mon mari. J’éprouvais aussi une forme de honte. J’avais écrit le billet du 23 décembre avec tant d’élan… et je me demandais si je n’avais pas été trop vite, comme si j’avais provoqué moi-même cette chute. Recevoir des messages de gens qui prenaient de mes nouvelles devenait inconfortable. Je devais sans cesse expliquer : « en fait… voici ce qui se passe » . Traverser le désespoir sans s’y perdre Ma première semaine de retour au travail a été particulièrement difficile. Un obstacle de plus. Il y a eu des moments où je me suis demandé comment j’allais m’en sortir. Où je sentais le désespoir m’envahir, doucement, insidieusement. Tenir demandait une énergie que je n’étais pas certaine d’avoir. Rebâtir doucement son énergie Le week-end dernier, j’ai consciemment choisi de poser de petits gestes pour remplir mon réservoir d’énergie. Je me suis inscrite à un webinaire, puis à un cours de cuisine (merci Jean-François Plante). J’ai cuisiné, marché, partagé de beaux moments avec ma famille. Peu à peu, au fil de la semaine, j’ai senti mon dynamisme revenir. Mon énergie aussi. J’ai accepté le fait que je ne pouvais pas faire plus que mes 7,5 heures par jour — et c’était suffisant. La douleur était toujours là, mais elle ne dictait plus entièrement le récit de mes journées. Faire de la place à la déception pour mieux la laisser partir Lorsque le bureau du Dr El-Helou m’a confirmé l’annulation de la chirurgie, je n’ai pas été surprise. J’ai accueilli la déception… puis je suis passée à autre chose. J’avais déjà fait de la place à cette émotion. Elle n’avait plus besoin de toute mon attention. Choisir l’amour comme posture de vie, même dans l’incertitude Ce matin, j’ai participé à un webinaire animé par la Dre Sophie Maffolini sur le thème Prendre soin de sa santé mentale sans complexe . Tout s’est mis en place. L’une des réflexions centrales portait sur cette question : choisissons-nous le cercle vicieux de la peur ou le cercle vertueux de l’amour ? Pour moi, la réponse s’est imposée rapidement. Je choisis l’amour. Je ne peux pas contrôler ce qui se passe dans le monde, mais je peux choisir d’être bien avec moi-même. Je peux choisir, lorsque j’en ai l’énergie, de faire du bien autour de moi — dans mon travail, par le bénévolat, par ma simple présence. Des émotions confortables et inconfortables, mais jamais inutiles Une phrase entendue ce matin m’a particulièrement marquée : il n’existe pas d’émotions positives ou négatives, seulement des émotions confortables ou inconfortables . Cela rejoint profondément ce que m’enseigne ma coach, Isabelle Lanthier : chaque émotion a un rôle à jouer, même la peur, même la honte. L’essentiel est de prendre conscience de ce qui nous habite, de faire de la place à ces émotions afin qu’elles puissent circuler… et éventuellement se dissiper. C’est exactement ce dont j’avais besoin après ma chirurgie : reconnaître la déception, la colère, la honte et la peur de l’inconnu, de cette troisième intervention à venir. Aujourd’hui, ces émotions ne consomment plus toute mon énergie. Elles ne dictent plus mon attention. Ouvrir ses options pour reprendre son pouvoir Il ne fait aucun doute dans mon esprit que nous sommes à une croisée des chemins. Il suffit de quelques minutes sur les réseaux sociaux ou dans l’actualité pour constater que cette pandémie amplifie des failles déjà existantes dans notre société. Plus que jamais, choisir entre la peur et l’amour devient un acte essentiel de bienveillance envers soi-même. Si vous vous sentez coincés, incertains, je vous invite à ouvrir vos options. Déposer une demande, explorer une avenue, envisager une possibilité — ce sont des gestes qui redonnent du pouvoir. Ouvrir des portes ne signifie pas devoir les franchir aujourd’hui. On reprend le contrôle de sa vie lorsqu’on a des choix. Des gestes simples pour soi, pour les autres, pour la communauté J’aimerais conclure en saluant mon ami Armand Doucet, dont une publication ce matin m’a profondément inspirée. Il a décidé de poser, chaque jour, un geste pour lui-même, pour sa famille et pour sa communauté. Hier, c’était d’aller déneiger son voisinage avec sa petite fille. Aujourd’hui, pour ma part, j’ai choisi de suivre ce webinaire, de cuisiner pour ma famille et d’écrire ce billet — pour vous, et pour moi. Bonne semaine. Et au plaisir de vous retrouver, dans l’amour, très bientôt. À la croisée des chemins, choisir l’amour devient un acte de courage. Un pas à la fois. Une respiration à la fois.
- Se sentir assez : quand ralentir devient un acte de courage
Depuis quelques semaines, je goûte à une nouvelle réalité professionnelle et personnelle et je m'habitue tranquillement à une nouvelle cadence qui est encore très occupée, mais qui me laisse un peu plus respirer. Je peux aller prendre des marches à (presque) tous les jours, écrire, cuisiner des repas santé et explorer. J'ai même essayé un atelier de peinture vendredi dernier ! C'est la première fois de ma vie où je m'accorde ce temps et cet espace pour retrouver la santé, créer et découvrir de nouvelles choses. Je ne vous cacherai pas que cette aspiration est ponctuée de peurs et de doutes au quotidien et que je ne trouve pas évident de naviguer tout cela. Ce que je découvre à date me surprend et me fait réfléchir grandement. Je vous partage donc cette ambiguïté dans ce texte avec l'espoir que certains d'entre vous ont déjà passé par là et auront des conseils à m'offrir ou que mes propos résonneront tout simplement avec vous. Je fais "juste"...ce mot limitant ! Au cours de la fin de semaine, je suis allée dans un marché local pour faire quelques achats des Fêtes. J’y allais surtout pour voir une connaissance professionnelle, Kathryn Basham , qui exposait ses magnifiques œuvres en céramique. Je suis devenue une grande admiratrice de son travail, dont la démarche artistique marie ses origines américaines (elle vient du Kentucky), son amour du Nouveau-Brunswick — qu’elle habite depuis plusieurs années — et l’intégration d’éléments naturels. Je m’intéresse aussi beaucoup à son parcours, puisqu’elle a vécu une importante transformation professionnelle au cours de la dernière année et explore désormais sa passion pour la création artistique avec Kentucky Brunswick Ceramics . Alors que nous discutions autour de mon achat, je lui ai partagé ceci : « Je fais juste mon MBA et j’enseigne à temps partiel. » Elle m’a arrêtée net : « N’utilise pas ce mot : juste . On a tendance à diminuer ce que l’on fait, comme si ce n’était pas assez. C’est plus que suffisant. Mon conseil : essaie d’éliminer ce mot de ton vocabulaire. » Je vous avoue que ses paroles m’ont donné les yeux larmoyants. Elle venait de toucher une corde extrêmement sensible. L’ambiguïté que je ressens prend racine précisément dans ce type de pensées : des pensées limitantes et culpabilisantes, souvent arrimées à la productivité, à la performance ou à l’estime de soi. Suis-je assez, telle que je suis? Apprendre à ralentir… même quand c’est inconfortable Un exemple tout simple : j’étais habituée de manger mon dîner tout en continuant de travailler. La seule « pause » que je m’accordais était le temps de réchauffer mon repas. Depuis quelques semaines, je dîne réellement. Je tente de m’accorder une pause plus complète — en lisant ou en écoutant une émission. Et même cela, je le trouve difficile. Après dix minutes, une petite voix s’active : Tu devrais préparer quelque chose, travailler sur ton cours, nettoyer la cuisine… faire quelque chose! Ces pensées sont constantes. Je crois qu’elles proviennent autant de facteurs intrinsèques — les traumas vécus, les modèles que j’ai connus, la valeur que je m’accorde — que de facteurs extrinsèques : une société qui glorifie la productivité, le statut professionnel, la performance, sans oublier la double charge professionnelle et familiale que portent encore majoritairement les femmes. Kathryn dirait aussi que nous sommes conditionnées, dès un jeune âge, à être humbles… et à minimiser ce que nous faisons. Puisque ce texte se veut une réflexion personnelle, je n’approfondirai pas davantage ces facteurs ici — mais ils mériteraient à eux seuls un autre billet. Apprendre à dire non… ouf, pas encore naturel Ces pensées limitantes se manifestent aussi dans ma difficulté à dire non. J’ai déjà partagé à quel point j’ai l’habitude d’être celle qu’on sollicite : pour des conseils, des références, des connexions, des services. Très peu de gens me contactent simplement pour prendre de mes nouvelles ou apprendre à mieux me connaître. Je n’ai pas besoin d’avoir beaucoup d’ami·e·s — ceux qui sont dans ma vie me comblent — mais je constate que mon rôle a longtemps été celui de la personne utile. Un rôle que j’ai endossé très jeune, et que je connais bien. Or, dire non devient essentiel pour préserver sa santé. J’avoue que cet apprentissage m’accompagnera probablement toute ma vie. Dire non, aussi, à certaines opportunités professionnelles. La Nadine « en mode survie » est encore bien présente : celle qui veut toujours un plan A, B, C, D et E. Ayant déjà vécu des moments où les options semblaient rares, ce réflexe est devenu mon modus operandi. Assez, c’est assez : apprendre à se sentir assez, vraiment J’ai aussi été surprise de voir émerger une autre petite voix : celle qui me murmure chaque jour que je devrais contribuer davantage à la maison, puisque mon mari travaille à temps plein et que mon apport financier n’est pas le même en ce moment. Pourtant, nous avons établi un partage des responsabilités qui nous convient à tous les deux. Mon programme d’études et mon cours au collège demandent chacun environ 20 heures par semaine — ce qui équivaut, concrètement, à un emploi à temps plein. Et malgré tout… ce n’est jamais « assez ». Je me réveille au même moment que mon mari — parfois même plus tôt — avec ce besoin constant d’être productive. Je lui dis souvent : « Aujourd’hui, j’ai été productive, j’ai terminé XYZ. » C’est fou, cette pulsion d’accomplir. Mon mari appuie pleinement mes aspirations et fait tout ce qu’il peut pour me permettre cet espace. Le combat est intérieur. Et c’est grâce à des personnes comme Kathryn — et à la gratitude — que j’arrive à apaiser ces voix et à accueillir pleinement les moments de présence, de créativité et de bien-être. Ce que la société valorise… et ce que je choisis d’honorer Ce sentiment de « ne pas en faire assez » refait aussi surface lorsque j’observe les réactions autour de moi. On valorise encore beaucoup plus la productivité et le statut professionnel que le savoir-être ou le bien-être. Peu de gens s’intéressent réellement à mon programme d’études, pourtant novateur et unique. On me demande surtout avec quelle université je fais mon MBA. Plusieurs croient que j’enseigne à temps plein, alors que ce n’est qu’un mandat temporaire pour soutenir mes études. Un commentaire récent — « bon succès avec l’enseignement et tout ça » — m’a fait sourire. Il illustre à quel point mes choix sont parfois mal compris. Peut-être ai-je mal expliqué. Mais si je dois justifier, n’est-ce pas révélateur de ce que nous valorisons collectivement? Je remercie sincèrement les ami·e·s et membres de ma famille qui s’intéressent à ce que j’apprends, à ce que je pense, à comment je me sens. Merci aussi à celles et ceux qui m’encouragent à ralentir. Quelqu’un me remerciait aujourd’hui pour mes photos partagées sur les réseaux sociaux — un geste qui m’a touchée, alors que je découvre une nouvelle passion pour la photographie. Je suis loin d’être photographe, mais ma fibre artistique trouve doucement sa voie… à condition de lui laisser l’espace de respirer. Malgré ces ambivalences, je reviens toujours à cette intention : m’accorder du temps et de l’espace pour explorer, respirer et me ressourcer. Kathryn m’a confié que cette lutte est encore bien présente pour elle aussi — mais que ça devient plus doux avec le temps. Je me raccroche à cette idée. Et en attendant, je choisis la créativité, la présence et la gratitude. Au plaisir de lire vos réflexions, vos expériences… et vos conseils. Image de Shutterstock; choisie pour Kathryn qui incorpore des feuilles dans ses oeuvres en céramique.
- La maison écologique qui fait rêver aux possibilités
Je suis allée visiter hier après-midi, en compagnie de mon père, la maison organique — dotée de tous les conforts modernes — de Jacques Giguère et de sa conjointe, Monique Niles, située dans la magnifique vallée de Memramcook. Cette maison, qu’ils appellent leur maison organique d’inspiration Earthship , ou encore maison écoresponsable, m’a profondément inspirée. À tel point que je me retrouve aujourd’hui à vous en parler ici, sur mon blogue. Ce qui m’a interpellée le plus — au-delà de l’empreinte carbone réduite, de l’autosuffisance et de la beauté qui émane de cette simplicité naturelle — ce sont les possibilités qu’une maison écologique et durable représente pour notre société : développement durable, économie circulaire, création d’emplois, éducation, transfert de connaissances… et j’en passe. Sans oublier, bien sûr, les effets bénéfiques sur l’environnement. L’expertise cherchée au Nouveau-Mexique Ce que Jacques et Monique ont créé a demandé un engagement remarquable. Jacques me racontait qu’ils ont consacré toutes leurs fins de semaine et leurs vacances, pendant un an et demi, à la construction de leur maison. Ils sont même allés passer un mois au Nouveau-Mexique pour travailler à la construction d’une maison de ce type, afin d’en apprendre les fondements directement à la source. Cela ne m’a pas surprise : une recherche rapide démontre clairement que l’expertise en construction écologique et responsable y est très développée. Le documentaire Home d’Apple TV, qui présente certaines des maisons les plus novatrices au monde, en fait d’ailleurs mention. Pour celles et ceux qui se demandent ce qu’est une maison organique d’inspiration Earthship, il s’agit « d’un type de maison solaire construite à partir de matériaux naturels et recyclés — pneus, canettes, bouteilles — pouvant être adaptée à tous les climats et offrant autonomie énergétique, gestion de l’eau en circuit fermé et production alimentaire durable » (Earthship Biotecture, 2024). Une maison organique utilise les phénomènes naturels gratuits — gravité, énergie solaire, masse thermique, convection — et s’intègre toujours harmonieusement à son environnement. L'expertise cherchée au Nouveau-Mexique Ce que Jacques et Monique ont créé a demandé un engagement remarquable. Jacques me racontait qu’ils ont consacré toutes leurs fins de semaine et leurs vacances, pendant un an et demi, à la construction de leur maison. Ils sont même allés passer un mois au Nouveau-Mexique pour travailler à la construction d’une maison de ce type, afin d’en apprendre les fondements directement à la source. Cela ne m’a pas surprise : une recherche rapide démontre clairement que l’expertise en construction écologique et responsable y est très développée. Le documentaire Home d’Apple TV, qui présente certaines des maisons les plus novatrices au monde, en fait d’ailleurs mention. Pour celles et ceux qui se demandent ce qu’est une maison organique d’inspiration Earthship, il s’agit « d’un type de maison solaire construite à partir de matériaux naturels et recyclés — pneus, canettes, bouteilles — pouvant être adaptée à tous les climats et offrant autonomie énergétique, gestion de l’eau en circuit fermé et production alimentaire durable » (Earthship Biotecture, 2024). Une maison organique utilise les phénomènes naturels gratuits — gravité, énergie solaire, masse thermique, convection — et s’intègre toujours harmonieusement à son environnement. Les matériaux et l’énergie Jacques et Monique ont installé neuf panneaux solaires de 380 W chacun, couvrant 100 % des besoins en électricité de la maison. Ils ne sont donc pas raccordés au réseau d’Énergie NB. Les matériaux utilisés proviennent en grande partie de la récupération : pneus, canettes, bouteilles, mais aussi béton, bois et divers matériaux réutilisés. Les palettes de transport, par exemple, ont servi à fabriquer les lits et certains meubles de rangement. La couche de pneus remplis de terre entourant la maison agit comme une barrière thermique impressionnante, régulant naturellement la température selon les saisons. Les panneaux solaires suffisent à l’alimentation énergétique, avec un poêle à bois et une génératrice en soutien au besoin — cette dernière n’ayant été utilisée qu’une seule fois en trois ans. Le poêle à bois requiert environ une corde et demie par année, et la consommation de propane est limitée à 250 litres annuellement pour la cuisinière et l’eau chaude. L’eau, la lumière… et l’art La récupération de l’eau de pluie, à partir de la toiture et du système de gouttières, est tout aussi impressionnante. Monique expliquait qu’un seul millimètre de pluie génère environ 250 litres d’eau. D’ailleurs, leurs réservoirs étant déjà bien remplis, ils ont dû fermer temporairement le système de collecte. Dès l’entrée dans le garage, on ressent une chaleur enveloppante — au point où nous avons dû enlever nos manteaux. Monique, animée par une fibre artistique évidente, a créé de superbes faux vitraux peints pour enjoliver les portes des salles de bain et préserver l’intimité. Autre clin d’œil inspirant : on peut circuler dans la maison soit par l’intérieur, soit par la serre — un détail qui m’a rappelé la maison où j’habitais au Costa Rica. La serre : mon coup de cœur Dès l’entrée, on aperçoit la serre qui longe la maison. J’avais déjà entendu parler de ce concept de faire pousser arbres fruitiers et légumes à l’intérieur de l’habitation, notamment à travers des documentaires et des lectures (Stewart, 2022 ; Pardes, 2015). En Suède, plusieurs maisons écologiques intègrent d’ailleurs des espaces de culture intérieure. Chez Jacques et Monique, une bande de sol longe la paroi orientée sud-est, permettant la culture de plantes et d’arbres. Ils ont même planté un bananier et un avocatier, d’une taille impressionnante. J’y ai vu des concombres, des courges, de magnifiques fleurs et des choux frisés géants pousser directement dans le sol du garage. Ces jardinières intérieures complètent le jardin d’été extérieur. Imaginez cueillir vos légumes sans sortir dehors, ou simplement profiter de l’énergie, de l’oxygène et de la lumière naturelle qu’offrent ces plantes. C’est un véritable petit paradis. La lumière qui baigne la serre et la maison, grâce aux fenêtres surdimensionnées, est tout simplement phénoménale. Elle donne envie de s’y installer avec un bon livre… et d’y rester longtemps. Les possibilités qu'offre une maison écologique Au-delà des économies énergétiques et financières, la construction de maisons hors réseau comme celle-ci ouvre de vastes possibilités sur le plan sociétal. Ces avenues demandent toutefois une réelle ouverture d’esprit, de la vision et un engagement à long terme. Elles pourraient aussi contribuer à répondre à des enjeux bien actuels, dont la crise du logement. Imaginez des quartiers verts, composés de maisons organiques non entassées, laissant place à la mobilité et à la culture de jardins. J’ai pensé au modèle des communautés de petites maisons ( 12 Neighbours ) de Fredericton et à ce qu’un mouvement semblable pourrait devenir. Ce que j’apprécie profondément ici, c’est que Jacques et Monique ont bâti leur maison eux-mêmes, avec l’appui de spécialistes — à chacun son expertise . Cela ouvre la porte à un immense potentiel de transfert de connaissances : formations, apprentissages pratiques, expériences immersives, comme celle qu’ils ont vécue au Nouveau-Mexique. J’imagine très bien un mouvement Maisons organiques NB , presque à la croisée de la formation et de l’écotourisme. Je salue d’ailleurs la générosité de Jacques et Monique, qui partagent ouvertement leur savoir. Imaginez aussi si nos entrepreneur·e·s en construction développaient cette spécialité. Bien que cela puisse bousculer l’industrie et sa chaîne d’approvisionnement, ce modèle pourrait coexister avec les pratiques actuelles, tout en répondant à certains enjeux : récupération de matériaux en fin de vie, réutilisation et réduction des déchets. Imaginez enfin des parcours éducatifs en écoresponsabilité et en construction durable, dès le secondaire et au postsecondaire — voire plus tôt. Apprendre à bâtir avec des matériaux récupérés, à cultiver la terre, à comprendre les systèmes naturels. Ces apprentissages s’arrimeraient naturellement avec les initiatives scolaires existantes en jardinage et en agriculture, et pourraient contribuer à revitaliser notre industrie agricole locale. Ces communautés écoresponsables pourraient aussi devenir des lieux d’accompagnement et de guérison. Je pense notamment aux personnes en situation d’itinérance ou vivant avec des enjeux de santé ou de dépendance. Inspirée des approches holistiques de la médecine autochtone, une telle vision miserait sur la connexion à la nature, à la communauté et au partage, afin de favoriser un sentiment d’appartenance durable. Enfin, imaginez des programmes énergétiques structurants pour encourager l’adoption de sources durables, comme les panneaux solaires ou les véhicules électriques. Mon expérience personnelle durant la pandémie m’a révélé à quel point le manque d’information et d’incitatifs peut freiner la transition, même lorsque les infrastructures existent déjà. Cela souligne l’importance de systèmes cohérents et accessibles pour soutenir les citoyen·ne·s dans leurs choix. Ces réflexions n’enlèvent rien aux solutions actuelles ni au travail essentiel des organismes et des collectivités. Elles invitent simplement à regarder plus loin. En innovation, on parle souvent d’écouter les signaux faibles — ces indices annonciateurs de transformations profondes. À mon avis, nous en avons reçu plusieurs ces dernières années. Il nous appartient maintenant de les entendre et d’y répondre avec vision, courage, engagement… et patience. Bibliographie: 12 Neighbours. La communauté de petites maisons à Fredericton. CATIE. Les traditions de guérison des Autochtones nord-américains et le VIH. Source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C. Earthship Biotecture. (2024). Présentation et principes des maisons Earthship. Pardes, A. (2015). Sustainable Architecture: Eco-Friendly Homes in Sweden. Architectural Digest. Stewart, J. (2022). Live Off Grid Surrounded by Sweden’s Nature in the A-Frame Villa. My Modern Met.
- Faire face à la honte
Note de l’autrice : ce texte est écrit avec la permission de ma mère. Depuis quelques mois, je remarque que plus on redouble d’efforts dans notre activisme ou au sein de nos organisations, plus on se retrouve dans l’œil du public — et, par conséquent, plus vulnérables à toutes sortes d’attaques personnelles. C’est comme si nous devenions une proie plus facile, et qu’il devenait soudainement acceptable de nous contacter n’importe quand, n’importe comment, y compris par l’entremise de notre employeur. Des choses qu’on nous a reprochées dans le passé refont surface — parfois des années plus tard — parce que quelqu’un saisit enfin l’occasion de nous trouver et de nous les dire. Il semble même permis, aujourd’hui, de recevoir des messages privés sur les réseaux sociaux (de personnes qui ne font pourtant pas partie de notre cercle) remplis de propos méchants, alors même que l’on anime une activité ou que l’on est en représentation publique. J’essaie de composer avec ces situations, et je vous avoue que ce n’est pas simple. Elles me font vivre une foule d’émotions : de l’angoisse, des remises en question, un profond inconfort. Je me débats constamment avec ce réflexe humain bien connu — fight, flight ou freeze — car lorsqu’on est touché émotionnellement, l’instinct premier est de se protéger. J’apprends, en ce moment, à faire face à la honte. Comme tout le monde, j’ai un passé : des passages dont je suis fière, et d’autres beaucoup moins. Ce passé fait pourtant partie intégrante de la personne que je suis aujourd’hui. Je suis donc en processus de lutter contre mes instincts, afin de continuer à grandir au cœur de la tourmente que je traverse depuis quelque temps. Comme je suis loin d’être la première personne à vivre cela — et certainement pas la dernière — j’ai choisi de partager ce texte. Pour témoigner. Pour normaliser. Et surtout, pour encourager d’autres personnes à développer leur résilience face à la honte, qu’elles soient dans l’œil du public… ou non. La honte chez les survivant·e·s de violence Les survivantes et survivants de violence et d’abus connaissent trop bien la honte — et la culpabilité qui l’accompagne. Les prédateur·rice·s sont d’habiles manipulateur·rice·s. Ils savent comment ébranler leurs victimes sur tous les plans : mental, émotionnel, physique et financier. Très tôt, ils déplacent la honte vers la victime, alors qu’en réalité, elle devrait les suivre eux pour leurs gestes immondes. Si, comme moi, vous êtes survivant·e de violence sexuelle, psychologique ou financière, la honte vous a probablement accompagnée longtemps. Elle devient alors un puissant déclencheur lors d’événements ou de situations déplaisantes à l’âge adulte. Et si vous avez grandi auprès d’un parent ayant lui-même vécu de la violence — quelle qu’en soit la forme — vous avez peut-être aussi hérité d’une partie de cette honte, bien malgré lui. Est-il étonnant, dès lors, que cette sensation nous fasse paniquer, vouloir disparaître, nous cacher sous une roche… ou sous les couvertures du lit, dès que nous sommes attaqué·e·s? Une honte transmise, souvent sans mots Ma mère a vécu de la violence conjugale — mentale, sexuelle, physique et financière — pendant plus de quinze ans avec mon père biologique. Je savais que la situation était difficile, même si je n’en ai pas de souvenirs clairs. Ce n’est que récemment que j’ai compris à quel point c’était pire. Ayant elle-même subi des agressions sexuelles durant son enfance, ma mère avait normalisé la violence très tôt. Enfant, je ne comprenais pas cette honte qui semblait l’accompagner en permanence. Aujourd’hui, des souvenirs remontent. Je me rappelle à quel point elle se préoccupait du regard de mes ami·e·s lorsqu’ils venaient chez nous. Elle comparait sans cesse notre maison à la leur. À force de l’entendre, j’ai fini par ne plus vouloir inviter personne… et par ressentir, moi aussi, de la honte — une honte qui n’existait pourtant pas au départ. Mon père biologique, alcoolique et bootlegger bien connu, a aussi été une source de honte pour moi. Enfant, je ne savais pas mettre de mots sur ce malaise profond ressenti lorsque je voyais des hommes ivres et des bouteilles partout. Je sais aujourd’hui que c’était de la honte. Très jeune, j’ai aussi ressenti le regard et le questionnement des autres. Certaines mères me demandaient pourquoi ma mère était divorcée, puis remariée. D’autres me disaient : « Tu es la fille à X, toi, hein? » Et les réactions non verbales qui suivaient parlaient d’elles-mêmes. Je ne comprenais pas tout, mais je ressentais vivement le jugement. Pour survivre, je me suis tournée vers les sports, les activités parascolaires et l’engagement communautaire. Je suis devenue une surperformante, cherchant à compenser ce que je percevais comme de grandes failles. Développer sa résilience face à la honte La honte, ça se ressent dans le corps. Certains la sentent dans la gorge ou le visage, comme une chaleur brûlante. D’autres dans le ventre. Pour ma part, elle se loge surtout dans la poitrine et l’abdomen, avec cette sensation que le sang se fige. Par moments, je n’entends presque plus ce que les gens me disent. Si je décris ces sensations, c’est parce qu’on n’apprend pas, collectivement, à reconnaître la honte — encore moins à l’affronter. Bien souvent, on nous enseigne plutôt à la refouler, à l’enfouir, à nous taire. Or, le silence amplifie la honte et l’ancre profondément en nous, comme un parasite. J’ai appris que l’un des meilleurs antidotes à la honte est le partage , accompagné de compassion. Mettre des mots. Être entendu·e. Ce n’est pas facile, mais c’est libérateur. Changer le regard sur son propre passé Récemment, ma coach m’a guidée à travers un exercice marquant, lié à un événement de mon passé encore chargé émotionnellement. Nous avons donné un nom neutre à l’incident et l’avons placé au centre d’un espace symbolique. Autour, j’explorais différentes postures possibles : je me pardonne , je me protège , je m’en fous . La posture je m’en fous était pratiquement impossible à incarner. Je me pardonne était encore plus difficile. Les voix intérieures — j’aurais dû , j’aurais pu — criaient fort. Alors, ma coach m’a invitée à faire autre chose : laisser la Nadine d’aujourd’hui rencontrer la Nadine du passé… et lui offrir sa compassion. Je me suis imaginée marcher avec elle, sa tête sur mon épaule, pleurant en silence, pendant que je l’entourais d’un bras. Cette image m’accompagne encore. Je sais que nous aurons besoin de plusieurs marches ensemble. Je ne peux pas changer le passé, mais je peux changer le regard que je pose sur lui — et alléger le fardeau émotionnel qui y est attaché. Refuser le silence En ce moment, je travaille activement à développer ma résilience face à la honte. J’ouvre ici une parenthèse importante : plus tôt cette semaine, mon mari et moi avons accepté de devenir ambassadeurs de la Course des femmes 2021 du Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour, et de partager publiquement mon vécu lors du lancement. Je ne saurais décrire les pensées qui m’habitaient assise dans la salle, ni à quel point j’ai failli perdre pied au podium. Le lendemain, je me sentais exposée, vulnérable — surtout en voyant les articles paraître. Une partie de moi est fière d’avoir posé ce geste, pour toutes les victimes d’abus, sous toutes leurs formes. Mais je serais malhonnête si je ne reconnaissais pas qu’un soupçon de regret m’a aussi traversée. Comme quoi on avance… on recule parfois… puis on avance encore. Aujourd’hui, le silence me pue au nez. Je ne suis plus capable de rester dans le statu quo. Et c’est précisément cette incapacité à me taire qui fait que, malgré l’inconfort et les émotions, je vais continuer à avancer, à parler, à partager. Derrière les mains qui cachent, il y a une histoire qui mérite d’être entendue.
- Vivre avec l’anxiété : mon expérience et ce que j’ai appris en chemin
Je constate depuis quelques années les efforts de sensibilisation déployés par les professionnels de la santé - bonjour Manon Porelle!- pour démystifier l'anxiété et en parler plus ouvertement. Il semble d’ailleurs que l’anxiété soit devenue le mal du siècle (voir le 3e point dans les statistiques plus bas). Nous pouvons aussi remercier les campagnes annuelles Parler pour la cause de Bell, qui ont grandement contribué à cette prise de conscience collective. Je me rappelle particulièrement d'une publicité télévisée mettant en scène des enfants dans un corridor, parlant d’une camarade de classe aux prises avec des problèmes de santé mentale. On les voit répéter le même message trois fois, la traitant de « folle », jusqu’à ce qu’une des fillettes intervienne et dise : « Elle n’est pas folle, elle est malade. On devrait aller lui dire bonjour. » Une phrase simple, mais puissante. L’une des cinq façons d’enrayer la stigmatisation : changer le langage utilisé . Enfin, les personnes vivant avec des troubles mentaux s’ouvrent un peu plus facilement et partagent leurs expériences — souvent via les médias sociaux — ce qui contribue à ouvrir le dialogue. (Tiens, voilà d’ailleurs un autre bon sujet d’écriture : comment ouvrir le dialogue… ) Quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes J’ai fait une recherche rapide — non scientifique — pour me remettre à jour sur le sujet. Voici quelques statistiques qui m’ont frappée : Chaque semaine, plus de 500 000 Canadiens s’absentent du travail en raison de leur santé mentale, selon la Commission de la santé mentale du Canada ( Parler pour la cause de Bell ). Près d’une personne sur cinq souffrira d’une maladie mentale au cours de sa vie (Institut universitaire en santé mentale de Montréal). Les troubles mentaux représentent plus de 20 % de la charge de morbidité de notre société, se situant au 2e rang, juste derrière les maladies cardiovasculaires (23 %) et devant les cancers (11 %). Ouf. Ces statistiques démontrent à quel point il s’agit d’un enjeu majeur. À tel point que j’ai décidé, à mon tour, de contribuer à briser la stigmatisation en vous partageant mon expérience personnelle avec l’anxiété. J’espère d’ailleurs pouvoir, dans un autre texte, aborder la perspective des personnes qui entourent quelqu’un vivant avec l’anxiété — parce qu’on n’en parle pas assez. Vivre avec l’anxiété : mon point de départ Revenons en arrière en 2008. Je vivais alors ma séparation avec le père de ma fille. Nous étions en plein mois de janvier. Ma fille avait 11 mois, mon fils 7 ans. Je venais de commencer un emploi à temps plein — besoins financiers obligent — après un passage en entrepreneuriat, quittant ainsi ma routine de semi-congé de maternité, tout en jonglant avec mon institut de langues. Pour couronner le tout, l’hiver était particulièrement rude. La neige ne cessait de tomber. Dieu merci pour mes bons voisins, qui sont venus déneiger ma cour à plusieurs reprises. Vivant de paie en paie, je garde encore des souvenirs amers de cette période : le manque de bois de chauffage, le réservoir d’huile rempli par tranches de 300 $ — tout ce que je pouvais me permettre — pour me retrouver à court moins de deux semaines plus tard. (Gros soupir.) Bien sûr, la séparation n’est pas arrivée par surprise. Rien n’allait plus depuis longtemps. Mais la vivre dans ces conditions a été profondément traumatisante. Les émotions étaient si intenses que, malgré toutes les larmes versées, elles continuaient de s’exprimer sous forme de cauchemars et d’épisodes de dépression profonde. L’anxiété s’est d’abord manifestée par une sensation de paralysie — je ne sentais plus mes jambes. Plus j’essayais de me calmer, plus la panique augmentait. Les hyperventilations ont suivi. Retrouver mon souffle devenait un combat. Je me suis retrouvée à plusieurs reprises à l’urgence, convaincue que je faisais une crise cardiaque et persuadée que j’étais en train de mourir. On m’a prescrit des médicaments contre l’anxiété. Je me souviens avoir pris une seule pilule au coucher, un soir, et d’avoir ressenti des sensations si étranges que je me suis effrayée moi-même. Apprendre à comprendre… et à apaiser C’est finalement mon médecin de famille de jeunesse, lors d’un séjour chez mes parents, qui m’a prescrit des antidépresseurs afin de rééquilibrer mes neurotransmetteurs. Accepter cette médication m’a demandé énormément d’humilité. J’y voyais un échec. D’autres facteurs ont contribué à ce sentiment — peut-être pour un autre texte — mais disons que le contexte amplifiait tout. Les antidépresseurs ont fait partie de ma vie pendant quelques mois. Ils m’ont aidée à apaiser le bruit constant dans ma tête et à retrouver le sommeil. (Quand on ne dort pas, on ne récupère pas.) Peu à peu, j’ai trouvé une psychologue extraordinaire (merci Krista!) qui m’a outillée et aidée à me reconstruire. J’étais complètement démolie émotionnellement. Malgré tout, l’anxiété continuait de refaire surface, de façon ponctuelle, dans certains moments de stress. Les jambes engourdies, la sensation de paralysie, l’hyperventilation… Je devais parfois sortir à l’extérieur, respirer dans un sac ou marcher rapidement pour reprendre une respiration normale. Puis, en 2015, j’ai vécu un tournant majeur. Un psychologue (merci Jean-Luc Williams) m’a expliqué l’anxiété avec une telle simplicité que j’ai enfin compris — intellectuellement, émotionnellement et même spirituellement — ce qui se passait en moi. En résumé, voici comment je l’ai compris : L’anxiété est une réaction chimique apprise face à une perception de danger. Depuis des millénaires, l’être humain fonctionne selon le mode fight or flight . Homme devant ours : l’homme choisit de tuer l’ours ou de s’enfuir. (Les mots de Jean-Luc — ce qui m’a bien fait rire.) Dans mon cas, j’avais adopté le mode freeze . Mon cerveau avait appris à activer ces réactions — jambes paralysées, souffle coupé — lorsqu’il percevait des émotions semblables à celles vécues en 2008. La bonne nouvelle? On peut reprogrammer son cerveau. Nos pensées deviennent nos émotions. Nos émotions deviennent nos comportements. Et nos comportements influencent notre humeur. Ce fut un immense déclic. J’ai appris à dialoguer avec mon cerveau, à l’apaiser consciemment lorsque les symptômes apparaissaient. Je lui répétais : « Il n’y a pas de danger en ce moment. C’est correct. Ce n’est pas la réaction que je souhaite. » Au début, je devais me le répéter dix, vingt fois… peut-être plus. Mais avec le temps, le message s’est intégré, et l’apaisement est venu plus rapidement. Apprendre à écouter ses voix intérieures Je suis bien consciente que cette approche ne convient pas à tout le monde. Mais elle a fonctionné pour moi. Elle m’a aussi permis de prendre conscience de mes monologues intérieurs — et de la façon dont mes pensées influençaient directement mon état. Je me rendais compte que, dans certaines situations, je m’enfonçais moi-même en me rabaissant, en me jugeant durement. (La Nadine qui tape fort, elle ne fait pas dans la demi-mesure, laissez-moi vous dire!) Nous avons tous des voix intérieures. Lorsqu’on apprend à les identifier, c’est extrêmement révélateur. Même celles qui semblent nous nuire jouent, au fond, un rôle de protection. Bref… un sujet passionnant pour un autre billet — peut-être avec la collaboration de ma coach Isabelle. Ne pas souffrir en silence Si vous vivez avec l’anxiété, l’essentiel est de ne pas souffrir en silence et d’aller chercher de l’aide. Voici quelques ressources utiles issues de ma recherche : Parler pour la cause de Bell : trousse d’outils Mouvement Santé mentale Québec : boîte à outils eSantéMentale.ca : ressources au Nouveau-Brunswick Mouvement du Mieux-être du NB : santé mentale positive chez les jeunes Manon Porelle , psychologue – capsules vidéo Martin Latulippe , conférencier – chronique Si ce texte peut contribuer, ne serait-ce qu’un peu, à normaliser l’anxiété et à ouvrir le dialogue, alors il aura rempli sa mission. L’anxiété, c’est ce bruit intérieur qui persiste même quand tout semble calme à l’extérieur.
- Insuffler le changement, une seconde à la fois
Il y a quelques jours, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec mon ami Charles Gervais, autour d’un café, pour échanger sur ce qui était nouveau dans nos vies. Étant tous les deux animés par des valeurs profondément ancrées dans l’humanité et la justice sociale — et partageant une vision du monde similaire — nos conversations nous amènent inévitablement à aborder des enjeux sociétaux complexes. Au cœur de notre discussion se trouvaient la gestion du changement et la pensée visionnaire. Selon Charles, le changement s’opère au compte-gouttes… voire, une seconde à la fois . Cette perspective m’a profondément interpellée et a nourri ma réflexion au cours des jours suivants. Je dois même dire qu’elle m’a réénergisée et m’a aidée à me réconcilier avec ce sentiment d’impuissance que je ressens parfois — et que plusieurs ressentent — lorsque je regarde ce qui se passe dans ma communauté, ma province, mon pays et dans le monde. Ressentez-vous, vous aussi, cette impression d’impuissance? Ce découragement, cette "écœurantite", ce désengagement — volontaire ou non — parce que suivre les multiples conflits mondiaux, les enjeux socioéconomiques, en plus de tous les défis personnels et professionnels du quotidien, devient parfois trop lourd? Je vous propose que l’on prenne un moment ensemble pour faire un pas en arrière, afin de mieux comprendre cet état d’être — possiblement collectif — avant de revenir à la notion de changement. Quand le monde devient lourd Commençons par reconnaître que, au cours des trois dernières années, nous avons vécu une série d’événements qui ont profondément bouleversé notre sentiment de sécurité, notre santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle, ainsi que notre bien-être, tant individuel que collectif. Ces événements ont également mis à l’épreuve — voire fragilisé — la cohésion sociale de nos communautés (Institut national de santé publique du Québec, 2020). Pensons à la pandémie de COVID-19, au meurtre de George Floyd (qui n’était malheureusement pas un cas isolé de violence policière envers des personnes racialisées — mais ce sera une réflexion pour un autre jour), aux feux de forêt dans plusieurs régions du monde, aux ouragans, aux conflits armés comme ceux entre la Russie et l’Ukraine, puis entre Israël et la Palestine, à la montée de la haine et de la mésinformation, à l’infodémie, ainsi qu’aux tueries de masse dans certaines communautés — pour n’en nommer que quelques-uns. Parallèlement, nous assistons à des avancées technologiques à la fois grandioses et prometteuses, mais aussi perturbatrices et inquiétantes (allô l’intelligence artificielle, les réseaux 5G et les engins spatiaux qui gravitent autour de la Terre). Nous observons des bouleversements dans toutes les sphères de la société, dont les effets se font sentir à plusieurs niveaux — et pour longtemps. Un traumatisme collectif encore présent Je ne suis pas sociologue, mais il est facile de trouver de nombreux travaux d’experts qui qualifient la pandémie de COVID-19 de traumatisme collectif (American Psychological Association, 2023; Loma Linda University Health, 2021), ou qui documentent les symptômes post-traumatiques observés (Sun & Zhou, 2023). Il demeure toutefois évident que les individus et les communautés — particulièrement celles marginalisées et racialisées — n’ont pas vécu ces événements de la même façon. Malgré notre capacité remarquable, comme êtres humains, à traverser l’adversité et à faire preuve de résilience, il est possible que nous soyons aujourd’hui un peu essoufflés. Beaucoup s’est produit en peu de temps, et la cadence des changements et des crises ne semble pas vouloir ralentir. Entre désir de changement et fatigue Pour revenir au changement, je dirais que je suis comme bien des gens : à la fois routinière et adepte du changement. J’aime rêver de transformations, mais je ne trouve pas toujours facile d’ajuster mes comportements et mes attitudes pour les voir se concrétiser (par exemple, me concentrer sur mes études plutôt que d’écrire ce texte…). À cela s’ajoute le fait de subir des changements imposés par des événements perturbateurs, ainsi que le découragement ressenti lorsque je me suis heurtée à des systèmes rigides ou lorsque j’avais l’impression que les avancées se faisaient à pas de tortue. Tout cela a contribué à un certain épuisement. Je ne vous cacherai pas que je me suis parfois sentie dépassée, voire un peu perdue. Insuffler le changement, même quand on est fatigué.e Il existe une différence importante entre subir un changement et participer activement à un changement que l’on souhaite voir émerger — un changement porté par un projet rassembleur, ou encore ancré dans le principe du par et pour , où les personnes directement concernées sont au cœur de la prise de décision. Changer des systèmes profondément ancrés dans des modèles désuets, inadéquats et inéquitables — souvent gérés par des personnes qui ne renouvellent ni leurs connaissances ni leurs perspectives — est un travail de longue haleine. Nous sommes dans un marathon, pas un sprint. Et oui, cela peut être décourageant. C’est pourquoi les propos de Charles m’ont tant marquée. J’avais oublié qu’il est possible d’insuffler le changement en microbouchées — une seconde à la fois — chacun.e à notre façon. Les petits gestes qui comptent Depuis cette discussion, je me concentre davantage sur les actions concrètes que je peux poser au quotidien, celles qui me font du bien et qui sont alignées avec mes valeurs : aider une personne, faire preuve de franchise et de transparence, soutenir bénévolement ou financièrement des causes qui me tiennent à cœur, transmettre mes connaissances, partager mon expérience. Il est important de ne pas tomber dans le piège de croire que l’on ne peut insuffler le changement qu’en faisant partie d’un grand système ou d’une « machine ». Quand une vision suffit Plusieurs projets que j’ai initiés ou co-construits avec les personnes concernées sont nés d’une vision claire — et de très peu de ressources au départ. Pensons notamment au réseau pour jeunes entrepreneurs et professionnels ( MYPIE ), au réseau pour femmes en affaires et professionnelles de Miramichi ( Women of Miramichi Empowerment Network ), lancé en 2008-2009, ou encore au club Rotary Resurgo, devenu aujourd’hui un club passeport pour toute la région atlantique . Ces initiatives ont émergé presque de rien, sinon d’une vision rassembleuse répondant à un besoin réel dans la communauté. Lire les signaux du changement Le changement peut s’opérer lentement, mais il finit par s’opérer. S’il y a bien une constante dans la vie, c’est celle-là. Parfois, on a l’impression de régresser — mais tout est question de point de vue. En innovation, on parle de signaux faibles ( weak signals ) : ces premiers indicateurs annonçant un changement ou une tendance émergente qui gagnera éventuellement en traction. Ce fut le cas avec l’arrivée d’Internet, des téléphones intelligents et, plus récemment, de l’intelligence artificielle. Le futuriste Mikko Dufva souligne que « cela peut prendre entre cinq et dix ans avant qu’un signal faible devienne un véritable phénomène » (Räty, 2020). Une seconde à la fois Je conclurai en rappelant que certains changements systémiques prennent du temps — parfois des décennies, voire des générations — tandis que d’autres surviennent et bouleversent tout en un clin d’œil, comme les crises sanitaires, les actes de violence de masse ou les catastrophes climatiques. Peu importe le type de changement que vous souhaitez voir émerger, je vous invite à garder en tête cette phrase partagée par mon ami Charles : le changement s’opère une seconde à la fois . L’important est d’y croire et de passer à l’action, quelle qu’elle soit. Lorsque l’ampleur des défis ou des obstacles vous découragera, revenez aux petits gestes posés. Décortiquez le temps en secondes… et vous réaliserez tout ce que vous avez déjà accompli pour insuffler le changement , en si peu de temps. Bonne continuité — et merci pour votre engagement, votre travail et vos efforts. Les grands changements commencent souvent par de petits gestes, répétés une seconde à la fois. Bibliographie American Psychological Association. (2023). Stress in America™ 2023: A nation grappling with psychological impacts of collective trauma . Résultats du sondage Stress in America™ 2023 . Site web de l’American Psychological Association. Institut national de santé publique du Québec. (2020). COVID-19 : La résilience et la cohésion sociale des communautés pour favoriser la santé mentale et le bien-être . Gouvernement du Québec. Site web de l’INSPQ. Räty, P. (2020). Weak signals bring messages from the future . Aalto University Magazine , no 27, octobre 2020. Ringer, J. (2021). Understanding the long-term collective trauma from COVID-19 . Loma Linda University Health – News . Sun, R., & Zhou, X. (2023). Differences in posttraumatic stress disorder networks between young adults and adolescents during the COVID-19 pandemic . Psychological Trauma: Theory, Research, Practice, and Policy , 15(Suppl. 1), S29–S36.
- Débordé.e? Et si la solution était...d’ajouter quelque chose?
Ces jours-ci, il est plus difficile que jamais de ne pas se sentir dépassé.e. Même si l’on fait de son mieux pour se couper des nouvelles ou limiter le temps d’écran, nous continuons de naviguer à travers des changements sans précédent, à un rythme que nous n’avions jamais connu auparavant — tout en jonglant avec la famille, le travail et nos intérêts personnels. C’est beaucoup. Récemment, je suis tombée sur une vidéo de Mel Robbins (que j’ai commencé à suivre après avoir lu son livre The Let Them Theory — que je recommande fortement, soit dit en passant). Il s’agissait d’un court extrait d’un épisode de son balado, mais ses mots m’ont arrêtée net. Elle a dit : « Si tu te sens dépassé.e, je vais te partager quelque chose qui peut sembler complètement contre-intuitif — mais fais-moi confiance, c’est un vrai changement de perspective : il est temps d’AJOUTER quelque chose dans ta vie. » Oui, tu as bien lu. Pas retirer quelque chose, mais ajouter quelque chose. Quelque chose qui remplit ta tasse, qui te procure de la joie. J’ai laissé ces mots résonner un moment. Puis j’ai commencé à regarder ma propre vie. Et j’ai réalisé qu’il me manquait quelque chose qui me nourrissait profondément : l’écriture. Il n’y a pas si longtemps, une amie m’a demandé, autour d’un café, où j’en étais dans mon écriture. Elle avait remarqué que ce blogue était plutôt silencieux ces derniers mois. Je lui ai confié que je me sentais un peu en manque d'élan créatif, un peu perdue dans mon processus — sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi. Elle m’a partagé son propre parcours pour se reconnecter à sa voix, à son processus d’écriture, et m’a invitée à creuser plus profondément pour découvrir ce que je voulais vraiment dire. Ce soir-là, une petite graine s’est plantée quelque part dans mon être créatif — mais je ne me sentais toujours pas prête à relancer le processus. Jusqu’à ce que j’entende cette vidéo de Mel. L’idée d’ ajouter quelque chose — quelque chose qui éveille la joie — a été le doux coup de pouce qu’il me fallait. Je me suis alors demandé ce qui m’animait vraiment ces temps-ci. Et en haut de la liste : notre projet de construction d’une petite maison écologique. En réfléchissant au parcours jusqu’à maintenant — les frustrations, les petites victoires, les conseils reçus — j’ai réalisé que je pouvais utiliser mes compétences en écriture pour documenter cette aventure et la partager avec d’autres. Au cours de la dernière semaine, j’ai plongé dans la création du blogue EcoLuma . J’ai donné vie au site web, lancé les comptes sur les réseaux sociaux et commencé à préparer du contenu. Mes matinées débutaient avec un café et un clavier, et mes soirées se terminaient de la même façon. Mon énergie créative coulait librement. J’avais l’impression que mes doigts ne tapaient pas assez vite pour suivre tout ce que je voulais exprimer. Et tu sais quoi? Mel Robbins avait raison. En ajoutant ce projet passion à ma vie, j’ai réinvité la créativité, la joie et le plaisir. Oui, c’est du travail — mais du travail qui nourrit, qui élève, qui fait du bien. Alors si toi aussi tu te sens dépassé.e — pas seulement occupé.e, mais vidé.e et déconnecté.e — peut-être que ce n’est pas une question de faire moins, mais de faire davantage de ce qui te nourrit. Pour moi, c’était renouer avec ma voix à travers l’écriture et canaliser mon énergie dans un projet qui a du sens. Pour toi, c’est peut-être peindre, danser, jardiner, apprendre quelque chose de nouveau, ou simplement redonner une place à la joie. On pense souvent que la solution est de retrancher . Mais parfois, le geste le plus guérisseur que l’on puisse poser, c’est d’ajouter — quelque chose de significatif, quelque chose qui remplit notre tasse. Et toi, qu’est-ce que ce serait? Un doux rappel : parfois, apaiser le débordement commence par remplir sa propre tasse.
- Rencontre avec soi-même....
J'ai récemment vécu une expérience absolument transformatrice ainsi que révélatrice lors d'une session de coaching professionnel (merci Isabelle Lanthier) qui, j'ai pensé, pourrait être bénéfique à d'autres. J'avoue avoir hésité longuement avant de procéder à la rédaction de ce texte car la crainte du jugement m'a habité. La preuve: j'ai tâté le terrain auprès de 3 personnes différentes de mon entourage, leur racontant mon expérience et j'avoue qu'au début, il y avait des regards non pas inquisiteurs mais plutôt remplis de craintes à mon égard...J'ai donc laissé leurs réactions freiner mon enthousiasme de partager et j'ai pris du recul. Toutefois, après mûre réflexion et détenant encore ce désir de relayer cette expérience, je prends mon courage à deux mains et laisse les mots défiler sur l'écran! Je désire vous raconter comment je suis en processus d'être à la rencontre de moi-même ces derniers mois et comment j'apprends qu'il y a toutes sortes de "personas" qui résident dans mon intérieur. En passant, nous avons tous à l'intérieur de nous des différentes parties qui jouent un rôle distinct. On va parler parfois de notre "enfant intérieur" qui, malgré l'atteinte de l'âge adulte, réside toujours en nous, ou encore on évoque la voix du mal et du bien, que des dessins animés aiment bien imager d'ailleurs par un ange assis sur une épaule et un petit diable assis sur l'autre. Bref, vous comprenez qu'on emploie différents termes mais le concept demeure le même. Dans mes sessions de coaching au cours des derniers mois, j'ai appris à mieux connaître les différentes parties de Nadine. Certaines de ces parties, je les connaissais ou en avais conscience alors que d'autres ont été une réelle révélation. La semaine dernière, j'étais en session de coaching avec Isabelle après avoir écrit le texte "Mon verre d'empathie est vide" . Comme elle avait pris connaissance de ce dernier et que c'était le sujet dont je voulais aborder dans notre session, nous avons dévoué notre temps ensemble à identifier quelle partie de mon "moi" avait motivé la rédaction de ce texte. Était-ce "Nadine l'enfant", qui faisait un cri du coeur, ou encore "Nadine la sage", qui était capable de nuancer la semaine qu'elle venait de vivre? En fait, nous avons découvert qu'il y avait une autre Nadine qui s'était manifestée.... Au départ, je l'ai nommée la "fixer" (terme anglais) car c'était le terme qui m'étais venu en tête lorsque j'ai été à l'écoute de ce qui se passait à l'intérieur de moi. Cette partie qui était constamment à la recherche de solutions et qui était littéralement implacable dans ma tête, au point que j'avais réellement un mal de tête cette journée-là. Or, lorsque j'ai été invitée à dialoguer avec la "fixer", je n'ai pas pu le faire très longuement. En fait, ce fut une expérience assez traumatisante pour moi et il a fallu arrêter le dialogue avec cette partie. (oui je sais, ça fait bizarre à lire, imaginez le vivre!). C'était comme si cette "voix" que j'entendais était méchante, pleine de mépris et complètement à l'opposé de moi. Ce qui m'a le plus effrayé en fait était que je pouvais avoir quelque chose d'aussi laid à l'intérieur de moi. (J'aime penser que je suis gentille quand même). Du moins, c'était ma perception à ce moment et je remercie Isabelle pour m'avoir bien accompagnée pour que je puisse gérer l'expérience. Il va sans dire que cette session m'a brassé pas à peu près. Cette nuit-là, j'ai tellement rêvé que ça ne faisait pas de sens. Ce n'est pas important ce que j'ai rêvé, car je ne me rappelle même plus aujourd'hui du contenu. Ce qui est important est que j'ai commencé à avoir des réponses. Lors de notre session, Isabelle avait posé la question à la "fixer" à quel moment elle était apparue dans ma vie et la réponse avait été qu'elle avait toujours été présente. Or, ce qui s'est manifesté comme réponse par la suite est que non elle n'a pas toujours été présente dans ma vie. Cette partie de moi a en fait commencé à se manifester lors de la période difficile que j'ai relayé dans mon texte sur l'anxiété . Une cliente et amie à l'époque m'avait proposé de me battre pour mon bonheur et d'y consacrer la même énergie que je déployais pour les autres. Elle avait même suggéré que je me fasse un dossier familial et que je fasse comme si c'était le projet d'une cliente mais en fait, ce serait mon projet, celui de ma survie. J'ai suivi ses conseils, prenant même un fichier que j'ai intitulé "Nadine et famille Inc." et j'y ai consacré toute mon énergie et mon temps libre, mais toujours au bureau après les heures du travail lorsque mes enfants n'étaient pas avec moi. Cela me permettait de conserver une objectivité et de ne pas tomber dans les émotions. Dans ce processus est apparu mon "back-bone" ou la "Nadine solide". Celle qui se tient debout, qui travaille d'arrache-pied à trouver des solutions et qui se bat pour les causes et les gens en qui elle croit. Vous savez ce qui a motivé la 'Nadine solide" et la motive encore? L'injustice et la colère face à la situation. Cela demeure aujourd'hui encore le modus operandi de cette partie de moi. Lorsque des situations injustes surviennent ou qu'il y a perception d'injustice, autant dans ma vie personnelle que professionnelle, cette Nadine arrive en trombe et part à la guerre! Elle est outillée et cherche à s'outiller encore davantage pour ne pas perdre, identifiant des plans A,B, C, D, E, F (car ABC n'est pas assez bien sûr). Cette partie est formidable, car elle se bat et est propulsée vers l'action. Le bémol est qu'elle consomme toute mon énergie et tout le reste prend le siège arrière. Mon mari m'a fait remarquer qu'il est capable de détecter quand cette Nadine surgit, car elle devient tellement concentrée sur la tâche ou l'objectif qu'elle s'est donnée qu'elle est comme le chien qui ne lâche pas son os. Par conséquent, l'énergie que cette partie dégage est différente... pas nécessairement positive ou négative mais juste différente. Étant propulsée par la colère mais tombant dans l'action, je saisis bien ce qu'il veut dire. La réelle magie qui s'est opérée avec cette prise de conscience fut comment ma perception a changé. Dans ma session, je voyais cette partie de moi comme étant laide et même quelque chose qui m'effrayait. Or, j'ai compris quelle était la fonction de cette partie et son intention. En fait, son rôle est de me propulser vers l'action pour que je me défende ou défende les autres et je suis persuadée qu'elle m'a servi dans ma lutte avec l'anxiété. Je suis passée du mode "freeze" au mode "action" après tout, donc il faut reconnaître qu'elle a joué un grand rôle. Il en reste que je n'ai pas besoin que ce soit la colère qui devienne l'émotion qui l'accompagne à chaque bataille. Ça gruge de façon inutile et ça fait en sorte que je ne suis pas toujours à l'écoute des autres parties de moi, comme Nadine la sage :). Je ne peux pas vous expliquer le sentiment de soulagement et de révélation que cette expérience m'a fait vivre. C'était comme si tout d'un coup, je conduisais une voiture avec de nouveaux phares ET un GPS dernier cri ou comme si je voyais le film de ma vie défiler devant mes yeux et que je comprenais mieux certains passages. Ça ne s'explique pas mais ça se vit et ça reste. Chose certaine, je suis beaucoup plus sereine et je suis munie d'une meilleure compréhension de moi-même depuis cette session. Je vous l'ai dit au début, c'est transformateur! Explorer les différentes parties de son "soi" peut sembler effrayant pour certains qui me liront. Certes, je ne vais pas prétendre que c'est une tâche facile et que l'expérience peut être assez déstabilisante, merci! Tout ce que je peux vous dire, c'est que ça vaut le coup et que je connais la bonne personne pour vous accompagner, si jamais vous décidez de plonger.
- À toi mon fils qui devient un homme...
Je désire consacrer ma publication hebdomadaire à mon fils, Jérémi, qui souligne aujourd'hui son 19e anniversaire de naissance. Ce jeune homme est tellement une grande source d'inspiration et d'émerveillement pour moi que j'ai décidé de vous partager à quel point je l'apprécie, tant pour que vous puissiez le connaître aussi que pour vous faire réfléchir sur les apprentissages que nous lèguent nos enfants. Si vous ne connaissez mon fils qu'un peu, vous avez au moins constaté que c'est une personne aimable, aimant échanger de sujets divers avec les autres (que ce soit jeux vidéos auxquels je ne comprends pas toujours grand-chose, à l'anatomie du corps humain, les films fantastiques et les chats, parmi quelques sujets !) et qui est de nature assez "happy-go-lucky" comme il le dit lui-même. Si vous avez la chance de l'avoir comme ami ou comme un proche, vous savez qu'il est doté d'une sensibilité envers son entourage et qu'il peut détecter facilement vos humeurs. Vous savez aussi qu'il est extrêmement loyal, qu'il sera toujours là pour vous aider et qu'il n'est pas de nature à garder rancune. Pour moi, sa maman, c'est un être humain qui m'apprend de grandes leçons de vie sur une base quotidienne. Nous avons des discussions qui me permettent d'entendre ses perspectives et observations qui sont liées à ses expériences vécues. Ça me fascine toujours de constater à quel point mon fils est doté d'une intelligence émotionnelle extraordinaire malgré son jeune âge. Il est très curieux de nature et cette curiosité le pousse à vouloir comprendre le monde autour de lui, même si cela vient parfois avec plusieurs questions sur un sujet donné. Ma mère se plait à me rappeler que j'étais pareille et qu'elle a dû introduire le fameux "jeu du silence" quand j'étais enfant lorsqu'elle n'avait plus les réponses à mes questions incessantes. Je n'ai pas introduit le jeu du silence avec Jérémi, mais je sais que je devrais avoir une oreille plus attentive à ses questionnements, même quand je suis fatiguée. Mon fils est aussi une personne très respectueuse. Je peux attester en toute confiance qu'il ne m'a jamais manqué de respect et j'oserais extrapoler cet énoncé en supposant qu'il n'a pas dû manquer de respect envers les autres très souvent dans sa vie. C'est en fait probablement l'une des qualités que j'ai le plus souvent entendues au sujet de mon fils: sa courtoisie et politesse envers les gens. Je suis très fière de cette qualité chez Jérémi: non pas parce que cela veut dire que je lui ai inculqué de bonnes manières et que cela est donc un reflet de bon "parenting", mais plutôt parce que mon fils reconnaît l'humanité des gens et par conséquent, m'indique qu'il traitera toujours les autres avec dignité et respect. C'est comme si mon fils avait compris très jeune le sens du mot "Namaste" qui est une salutation en Hindi signifiant: "je reconnais l'humanité en toi". À chaque fois que Jérémi salue une personne , j'ai l'impression qu'il est en train de reconnaître la bonté et l'humanité profonde de celle-ci, même s'il ne le voit pas de cette façon. Comme Jérémi est très différent de moi, il prend des chemins qui me sont inconnus. C'est justement en l'accompagnant dans son chemin de vie que j'apprends beaucoup à mon sujet comme personne et comme parent. Mes instincts sont souvent de vouloir lui faire emprunter la même voie que la mienne, car je pense parfois détenir la raison absolue, et c'est grâce à ses questions et ses affirmations que je réalise que je dois le laisser voler de ses propres ailes, même si sa destination ne sera pas semblable à la mienne. Une chose est sûre: je lui fais entièrement confiance, car il a un bon coeur et cela le motivera à devenir la meilleure version de lui-même et d'agir avec de bonnes intentions. Il nous a aussi démontré qu'on peut lui faire confiance comme personne responsable lorsque nous partons en vacances. En effet, même si on s'inquiètera un peu du fait qu'il n'aura mangé que des céréales et des eggos pendant cette période d'absence (la cuisine ne fait pas partie de ses intérêts pour le moment malgré mes tentatives), notre maison ne sera pas devenue le siège social des partys avec ses amis et tout sera en ordre à notre arrivée. (Nous avons des bons voisins qui nous confirment cet énoncé). Déjà, à 19 ans, Jérémi est une personne qui agit selon la conviction de ses valeurs. Il ne le réalise peut-être pas, mais je le vois dans ses actions et par les réactions qu'il peut avoir face à certaines situations. Cet aspect de lui, par-dessus tout, rend mon coeur de maman très heureux. Combien de personnes attendent plus tard dans leurs vies pour plonger à l'intérieur d'eux-mêmes afin de mieux se comprendre et de définir leurs valeurs? Je suis fière que mon fils arrive à le faire alors qu'il a toute sa vie encore devant lui, car cela lui permettra d'être en paix avec ses décisions dans le futur. Bon anniversaire Jérémi! Les gens te disent maintenant adulte parce que tu as atteint un âge qui détient moins de restrictions. Sache que je considère que tu as atteint une maturité émotionnelle depuis longtemps et que j'ai la conviction que tu en as autant à enseigner aux autres que d'apprendre encore. Je te remercie pour ton amour inconditionnel et pour être dans ma vie. C'est un grand honneur pour moi que d'être ta mère. #Merefils #Santementalepositive #Jeremi #19ans
- Les non-dits : comprendre et transformer les éléphants dans nos relations
Ah, les fameux non-dits ! Que ce soit dans un couple, une relation familiale, une amitié ou au travail, les non-dits s’installent insidieusement dans nos communications. Et lorsqu’ils demeurent non adressés, ils peuvent effriter, doucement mais sûrement, la nature même de nos relations. Les non-dits peuvent faire en sorte que les relations restent superficielles. Ils peuvent aussi devenir source de malentendus, de tensions et de conflits. Parfois, ils creusent un fossé qui s’élargit avec le temps et peut mener à des ruptures ou à des fractures profondes. Bref, à mon avis, les non-dits sont une source de distance — et il devient essentiel de les adresser si l’on souhaite un véritable rapprochement avec les personnes qui nous entourent. Cela dit, je crois qu’il est nécessaire de faire une introspection pour comprendre les raisons et les motifs qui nous poussent à laisser les non-dits s’installer… et surtout, à les laisser perdurer. Cette compréhension nous permettra d’adopter de nouveaux comportements en communication et d’approfondir nos relations. Définissons les non-dits Commençons par comprendre ce que sont les non-dits.Le dictionnaire Le Robert les décrit comme « ce qui n’est pas dit, ce qui reste caché dans le discours de quelqu’un ». Le non-dit devient alors ce fameux « éléphant dans la pièce » : il est ressenti par les personnes concernées, mais on choisit collectivement de l’ignorer. On sent clairement la présence de l’éléphant, mais on fait comme s’il n’était pas là. Imaginez maintenant qu’il y ait plusieurs non-dits, et que chacun d’eux soit représenté par un éléphant. Rapidement, il ne reste plus beaucoup d’espace dans la pièce… et ça commence à ressembler davantage à un safari dans notre salon. Les motifs et les raisons derrière les non-dits Blague à part, je pense que nous avons tous des non-dits dans nos relations. Certains sujets, toutefois, sont plus propices à en créer : l’argent, la sexualité, la parentalité, par exemple. Pour plusieurs, ce sont des thèmes délicats, difficiles à aborder ouvertement. Les raisons peuvent être multiples, et je peux affirmer que des expériences difficiles ou traumatisantes y contribuent souvent. Le milieu familial, ainsi que l’environnement dans lequel nous avons grandi — enfants et adolescents — jouent un rôle majeur dans notre rapport à la communication. Avez-vous eu des expériences positives ou négatives liées à l’expression de vos émotions, de vos peurs ou de vos états d’âme ? Avez-vous grandi dans un espace sécuritaire, imprégné d’amour et d’acceptation, ou avez-vous plutôt vécu des jugements, du ridicule, voire un profond sentiment de ne pas être écouté.e ? Avez-vous subi des représailles pour avoir exprimé le fond de votre pensée ou ce que vous ressentiez réellement ? Quels étaient les comportements de vos parents face à la communication ? Était-elle marquée par les silences, les mots, les cris… ou la violence ? Les réponses à ces questions éclairent la façon dont nous avons appris à communiquer — et ce que nous avons intériorisé. Nous avons tous une petite voix intérieure qui, dans sa quête de nous protéger, nous pousse à adopter des comportements qui nous ont servi dans le passé. Le problème, c’est que ces mécanismes ne nous servent peut-être plus aujourd’hui, dans notre réalité actuelle. Je pense notamment aux personnes qui communiquent de façon passive-agressive, chez qui les non-dits se font souvent sentir davantage. Tout passe par le non-verbal : le ton, les silences, la manière de dire — ou de ne pas dire — les choses. Même les silences deviennent lourds, chargés de sous-entendus. Ayant moi-même adopté ce comportement par le passé, je peux témoigner qu’il était largement alimenté par la peur. Exprimer le fond de sa pensée devient particulièrement difficile lorsqu’on est perçu comme le pilier de son entourage. On a l’impression que ce n’est pas permis. On a peut-être vécu des conséquences douloureuses pour avoir osé dire ce que l’on ressentait, et on préfère éviter de revivre cela. Souvent, on se sent peu écouté.e, alors on refoule ses besoins. Ce refoulement finit parfois par exploser dans des moments de grande vulnérabilité — et fait mal, autant à soi qu’aux autres. Les émotions sont ressenties, mais elles ne sont pas clairement exprimées par des mots. Ou alors, on se replie dans sa carapace, on « fait la tortue », et on se ferme émotionnellement. Ces comportements nuisent à la communication. Les autres finissent par éviter les échanges, de peur de vivre des moments inconfortables. C’est ainsi que le fossé s’installe… et qu’il ne fait que s’élargir à chaque tension non résolue. Pour d’autres, la peur de déplaire, de blesser l’autre, de briser le statu quo — pourtant rassurant parce que connu — ou encore d’être rejeté.e, influence fortement le choix de taire ses pensées et ses émotions. Il devient plus facile de s’insensibiliser (en anglais, on parle de numbing ) que de faire face à l’éléphant dans la pièce. Certains non-dits persistent depuis des années. L’éléphant a alors pris énormément de place, et on ne sait plus comment l’aborder, encore moins l’apprivoiser. On se dit que ça demandera trop d’énergie, qu’on n’a pas le temps, qu’on est trop occupé.e. Alors on s’étourdit, on évite, on contourne. Mais l’éléphant est toujours là. Il ne bougera pas tant qu’on ne lui demandera pas de sortir. Il s’est peut-être même confortablement installé chez nous. Les vérités que nous préférons éviter sont souvent à l’origine des non-dits Je suis loin d’être une experte en la matière. Comme je l’ai mentionné, j’ai moi-même souvent choisi de me taire, contribuant ainsi aux non-dits qui se sont installés ou qui perdurent. Mais j’observe, depuis quelque temps, à quel point il est difficile pour plusieurs de s’exprimer au quotidien — et comment les non-dits traversent toutes sortes de relations et de milieux. Je crois profondément que l’introspection personnelle peut nous aider à mieux comprendre nos motifs… et, par conséquent, nos comportements en communication. La manière d’entreprendre ce voyage intérieur est propre à chacun.e : en solo, accompagné.e par un.e professionnel.le, ou soutenu.e par des personnes de confiance. Comme toute introspection, ce processus nous fait grandir. Il nous permet de mieux comprendre ce qui nous habite, ce qui nous freine, et ce qui nous empêche d’exprimer clairement nos besoins, nos pensées et nos émotions. Au fond, s’il y a des non-dits dans nos relations, c’est souvent parce qu’ils touchent à des vérités que nous préférons éviter — envers les autres, mais aussi envers nous-mêmes. Faire face à ces vérités, reconnaître les peurs qui y sont associées et amorcer leur communication constitue un premier pas. Un pas exigeant, certes, mais sans doute le plus important. Bonne introspection — et au plaisir d’écrire une suite à ce texte. Les non-dits, ce sont souvent des éléphants dans la pièce : bien présents, lourdement ressentis… mais trop souvent ignorés.











